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Petite enfance / Jeunesse

Tamaris renoue le cordon familial

Au Tamaris, impliquer les familles des jeunes placés n’est pas un vain mot.

A la lisière de l’Aide à la jeunesse et de la psychiatrie, Tamaris héberge une quinzaine d’adolescents et d’adolescentes. Ici on travaille d’arrache-pied pour impliquer les familles de jeunes placés. Et ce n’est pas toujours chose aisée.

Jeunes « borderline », jeunes « incasables », « cas limites ». Les appellations sont nombreuses pour nommer ces situations où des jeunes, souvent très difficiles, sont ballottés d’institution en institution. Beaucoup ont connu un parcours ponctué de passages en IPPJ pour des faits de délinquance ou dans des unités de psychiatrie. Le centre d’accueil spécialisé Tamaris1 accueille des jeunes placés sur demande des autorités mandantes de Bruxelles (tribunal de l’aide à la jeunesse, service d’aide à la jeunesse). « Nous prenons en charge les situations les plus lourdes entre le soin et le protectionnel », explique Anne-Pascale Marquebreucq, la directrice de l’institution. « Ces adolescents ont une grande vulnérabilité psychique, ajoute-t-elle. Ils sont souvent à la frontière entre les services qui se les renvoient de l’un à l’autre. »

Travailler avec les familles n’est pas une posture nouvelle au Tamaris. « Car l’institution induit des risques de conflits de loyauté entre le jeune et la famille. Le sous-entendu, c’est “on va t’accueillir donc ta famille n’est pas bonne”. Un message néfaste pour le jeune », estime Graziella Menegalli, responsable clinique. Elle dresse un constat édifiant : « Dans les institutions, nous risquons toujours de nous substituer aux parents, de ne pas les tenir au courant des décisions. » Pas d’angélisme pour autant. Graziella Menegalli ne croit pas forcément au « mythe du retour à tout prix dans la famille ». Son institution a simplement décidé de ne pas rompre le cordon, même avec une tante, un oncle, un grand-père. « Garder le contact avec la famille implique d’accepter la critique de leur part, de se justifier, de vraiment leur donner une place », ajoute la responsable clinique.

« De la rivalité à la collaboration »

Afin de travailler au mieux ce lien avec la famille du mineur placé, le Tamaris s’est lancé en 2010 dans un projet expérimental. Une recherche-action intitulée « De la rivalité à la collaboration », pour sortir du duel improductif de la « mauvaise famille » face à la « bonne institution ». Un travail important aux yeux de la directrice du Tamaris, « car même quand la famille est déstructurée, voire maltraitante, elle reste le point d’ancrage des jeunes. S’ils ne vont pas forcément retourner dans leur famille, ils vont garder un lien. Le travail avec la famille va permettre aux adolescents de comprendre dans quels enjeux familiaux ils ont été pris. Dans quelles histoires ils ont été coincés. »

La recherche-action, pilotée par Françoise Leroux, psychologue, s’est penchée sur ces adolescents et sur leurs parents. Sur leurs profils. « Beaucoup de nos jeunes ont un père absent, détaille la psychologue, ou des parents qui traversent de gros problèmes de couples. Les parents relèvent souvent de la psychiatrie chronique. Et une part non négligeable d’entre eux a vécu des situations de placements. » Des profils « qui ne sont qu’une photographie imparfaite. Beaucoup d’autres éléments entrent en jeu dans l’histoire de ces jeunes », ajoute-t-elle.

Comment ce triptyque famille-jeune-institution a-t-il été travaillé ? « En expérimentant un mode d’intervention et de collaboration avec les familles », nous apprend Françoise Le Roux. Cette dernière nous donne l’exemple des « sculptures familiales ». Grâce à cet outil, le jeune et ses parents tentent de constituer des photos vivantes de leur famille et de leurs relations. Les « acteurs » de la photo sont les membres de l’équipe du Tamaris. À partir de cette « sculpture », on essaie de mieux comprendre le système familial et, éventuellement, d’en changer certaines dynamiques.

Chaque jour, le Tamaris reçoit au moins une demande de placement… pour seulement 15 places. Des jeunes sans institutions prêtes à les accueillir et que les juges de la jeunesse décrivent parfois comme « violents et tout puissants ». C’est ce qui fait dire à Graziela Menegalli qu’à Bruxelles, « il faudrait trois ou quatre centres comme celui-là. »

 

En savoir plus

Le Tamaris :

  • adresse : avenue Édouard De Thibault, 41 à 1040 Bruxelles
  • tél. : 02 734 90 33
  • courriel : letamaris@tiscali.be
Cédric Vallet

Cédric Vallet

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