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"Société wallonne du crédit social : inquiétudes d'une série d'acteurs"

05-06-2001 Alter Échos n° 99

À la conférence de presse de ce 28 mai à Charleroi, le conseil d’administration du Fonds du logement des familles nombreuses de Wallonie1 présentait les rapportsannuels de l’exercice 2000. Au cours de celle-ci, sans s’y appesantir, le CA a évoqué les très larges zones d’incertitude qui règnent sur le secteur ducrédit social. Pour rappel, c’est par voie de presse que le ministre wallon du Logement, Michel Daerden, annonçait début décembre 2000 sa volonté decréer rapidement une grande “société wallonne de crédit social”. Elle fut créée tambour battant le 24 décembre 2000 en tant que filiale de laSociété wallonne du logement. Les principaux objectifs annoncés de cette profonde réforme du secteur sont l’uniformisation de l’offre etl’amélioration la visibilité du crédit social auprès des familles.
Manque de transparence
Quoiqu’il y ait une plate-forme de réflexion sur la mise en place du projet, un malaise très perceptible règne dans le secteur. Tant au niveau de l’aide locative quedans les Agences immobilières sociales (AIS)2, on dénonce le manque de transparence et le flou autour de cette réforme. Pour plus d’un, les acteurs de terrain, premiersintéressés et experts dans leur travail, constatent un manque d’informations sur les intentions du ministre. D’où beaucoup de questions surgissent chez lestravailleurs quant à l’avenir de leur service et quant à la pérennité de l’aide spécifique qu’ils apportent en matière d’accèsà un logement décent à des familles à revenus modestes ou précarisées.
En ce qui concerne l’activité de l’Aide locative, le CA du Fonds du logement rappelle que l’Aide locative est indissociable du prêt hypothécaire. Or,s’interroge le CA, dans le projet du ministre, on est en droit de se demander quelle est la place d’un tel service dans le paysage ainsi redessiné…” L’objectif desactivités de l’Aide locative est d’agir pour l’amélioration des conditions de logement des familles nombreuses locataires. Outre un travail de réhabilitation delogements urbains dégradés, voire insalubres, l’initiative se caractérise par une approche d’action sociale qui vise une pédagogie du loger ou une intervention”technico-sociale”. Loin de se limiter à une approche bureaucratique, la demande implique un travail d’accompagnement. Ce travail se fait à travers la rencontre, souvent àdomicile, au cas par cas, par un travail d’accroche et d’accompagnement des familles. L’action vise essentiellement à assurer un logement durable à des familles ensituation de précarité. Pour les responsables de l’Aide locative, l’initiative n’est possible que grâce à une assise financière telle que celleofferte par le Fonds du logement actuellement. Ils s’interrogent : comment le ministre compte-t-il assurer les moyens nécessaires pour poursuivre la double mission de l’aidelocative, rénovation urbaine et logement durable des familles précarisées, si l’on coupe le cordon entre l’Aide locative et le Fonds du logement ?
De nombreuses incertitudes…
Au niveau des AIS aussi on s’inquiète et on déplore le manque de visibilité des projets. On se demande entre autres ce qu’il sera fait d’une étuderéalisée il y environ deux ans par le Cabinet sur le travail des AIS en Wallonie. Depuis lors, il semble que nombre d’AIS ont amélioré leurs services en tenantcompte des critiques émises dans le rapport, comme à Namur où l’Agence s’est entourée d’un service technique dont la présence étaitencouragée.
D’autres questions ont également été soulevées par les opérateurs concernés : Que compte faire le ministre des structures existantes qui font partie dupaysage en matière d’accès au logement face au problème du logement de familles en situation d’exclusion, et qui favorisent leur réinsertion ? Quand leministre explique qu’il va mettre sur pied une structure cohérente, est-ce au niveau institutionnel ou des missions ? Quelle politique sociale vise-t-il en matière de logement enWallonie ? Quand il parle de “guichets”, a-t-il à l’esprit qu’une candidature adressée à l’Aide locative ou à une AIS, par exemple, ne se traite pasà un guichet ? Alors que le ministre précédent du Logement, soulignent-ils, avait veillé à soutenir les initiatives qui visaient à garantir le droit auxlogements aux personnes et aux familles en situation de précarité, les acteurs de terrain se demandent quelle est la cohérence de la restructuration proposée par leministre Daerden. “Afin de restructurer le crédit qui par nature est destiné à des ménages à revenu modeste ou moyen, ne va-t-on pas sacrifier des structuresefficaces et dynamiques qui permettent d’améliorer les conditions de logement des personnes à faibles revenus, encore trop nombreuses dans les taudis, les campings et les maisonsd’accueil ?”
De nombreuses questions soulevées par des travailleurs convaincus de la richesse et de la spécificité de leur travail, et, même s’ils ont tenu às’exprimer qu’anonymement, un appel à la concertation… à suivre.
1 Fonds du Logement des familles nombreuses de Wallonie, rue de Brabant 1 à 6000 Charleroi, tél. : 071 20 77 11, fax : 071 20 77 56, e-mail : fonds.log.wal@infonie.be
2 AIS de Namur, rue St Nicolas, 8 à 5000 Namur, tél. : 081 22 59 66.

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