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Regard critique · Justice sociale

Le 8 septembre est consacré par l’Unesco journée internationale pour l’alphabétisation. La veille, les coupoles bruxelloise et communautaire de Lire et Écrire1organisaient une conférence de presse pour faire état du malaise qui traverse le secteur de l’alpha à l’occasion de cette rentrée 2001.
Une capacité d’accueil dépassée
« Ces dernières semaines, explique Alain Leduc, président de L&E Bruxelles et ancien conseiller régional PS, les centres bruxellois ont dû refuser entre 1.500 et 2.000demandes. Tous les cours intensifs étaient complets en une semaine. Une capacité d’accueil insuffisante s’était déjà manifestée à la rentrée2000, mais cette fois-ci, c’est une véritable catastrophe, avec incidents dans les files d’attente, etc. » Toutes les formations et tous les publics sont concernés : autant la formationde base que le français seconde langue, etc. Pas moins de 3.500 places sont pourtant disponibles et avec ses 150 équivalents temps plein, le secteur s’est fort développéau cours des années 902.
L&E a donc demandé le financement de 100 emplois supplémentaires au ministre Tomas, chargé de la formation au sein du Collège de la Cocof. Le ministre a annoncéà l’occasion de la conférence de presse que 90 postes seraient créés en trois ans grâce aux Plans de résorption du chômage.3 La moitiédestinées à des personnes qualifiées, l’autre moitié à des personnes que L&E et les partenaires bruxellois de la formation professionnelle auront àformer au début de leur contrat. Le tout, pour un budget de 83 millions, permettant une augmentation de la capacité d’accueil à terme de 60%. Le ministre a aussi demandéà L&E de réaliser d’ici début 2002 un état des lieux de l’alpha à Bruxelles, comprenant une estimation des besoins par quartier, par type de public et deréponse pédagogique à apporter, ainsi qu’une description du personnel du secteur et des locaux disponibles.
L&E s’est évidemment félicité de cette manne, et s’attelle déjà à la recherche du financement des frais de fonctionnement et d’investissement (locaux)nécessaires à rendre effective cette capacité d’accueil accrue. Date butoir : septembre 2002.
Et en Wallonie?
La capacité d’accueil des centres d’alpha est aussi globalement dépassée en Wallonie4, même si le nombre d’inscriptions qui ont dû être refuséesn’est pas encore connu précisément. Des places sont seulement encore disponibles dans quelques grandes villes, tandis qu’en zone rurale, ce sont surtout des problèmesd’accessibilité qui se posent, en termes de mobilité des candidats et de structures de garde d’enfants. Un état des lieux est en cours de réalisation.
L&E Wallonie a quant à elle demandé le financement de 300 emplois supplémentaires à la ministre Arena, notamment pour développer son offre en zones rurales,revendication restée sans suite pour le moment, si ce n’est les possibilités attendues des cofinancements Equal.
Prévenir la fracture numérique
Seconde préoccupation de L&E Bruxelles et Communauté française : équiper les centres d’alpha en ordinateurs reliés à Internet. Pour rendre accessible denouveaux outils dans le cadre des formations, et pour familiariser aux nouveaux moyens de communication des personnes déjà en difficultés par rapport à l’écrit.Alain Leduc a ainsi eu l’occasion de présenter l’association Banlieues5 qu’il a créée au début de cette année en rassemblant une palette d’associationssaint-gilloises, les réseaux L&E Bruxelles et Communauté française, et d’autres organisations bruxelloises comme le Casi-UO ou le Centre de formation 2000. Ambition : enBelgique et en Europe, mettre les technologies de l’information au service du développement social des quartiers.
Banlieues a ainsi créé des sites Internet comme celui de L&E6, y compris un livre-forum qui reprend des textes de stagiaires difficilement diffusables autrement, etc. L’asbldéveloppe aussi des netmeetings entre groupes en formation à travers l’Europe.
Elle a enfin réalisé une courte enquête7 sur l’équipement en TIC des centres d’alpha bruxellois : en juillet, seuls trois des 46 centres consultés disposaient d’aumoins un ordinateur connecté à Internet et accessible aux stagiaires. Banlieues a donc adressé à la Communauté française la revendication de pouvoir disposerd’ici fin 2002 d’un ordinateur par classe, soit un coût, en première estimation, de 17 millions.
Les outils de la Communauté française
Également présent lors de la conférence de presse, Hervé Hasquin, le ministre-président de la Communauté française8, a détaillé lesgrands axes de sa politique de soutien à l’alpha.
> Le tout récent développement des classes de transition pour les élèves primo-arrivants afin de prendre le plus en amont possible le problème de l’apprentissagedu français seconde langue;
> le lancement du portail de l’alpha, réalisé par l’asbl Banlieues, qui met en réseau les 11 régionales de L&E (coût de 950.000 FB);
> le financement de la phase de lancement, par l’École régionale bruxelloise d’administration publique (ERAP), d’une formation en alpha des ouvriers des 19 communes et CPAS;
> la relance de campagnes de sensibilisation du grand public sur l’importance du problème de l’illettrisme;
> ca préparation d’une étude qui établisse en 2002 le taux d’analphabétisme en Communauté française.
Le ministre a aussi été interrogé par L&E sur la possibilité de mise à disposition de locaux scolaires inutilisés. Le ministre-président aaffirmé que ce principe lui semble nécessaire, et renforce son plaidoyer pour la fusion des réseaux d’enseignement communautaire, provincial et communal.
1 L&E Bruxelles, rue d’Alost 7 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 213 37 00, fax : 02 213 37 01, e-mail : coordination.bruxelles@lire-et-ecrire.be
2 Voir le document « Enquête quantitative 1999-2000 : les actions d’alphabétisation et de formation de base menées en Région bruxelloise. Analyse et commentaires desrésultats statistiques ».
3 Cabinet : bd du Régent 21-23 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 506 33 11, fax : 02 513 50 80.
4 L&E Wallonie, quai de Flandre 7 à 6000 Charleroi, tél. : 071 20 15 20, e-mail : coordination.wallonne@lire-et-ecrire.be
5 Place Morichar 42 à 1060 Bruxelles, tél. & fax : 02 537 17 34, e-mail : a.leduc@banlieues.be; site Web : http://www.banlieues.be
6 http://www.lire-et-ecrire.be
7 « Enquête sur les capacités informatiques des centres bruxellois d’alphabétisation et de formation de base », Banlieues et L&E Bruxelles, septembre 2001.
8 Cab. : pl. Surlet de Chokier 15-17 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 227 32 11, fax : 02 227 33 53.

Thomas Lemaigre

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