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SDF à Budapest : Pál Schmitt nettoie à droite

A Budapest, depuis le 1er décembre 2011, les sans-abri sont considérés comme des criminels par le parti conservateur au pouvoir.

16-03-2012 Alter Échos n° 334

A Budapest, depuis le 1er décembre 2011, les sans-abri sont considérés comme des criminels par le parti conservateur au pouvoir. Ils risquent 500 euros d’amende et une peine de prison si on les attrape en train de dormir, de faire les poubelles ou de vendre des journaux dans les embouteillages.

Avec la crise actuelle, qui frappe de plein fouet la Hongrie, le nombre de sans-abri augmente tous les jours. Pourtant, le gouvernement de Pál Schmitt – président de la Hongrie depuis 2010 – ne cesse de prendre des mesures coercitives à l’encontre des SDF. L’association The City is For All1 estime qu’il y aurait environ 35 000 SDF à Budapest, pour 1 700 000 habitants.

Contrairement à l’image véhiculée par les médias classiques, le SDF hongrois n’est pas seulement le vieux barbu, gros, sale et alcoolique. Ici, la personne sans-abri est un ancien diplomate, un ingénieur, un informaticien, etc. Elle n’est pas un « cas social » non éduqué. C’est monsieur Tout-le-Monde qui a vu sa vie basculer en un rien de temps. « Les gens cherchent souvent une histoire personnelle, une mauvaise décision qui expliquerait pourquoi quelqu’un se retrouve à la rue. Mais personne ne voit les phénomènes sociaux qui ont mené à cette situation », explique Ana Orban, ancienne diplomate devenue SDF et militante au sein de The City is For All.

Attila, un autre militant, était informaticien et vivait bien avant de se retrouver à la rue en 2007. Son « erreur » a été de tomber amoureux : « Quand j’ai rencontré cette femme, je suis devenu dingue. J’aurais tout fait pour elle ! J’ai voulu lui acheter un appartement, mais j’ai fait de très mauvais investissements et j’ai tout perdu en un mois et demi. La descente aux enfers avait commencé. » Mais ce qui l’a vraiment abattu, ce sont les structures sociales qui l’ont empêché de se relever, c’est toute l’aide préventive qu’il n’a pas pu obtenir.

Aujourd’hui, il vit dans un centre culturel alternatif. Il travaille comme technicien radio bénévole et anime un blog. On lui prête un lit et il touche un petit salaire. Mais tant qu’il n’aura pas son appartement et un salaire normal, il ne se sentira pas en sécurité.

Une loi répressive contestée par des policiers

Le vote pour la loi criminalisant les sans-abri n’a pas connu beaucoup de succès. Seuls 14,8 % de la population sont allés voter. Trop peu pour pouvoir valider un vote, mais la loi est d’application. « Le gouvernement a deux positions : d’un côté, il n’autorise pas à être dans la rue. Et en même temps, il coupe les donations aux organisations civiles et non civiles en charge des sans-abri. Par contre, le gouvernement dépense énormément d’argent dans les actions policières », commente Ana Orban. Pour elle, « la vraie solution, c’est la prévention. Aider des familles dans le besoin pour qu’elles puissent se relever et garder leur maison. Cela coûte nettement moins cher à l’état que de les aider une fois qu’elles sont dans la rue ! » Le gouvernement ne semble pas chercher de solution malgré les 50 000 logements vides à Budapest.

Cette loi, considérée comme invalide, fait réagir les instances internationales. L’ONU s’indigne et le gouvernement hongrois perd toute crédibilité sur la scène mondiale. « Le gouvernement s’est compromis lui-même dans le monde entier. Les prochaines élections seront en 2014, mais le gouvernement ne tiendra pas jusque-là ! Il ne représente qu’une infime partie de la population et c’est inacceptable. En Hongrie, 3 millions de personnes vivent dans la pauvreté et un million sont en situation d’extrême pauvreté, cela fait plus d’un tiers de la population ! Ce n’est pas tolérable », continue Attila Takacs.
Même la police n’est pas complètement d’accord avec les nouvelles mesures gouvernementales et certains policiers décident de ne pas appliquer les sanctions. « Le district 8 est le plus touché par les mesures gouvernementales. Mais pour l’instant, il n’y a que sept ou huit personnes qui ont été arrêtées. Elles ont reçu un avertissement et ont été relâchées rapidement », continue Attila.

Pour mettre fin à cette situation qu’il qualifie d’intolérable, il propose trois solutions : changer la loi, faire la révolution ou pousser le gouvernement à démissionner… Cette dernière étant la plus probable à ses yeux.

1. The City is For All :
– site : http://avarosmindenkie.blog.hu/
– tél : +36-20-449-9110 (Bálint Vojtonovszki)
– courriel : avarosmindenkie@gmail.com

Vinciane Malcotte

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