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Rififi dans les organisations de jeunesse

Les moyens complémentaires dégagés pour les organisations de jeunesse (OJ) profiteront essentiellement aux mouvements « foulards ». Tollé (presque)général dans le secteur. Le ministre Tarabella s’explique.

16-03-2008 Alter Échos n° 248

Les moyens complémentaires dégagés pour les organisations de jeunesse (OJ) profiteront essentiellement aux mouvements « foulards ». Tollé (presque)général dans le secteur. Le ministre Tarabella s’explique.

Le 7 mars, un communiqué du cabinet de Marc Tarabella, ministre de la Jeunesse (PS)1, annonce « des moyens supplémentaires pour les centres de jeunes et lesmouvements de jeunesse ». La première partie du document s’attarde sur « les idées clés du nouveau décret », sur lesquelles le Gouvernement de laCommunauté française s’est accordé. Pour faire simple, le projet vise à réorganiser et refinancer le secteur sur la base de « critères objectifs». Concernant les centres de jeunes (maisons de jeunes ; centres de rencontres et d’hébergement ; centres d’informations des Jeunes), le texte de modification dudécret spécifique prévoit que l’agrément accordé aux associations sera automatiquement couplé avec l’octroi de subventions, ce qui n’estpas le cas actuellement. Pour ce qui concerne les nouvelles demandes d’agrément, elles seront étudiées en fonction de critères prioritaires d’ordresdémographique, socioéconomique, socioculturel ou encore administratif. La modification du décret « Centres de jeunes » devrait donc immédiatement profiter aux treize maisonsde jeunes reconnues mais non subventionnées jusqu’à présent, ainsi qu’à trois autres nouvelles qui obtiendront agrément et subvention en mêmetemps. Au total, 188 associations sont concernées en 2008, ce qui représente un budget annuel de 9,54 millions d’euros.

Le foulard de la discorde

Mais c’est en deuxième partie d’annonce que les choses se corsent, car cette première « bonne nouvelle » est suivie d’une seconde : « des moyenssupplémentaires ont été dégagés pour les organisations de jeunesse », annonce le ministre, précisant qu’il était prévu de soutenirde manière « un peu plus accrue les mouvements de jeunesse « foulards » : guides, scouts, patros, etc. ». Un peu plus accrue ? Marc Tarabella avance des chiffres : en2008, six mouvements « foulards » recevront un supplément de 500 000 euros pour la « décentralisation » et 400 000 euros pour la « sécurisation,l’équipement et les infrastructures » ; en 2009, ce sont 1 200 000 d’euros pour les secteurs décentralisés et 200 000 euros pour les infrastructures qui serontdébloqués.

La plupart des organisations de jeunessse s’étranglent à la lecture des chiffres. « Jeune, si tu veux t’émanciper, porte un foulard ! Sinon, passe tonchemin… », réplique Geoffroy Carly, président de la Confédération des organisations de jeunesse indépendantes et pluralistes (COJ)2. Et depréciser, cinglant : « Nous nous retirons immédiatement de toutes les structures de concertation. Puisque certaines décisions sont visiblement le fruit de tractationspolitiques, de marchandages, et non de la concertation avec le secteur, il est sans doute plus efficace de faire du lobbying pour obtenir les moyens nécessaires à notre fonctionnement !» Geoffroy Carly refait les comptes. « Cette répartition implique que les mouvements ‘foulards’, soit six organisations de jeunesse sur 85, capteront plus de 80 % des nouveauxsubsides accordés. Les laissés-pour-compte sont notamment la Fédération Infor-Jeunes, la Fédération francophone des écoles de devoirs, laFédération des maisons de jeunes, les Jeunesses scientifiques, les Auberges de jeunesse, etc. Nous ne réclamons rien de plus qu’un financement proportionnel auxactivités menées et au nombre de jeunes concernés, en clair, une répartition équitable des subsides. »

La Fédération des étudiants francophones (du Réseau des non confédérés) avance plus prudemment mais dans le même sens que «d’autres Organisations de jeunesse doivent aussi bénéficier d’un soutien accru à la réalisation de leurs activités, peut-être moins visibles maistout aussi pertinentes ».

Entre les lignes, certains se demandent si CDH et PS ne se sont pas livrés à un sombre marchandage, le CDH faisant le forcing pour obtenir un soutien revalorisé aux mouvementsde jeunesse « foulards » (dont la majorité sont d’obédience catholique). Les deux interpellations parlementaires pourraient corroborer cette hypothèse : Yves Reinkin pourÉcolo et Philippe Fontaine pour le MR ont demandé au ministre Tarabella de s’expliquer sur les chiffres.

Contacté par nos soins, le ministre refait aussi les calculs. « Il y a eu une mauvaise interprétation », assure Marc Tarabella. « J’ai obtenu des moyensconséquents, au total 2,9 millions d’euros supplémentaires. Pour la décentralisation en 2008, 500 000 euros iront effectivement aux mouvements « foulards » et700 000 aux autres Organisations de jeunesse. Si les mouvements « foulards » peuvent sembler riches, il ne faut pas oublier que les locales ont souvent de grandes difficultés. Etce sont ces locales que je veux aider à travers ce volet décentralisation. Pour les équipements, 400 000 euros iront aux « foulards » et 850 000 aux autres OJ. Noussommes donc loin des 80 % dont parle la COJ. Je ne comprends pas les réactions négatives, je pensais rassurer le secteur en annonçant l’octroi de moyenssupplémentaires pour tout le monde. Il faut savoir qu’aucune organisation ne recevra moins en 2008 que ce qu’elle a reçu en 2007 », plaide le ministre. Assurant queles répartitions ont été faites « en tenant compte des besoins du terrain et de la manière la plus équitable possible », Marc Tarabella entend bienrappeler les OJ autour de la table dès la fin des vacances de Pâques pour discuter des modalités concrètes de mise en œuvre de ces subsides.

Une solidarité mise à mal

« Les moyens supplémentaires dont parle le ministre étaient déjà acquis depuis 2003 et 2006 et inscrits dans les décrets. C’est une bonne nouvelle qu’ilssoient effectivement attribués, mais c’est dans l’ordre des choses », avance Alain Maron, président de la Commission consultative des organisations de la jeunesse(CCOJ)3. « En revanche, 100 % des montants en provenance des États généraux de la culture, qui représentent les deux tiers de l’augmentation dubudget OJ en 2008 et 2009, ont effectivement été attribués exclusivement aux mouvements ‘foulards’. Il faut se poser la question du choix politique de cette décision et del’équité. L’objectif est-il de restreindre le secteur aux seuls mouvements ‘foulards’ ? » Et Alain Maron de s’interroger sur l’opportunitéd’accorder ces subsides &l
aquo ; alors qu’il n’y a pas d’urgence à le faire et qu’il n’y a pas d’accord sur la modification du Décret OJ »ainsi que sur une « désolidarisation » de certaines organisations qui ont visiblement préféré jouer cavalier seul pour se tailler la part du lion dans lebudget.

Du côté de la Fédération des scouts catholiques Baden-Powell de Belgique4, la réaction est mesurée. La nouvelle d’une subvention accrueest évidemment « bien reçue » mais sans triomphalisme. « Ce n’est que la mise en œuvre d’un accord qui avait été conclu avec laministre Fadila Laanan (PS) et on s’est effectivement battu pour que cet accord soit respecté, mais il n’est pas question de se désolidariser de l’ensemble desorganisations de jeunesse. Ce qu’il faut retenir, c’est que le secteur est sous-financé, de manière générale, et que nous devons poursuivre lesnégociations, tous ensemble, pour un refinancement global », réagit Olivier Callant, président fédéral du mouvement. Quant au chiffre de 80 % des nouveauxsubsides accordés aux mouvements « foulards », il nuance : « Ce n’est pas tout à fait exact. Dans les montants accordés, il y a un volet qui concerne laformation des bénévoles et qui profitera à tout le monde… »

Reste que la pilule a du mal à passer. « La politique de la CCOJ a toujours été de trouver une voie commune, de défendre les intérêts de tous, detravailler ensemble. Nous n’avons jamais dénigré le travail de personne. Maintenant, il faudra que tout le monde se remette autour de la table pour tenter de trouver une solutionvalable. Les mouvements foulards auront aussi besoin du décret négocié avec l’ensemble du secteur pour que l’argent soit effectivement distribué. Àmoins d’imaginer qu’ils sortent du secteur des organisations de jeunesse et qu’on leur fasse un décret particulier… », résume Alain Maron.

Si l’on peut difficilement concevoir que les six organisations concernées renonceraient à la manne providentielle accordée par le ministre, de la même manièrel’on n’imagine pas les 79 autres organisations accepter une répartition qu’elles jugent inéquitable. Le seul moyen de sortir de l’impasse semble être unenouvelle revalorisation du budget accordé au secteur. Le « soutien un peu plus accru » aux mouvements « foulards » risque bien de coûter très cher. Sur leplan budgétaire autant que politique.

1. Cabinet Tarabella :
– adresse : place Surlet de Chokier, 15-17 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 250 18 11.
2. COJ :
– adresse : rue Traversières, 8 à 1210 Bruxelles
– tél. : 02 218 31 03
– courriel : info@coj.be
– site : www.coj.be
3.CCOJ :
– adresse :c/° Service Jeunesse, DG Culture, ministère de la Communauté française Bd Léopold II, 44 à 1080 Bruxelles
– courriels : patricia.hubert@cfwb.be ou alain.maron@cidj.be
4. Fédération des scouts catholiques Baden-Powell de Belgique :
– adresse :rue de Dublin, 21 à 1050 Bruxelles
– tél. : 02 508 12 00.

aurore_dhaeyer

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