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"Réforme des CEFA : avis de coordinateurs de terrain"

18-12-2000 Alter Échos n° 88

Une note reprenant les grandes lignes du futur projet de décret sur la Formation en alternance en Communauté française fait actuellement l’objet de discussions entre lecabinet du ministre Hazette et les responsables de réseaux d’enseignement. Dans l’entourage du ministre, on estime que ce débat arrivera sur la table du gouvernement fin janvier 2001– début février. Sur le terrain, les acteurs concernés suivent attentivement le processus de réforme de la formation en alternance. Quelques réactions entreattentes et interrogations…
Coordinatrice du Centre de formation en alternance (CEFA) de la commune de Saint-Gilles1, Marie-Jo Sanchez insiste tout d’abord sur les espoirs que suscitent les intentions du ministre. Selon elle,en ouvrant structurellement la formation en alternance à de nouveaux publics d’élèves, 7es professionnelles et techniques ainsi que 3e degré du technique (comme c’estdéjà le cas dans le cadre expérimental de l’article 49 du décret Missions), le ministre offrirait du même coup la possibilité de lutter contre lastigmatisation du CEFA comme lieu regroupant exclusivement des élèves en difficulté. De même en permettant aux CEFA de délivrer un certificat d’enseignementsecondaire du deuxième degré, il sera possible d’élargir et d’approfondir « le travail, très intéressant, que nous menons auprès des plus jeunesélèves de l’enseignement professionnel, en voie de déscolarisation dans le cadre actuel ».
Mais Marie-Jo Sanchez exprime également la crainte d’assister à un « phagocytage » du partenariat entre écoles et entreprises au profit de ces dernières. En fait,l’élargissement du public « peut déboucher sur deux résultats fort différents ». D’un côté, transformer l’alternance en une voie « d’excellence », selonl’expression du ministre, cela pourrait plus fortement lier, voire soumettre l’alternance au marché du travail, ce qui reproduirait au sein de l’alternance – plutôt qu’entre elleet le reste de l’enseignement de qualification – le mécanisme d’exclusion de certains jeunes dans des filières dévalorisées. La situation de Bruxelles est àcet égard différente de celle de la Wallonie, note Marie-Jo Sanchez. À Bruxelles, ville de services, les CEFA ont plus de difficultés à trouver des entreprises quiacceptent le partenariat. Notamment dans le cadre des relations entre les écoles et les Classes moyennes. En position de force, elles ont tendance à vouloir venir faire leur choix parmiles élèves. « Ce que nous refusons totalement. »
D’un autre côté, « la réforme peut tout au contraire amener à une refonte de l’enseignement professionnel avec l’alternance en se basant sur les réalitésvécues dans cet enseignement ». La réussite de cette seconde option demande, pour Marie-Jo Sanchez, de réfléchir au caractère spécifique du projetpédagogique de l’alternance. « Cette autonomie pédagogique est essentielle pour nos Centres qui avant d’être des lieux d’insertion, sont des lieux de formation etd’éducation. »
Selon Philippe Blanchard, coordonnateur du CEFA de la Communauté à Morlanwelz2, « le responsable d’un CEFA devrait idéalement passer d’un statut assimilable à celui d’unprofesseur, à une fonction de direction. Et non pas seulement à une fonction d’importance intermédiaire (comme celle de sous-directeur…). » « Une cacahouète »,précise-t-il. « Il faut être autonome pour être crédible face aux entreprises, poursuit-il. Or pour l’instant, le CEFA n’est qu’un greffon de l’école technique etprofessionnelle. Sa liaison actuelle à un établissement siège est très belle sur papier. Mais sur le terrain elle ouvre sur une série de dysfonctionnements en casde confrontation entre le directeur de l’école siège et le coordinateur du CEFA. La position hiérarchique basse de ce dernier ne lui permet pas d’arbitrer, en faveur du Centre,les conflits relatifs à la gestion de ressources financières et humaines. Si bien que de nombreux CEFA doivent travailler avec du personnel qu’ils ne choisissent pas et financent parleurs subsides d’autres fonctions scolaires. »
Par contre, Philippe Blanchard ne pense pas que cette autonomie puisse dériver vers une subordination de l’alternance à l’économie. « Mon CEFA s’est évidemment liéau marché du travail : nous refusons de former des futurs chômeurs. Mais après douze ans d’expérience, nous connaissons les employeurs qui nous entourent, ceux qui ont unprofil de formateurs, qui suivent l’élève en immersion tout en attendant évidemment un seuil de rentabilité minimal. De plus, ce sont les CEFA qui possèdent lescapacités d’évaluation et de formation humaniste, et non les entreprises. » Pour lui, le risque réel est de voir les secteurs professionnels se tourner vers d’autresopérateurs, tels les Classes moyennes ou le Forem qui ont, toujours selon P. Blanchard, leur raison d’être mais qui organisent de l’alternance « juxtaposée et non transversale ethumaniste, ce qui est essentiel pour la formation des jeunes ». « Le discours de l’alternance misérabiliste doit s’effacer. D’autant plus que les entreprises reconnaissent l’intérêtde la formule. Si on pose les bases légales pour que les CEFA soient clairement les opérateurs en la matière, il n’y aura pas d’alternance privilégiée etd’alternance de relégation, tout en permettant à des formations d’excellence de se développer. Ainsi nous avons développé des formations d’usineurs destinéesaux 7es professionnelles et aux 6es techniques et délivrant des Certificats d’apprentissage industriels », conclut-il.
Patrick Henrotay, coordinateur du CEFA de Sainte-Claire à Verviers3. S’il est quant à lui tout à fait preneur de la possibilité offerte aux CEFA de délivrer descertificats d’enseignement secondaire supérieur au terme du 3e degré, se pose néanmoins des questions sur la certification au deuxième degré. « Le premier type depublic auquel s’adressaient les CEFA est celui des jeunes en difficulté face à la définition de leur projet personnel. Est-ce qu’on nous permettra encore de nous en occuper ? »Dans le décret actuel, après six mois, un jeune qui n’est pas sous contrat de travail n’est normalement (sauf dérogation plutôt rare) plus susceptible d’êtreaccompagné. Alors que selon Patrick Henrotay, ce sont ces jeunes qui en ont le plus besoin. Et il craint d’ailleurs que ce temps de préparation soit encore limité àl’avenir… Même s’il lui paraît évident de maintenir les conditions d’âge actuelles : « Il n’est pas possible d’accueillir des jeunes de 13 ans et demi pour del’insertion socioprofessionnelle. » Par ailleurs, il lui semble nécessaire d’assouplir les conditions pour être accompagnateur (professeur ou AS avec trois ans d’expérience). « Jetrouve personnellement dommage qu’un patron avec de nombreuses années de métier ne puisse remplir cette fonction alors qu’il peut parfaitement donner cours. Il est tout autant voireplus à même d’accomplir cette tâche. » D’une manière générale, Patrick Henrotay souhaite que la réforme du décret n’abouti
sse pas àcadenasser la souplesse actuelle, notamment au niveau de l’ouverture d’options. Mais cette souplesse n’implique aucunement de transformer le coordinateur en directeur. Ce serait, selon lui, pousserles choses trop loin. « Je suis par exemple personnellement déjà invité aux réunions de coordination des directeurs de la zone. Un statut de sous-directeur revaloriseraitplus justement la fonction. »
1 Rue de la Croix de Pierre, 73 à 1060 Bruxelles, tél. : 02 537 55 37.
2 Rue Warocqué, 46 à 7140 Morlanwelz, tél. : 064 43 21 88-87, fax : 064 44 97 32.
3 Rue de la Chapelle, 62 à 4800 Verviers, tél. : 087 33 70 18.

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