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Edito

Progressistes, n’oubliez pas les droits des femmes

Les droits économiques et sociaux ne sont pas tout. Il faut aussi garantir les libertés fondamentales. Parmi elles, les droits des femmes. Un détail qui revient à l’esprit des «progressistes» chaque 8 mars, date de la Journée internationale des droits des femmes. Mais qu’ils ont tendance à oublier le reste de l’année, trop occupés par leur engagement en faveur de plus de justice sociale et de «participation citoyenne»…

Soyons un peu mauvais. Et comparons la Journée internationale des droits des femmes à la Fête des mères. Les esprits retors se plaisent souvent à affirmer que cette dernière constitue, pour les compagnons ou maris négligents, une occasion de se faire pardonner le désintérêt affiché envers leur moitié au cours des 364 autres jours de l’année. Vingt boules pour un beau bouquet de fleurs et les voilà repartis pour une année de bonne conscience ou d’ignorance, les pieds posés sur la table du salon.

Il s’agit d’un gros cliché, bien sûr. Mais ne dit-on pas que les clichés recèlent souvent une part de vérité ? Cette remarque vaut aussi pour la Journée internationale des droits des femmes. Que le 8 mars pointe le bout de son nez et vous verrez les unes des journaux se couvrir d’articles et d’éditos concernant les droits des femmes. Avant que le retour à la normale de l’indifférence ne s’effectue dès le lendemain. Lors des 364 jours qui suivent, on pourra compter sur les doigts d’une main les papiers consacrés aux droits des femmes… Attention : il serait bien trop facile de sombrer dans ce sport de plus en plus répandu qui consiste à taper allégrement sur les médias. Alter Échos le sait, lui qui souffre aussi de ce climat délétère.

Les droits économiques et sociaux ne sont pas tout. Il faut aussi garantir les libertés fondamentales.

Car ce désintérêt pour les droits des femmes ne concerne pas que les médias. C’est aussi tout ce que notre pays compte comme forces dites progressistes qui est à mettre sur un triste pied d’égalité. Lors d’une interview que nous avions menée sur ce sujet, une interlocutrice affirmait regretter que le sujet des droits des femmes « soit toujours relégué en bas de la pile des priorités ». Confrontés à une crise sociale aiguë, à une défiance sans précédent vis-à-vis de nos institutions démocratiques, le secteur associatif et la gauche ont été très occupés ces dernières années à se battre pour plus de justice sociale, à (ré)inventer la « participation citoyenne » une Zinnebir à la main. À juste titre, souvent. Mais on a l’impression qu’en faisant de ces engagements l’alpha et l’oméga de leur action, ces acteurs ont aussi oublié quelques-uns de leurs fondamentaux historiques en chemin… Des fondamentaux parmi lesquels on retrouve notamment le combat pour l’égalité entre les sexes, les droits des femmes. Or ces droits et libertés fondamentales sont très loin d’être acquis de manière durable, même en Belgique. On en a encore aujourd’hui un exemple édifiant avec le débat autour de l’avortement (voir notre article repris dans ce numéro : « MR et CD&V à couteaux tirés au sujet de l’avortement »).

Les droits économiques et sociaux ne sont pas tout. Il faut aussi garantir les libertés fondamentales. Est-il dès lors préférable de vivre pauvre et en liberté plutôt que riche et enchaîné ? Nous n’irons bien sûr pas jusque-là. Mais la justice sociale ne vaut pas cher sans la liberté accordée à chacun – et surtout à chacune, vu la situation – de décider librement ce qu’il/elle souhaite faire de sa vie et de son corps. On ferait bien de se le rappeler.

« Réhabilitons la Journée internationale de la femme », Alter Échos n° 416, Julien Winkel, 19 janvier 2016

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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