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Portrait du pauvre-type

La Fédération wallonne des CPAS esquisse le portrait type du pauvre wallon. C’est une mère célibataire avec deux enfants.

14-02-2010 Alter Échos n° 289

La Fédération wallonne des CPAS1 esquisse le portrait type du pauvre wallon. Loin des clichés liés à la pauvreté extrême, ondécouvre qu’il s’agit d’une mère de famille seule avec ses deux enfants.

Nécessiteux, fauchés, crève-la-faim, va-nu-pieds… On les a parfois affublés des pires sobriquets. C’est que les pauvres ont tendance à faire peur.Peu de gens savent toutefois qui sont vraiment ces personnes qui vivent avec moins de 878 petits euros par mois, seuil sous lequel on considère dans notre pays qu’il y a risque depauvreté pour une personne vivant seule. En Belgique, en 2008, le taux de risque de pauvreté s’élevait à 15  %. Pour mettre un visage sur ce chiffre et mettre àmal quelques clichés tenaces, la Fédération des CPAS de l’Union des villes et communes de Wallonie a épluché les statistiques officielles. « Quandon pense aux pauvres, on pense aux cas les plus extrêmes, aux sans-abri. A priori, on imagine un homme. En réalité, les pauvres sont bien plus proches de nous qu’on peut lepenser au premier abord. Typiquement, c’est une femme, elle est chômeuse et elle vit seule avec ses deux enfants », explique Ricardo Cherenti, conseiller-chef du service insertionprofessionnelle de la Fédération des CPAS.

Premier constat donc, « nous vivons dans une société sexiste », pour reprendre les termes de l’auteur de cette Mesure anthropométrique del’homme le plus pauvre en Wallonie2. En Région wallonne, 19,9  % des femmes risquent la pauvreté contre 17,7  % des hommes. « Et c’estcomme ça, non seulement en Wallonie mais aussi en Belgique, en Europe, partout, et depuis toujours », s’indigne Ricardo Cherenti. L’étude rappelle au passage queles femmes restent plus souvent au foyer ou occupent plus souvent des emplois à temps partiel (c’est le cas de 43  % des femmes contre 7,8  % des hommes). De plus, leur salaire est enmoyenne 15  % inférieur à celui de leurs collègues masculins.
Poursuivons notre portrait. Nous savons déjà que notre dame type est au chômage et s’occupe seule de ses deux enfants. Ajoutons qu’elle est belge, âgée de 34ans, peu qualifiée, mal-logée et en mauvaise santé. Bien sûr, il importe de garder à l’esprit qu’il s’agit d’une moyenne.L’étude montre aussi que la vieillesse reste un facteur de précarisation inquiétant et que la discrimination quant à l’origine reste malheureusementd’actualité.

Connaître pour contrer

Mieux comprendre la pauvreté, avant tout, c’est se donner les armes pour mieux lutter contre ce fléau. Un des objectifs de l’étude est de permettre aux travailleurs sociaux demieux identifier les publics à risque, qui ont tendance, souvent, à cacher l’ampleur de leurs difficultés. Il importe en particulier de détecter les problèmes chezles jeunes, avant que la pauvreté ne s’installe.

L’étude plaide aussi pour des politiques beaucoup plus volontaristes de façon générale, et sur les questions de genre en particulier. Il faut créer descrèches, revaloriser les bas salaires et éviter les pièges à l’emploi. Une femme avec des enfants à charge peut perdre jusqu’à 160 euros par moisen quittant le système d’allocation pour le monde du travail, sans parler des coûts de garde pour ses enfants, pointe l’étude. Revaloriser l’enseignement etrelever les petites pensions apparaissent comme d’autres revendications prioritaires.

Un programme ambitieux en période de crise économique  ? « Seulement si on pense à court terme », affirme Ricardo Cherenti. À l’heure del’État social actif, il préfère plaider pour une société d’investissement social, c’est-à-dire, « un État dans lequel investir dansle social est considéré comme rentable. » Un exemple concret vaut mieux qu’un long discours. « Créer des crèches peut paraître coûteuxsur le court terme, explique l’auteur. Mais à moyen terme, ça signifie permettre aux femmes de travailler et participer à la vie économique. »

1. Fédération des CPAS wallons :
– adresse : rue de l’Étoile, 14 à 5000 Namur
– tél.  : 081 24 06 11
– courriel : ricardo.cherenti@uvcw.be
– site : www.uvcw.be/espaces/cpas

2. Ricardo Cherenti, Mesure anthropométrique de l’Homme le plus pauvre en Wallonie, service insertion professionnelle de la Fédération des CPAS wallons, 2009.L’étude est téléchargeable sur le site  : www.uvcw.be/espaces/cpas

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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