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L'actualité sociale avec le décodeur

A l’heure où le Plan 1er emploi se met en branle, il est temps de poser la question de la manière dont il va être appliqué sur le terrain, en particulier dans lesentreprises. Une fois la question posée, on se rend vite compte qu’au niveau de l’entreprise, le Plan 1er emploi, avec ses quotas revus à la baisse (3 %), est d’abordappréhendé comme un refinancement des stages des jeunes (AR 230) 1, et ce même si la mesure comporte de nombreuses innovations : le contrat de travail n’est plusdérogatoire, il dure un an au lieu de six mois, le salaire doit être à 100 % du barème pratique plutôt qu’à 90 %, la prime à l’employeur estaugmentée, les possibilités de dérogations aux quotas sont en partie limitées. Laurent Duquenne, chargé des rapports avec les entreprises pour le Plan jeunes duForem 2 est clair à ce sujet : «Dans les entreprises qui sont en ordre par rapport aux stages, le plan ne changera rien. Le succès du plan se joue sur deux questions : d’une part,le renforcement des contrôles par rapport à l’obligation de 3 % et la limitation des dérogations, trop facilement accordées ces dernières années ; d’autre part,le fait que les primes Rosetta valent aussi pour les PME où, en dehors de toute obligation, elles constituent un incitant important.» Avec le risque à ce niveau d’importantseffets d’aubaine, ont déjà prévenu quelques observateurs…
Jean-Claude Vandermeeren, secrétaire général de l’interrégionale wallonne de la FGTB 3 donne sur le Plan 1er emploi un avis sans grand enthousiasme mais nuancé.«Tel qu’annoncé, ce plan était une bonne mesure. Mais avec la manière dont il a évolué, il ne fera pas de miracles pour amener les patrons à investirréellement dans la formation et l’emploi des jeunes. Du fait du type de capitalisme dont nous héritons, la Wallonie a un déficit énorme de dynamisme des entreprises. Unemanière de compenser ça est d’engager plus de jeunes. Il y a un énorme problème de chômage, et avec le plan Rosetta, on demande un effort minime. C’est une rustine.Trois pour cent, pour des entreprises de plus de 50 salariés, ça rentre dans la rotation naturelle du personnel. Et si le quota n’est pas atteint, on peut en plus y échapper enobtenant des dérogations. Avec les stages, on avait déjà des situations où on virait des travailleurs âgés pour engager les jeunes de façon àrester dans les quotas. Rien ne dit que cela se fera moins. Mais le plan Rosetta, c’est aussi mieux que rien : l’obligation d’embauche et le statut correct, ça reste desavancées.»
Reste à savoir comment traduire cela en termes de stratégies syndicales. La FGTB wallonne défendra le plan sur le terrain : «Parce qu’avec le plan Rosetta, expliqueVandermeeren, un délégué d’entreprise qui me dit, comme avec les stages, ‘On ne va pas se battre pour des emplois précaires’, ça n’arrivera plus. On peut seretourner dans les négociations sectorielles pour revenir sur les demandes d’exemption de quotas obtenues. Les dérogations en échange d’efforts pour la formation dans un secteur,c’est quelque chose à rediscuter : la formation ne vaut jamais le fait d’offrir un premier emploi. On doit aussi demander au secteur public, qui n’a jamais tenu ses engagements enmatière de stages, d’assumer plus franchement avec le plan Rosetta. Avec ses 3.000 emplois, le Forem n’a pas un seul stagiaire ; toutes les communes sont assimilées aux secteurs endifficulté : le volet public du plan Rosetta va sans doute devenir un prochain cheval de bataille pour nous.»
Une question qui reste ouverte : certes, les conventions de premier emploi vont vraisemblablement se couler dans la «culture de gestion» des stages des jeunes, mais comment,au-delà de ça, les transformer en insertion durable dans l’entreprise ? A tous nos interlocuteurs – patronaux, syndicaux, de l’insertion, etc. -, nous avons demandé s’ils avaientdéjà pu identifier des projets en préparation qui iraient dans ce sens, à l’instar de ce qui se fait par exemple avec la formation en alternance. Aucun n’a répondupar l’affirmative.
1 Signalons à ce sujet l’interview de D. Stokkink (cabinet Onkelinx) et A.-F. Theunissen (Ecolo) dans la dernière revue «Politique».
2 Forem, Plan jeunes, bd Tirou 104 à 6000 Charleroi, tél. : 071 20 64 68, e-mail : laurent.duquenne@formel.be
3 IW FGTB, rue Haute 42 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 506 82 36, fax : 02 502 08 28.

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