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"Pierre Manil : "L'humour est à la portée de tous""

17-04-2000 Alter Échos n° 73

Pierre Manil est licencié en psychologie clinique (Ulg). Chargé de cours à la Haute Ecole «Europe» de Charleroi et à l’ISPFSE de Namur, il intervientégalement comme animateur pédagogique à l’IMP d’Etalle et à la Maison Maternelle de Wanfercée-Baulet. A l’occasion du troisième colloque international duCITS 1 consacré au rire et à l’humour dans la communication humaine et le travail social, il a présenté une intervention intitulé «L’humour comme attitudedémocratique». Entretien.
AE – Dans votre approche d’une définition de l’humour, vous insistez sur le concept de bissociation.
PM – C’est un néologisme né de la plume d’Arthur Koestler. Qu’il s’agisse d’un dessin, d’une blague courte ou d’une comédie, on est à chaque fois en présence d’uneinformation construite selon une structure très particulière, à savoir la juxtaposition simultanée de deux plans de référence logique opposés l’unà l’autre. Exemple : ‘trois gardiens de prison voulaient jouer aux cartes, ils invitèrent un détenu comme quatrième. Quand ils s’aperçurent qu’il trichait,ils le mirent à la porte’. L’humour naît très précisément de ce balancement dans la logique, de l’indécision du sens. La logique de l’humour mélangedélibérément le vrai et le faux. Autre exemple, cité ce matin : ‘Quand l’un de nous sera mort, je me retirerai à la campagne’.
AE – Les intervenants de la matinée ont longuement hésité lors d’une question relative à l’utilisation et à la compréhension de l’humour par toutes lesclasses sociales. Est-il donné à tous et à toutes de jouer avec les mots ?
PM – Oui. Même si les jeux de mots de personnes défavorisées peuvent paraître peu «élaborés» pour des intervenants sociaux relevant d’uneéducation plus poussée. L’humour est à la portée de tous. Il faut simplement admettre que les codes sont différents. On joue plus sur la gestuelle, la mimique ou lafarce mais la fonction libératoire… ou les stratégies d’évitement que permet le rire sont bien les mêmes.
AE – L’utilisation du rire dans le travail social semble être une notion «émergente». Quel est votre parcours personnel à cet égard ?
PM – C’est tout à l’honneur du CITS d’avoir pris le risque de lancer une telle invitation, même si j’étais convaincu qu’il allait être mobilisateur tant, cesdernières années, il affleurait régulièrement à la surface. Pour ma part, cela fait une vingtaine d’années, et particulièrement dans le cadre de laMaison maternelle de Wanfercée-Baulet, que je me suis rendu compte que l’utilisation de l’humour pouvait être d’une aide déterminante dans les tensions d’équipe et dans larelation avec les mères présentes dans la maison. 2 Ainsi, il m’arrive régulièrement de travailler avec des équipes de travailleurs sociaux (les dysfonctionnements,les sources de tension etc.) non pas au départ des zones apparentes de conflit mais au départ de l’observation d’une heure de réunion : combien de fois a-t-on ri ; qui a ri etpourquoi ; qu’est-ce qui se révèle, au travers du mode humoristique, des rapports de force, du vécu avec les usagers etc. C’est d’une force incroyable et cela permetd’éviter le «sur-accident» de l’analyse classique du conflit.
1 CITS (Centre interdisciplinaie en travail social), Annick Drugmant, rue Marguerite Bervoets 10 à 7000 Mons, tél. : 065 40 16 16, fax : 065 35 11 77. Les actes sont déjàdisponibles.
2 Rappelons que la Maison Maternelle Fernand Philippe a connu, dans son histoire, des épisodes particulièrement dramatiques. Un incendie criminel a entraîné la mort dequatre personnes et un drame familial a causé la mort d’une mère et de son enfant dans une des chambres de l’institution.

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