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PhiTrust : un fond d'investissement dédié à l'économie sociale

PhiTrust n’est pas en quête de rendements à deux chiffres. Son investissement, il le voit durable et il le porte sur l’économie sociale.

06-07-2012 Alter Échos n° 342

PhiTrust n’est pas en quête de rendements à deux chiffres. Son investissement, il le voit durable et il le porte sur l’économie sociale. Rencontre avec Olivier de Guerre,président de PhiTrust Partenaires.

De prime abord, Olivier de Guerre incarne le financier classique. Habitué des épaisses moquettes des banques, il cadre parfaitement avec le décor du siège de BNPParibas Fortis, rue Royale, dans lequel il nous reçoit. Et de fait, son discours est celui d’un financier de haut vol. Il faut dire que l’homme a assumé de multiples fonctions àresponsabilité dans la gestion d’actifs.

Assez rapidement pourtant, le propos se décale. Olivier de Guerre se met à parler philanthropie, mais surtout entrepreneuriat social, impact environnemental, secteur nonmarchand… Et le non-marchand, on sent qu’il le connait par le terrain. Par la rencontre avec ces hommes et femmes hyper compétents dans leur domaine, convaincus de leur apportsociétal, et aux salaires infiniment moindres que ceux des CEO et CFO (« chief financial officier ») auxquels il a affaire dans le monde des entreprises «classiques ».

Le métier de PhiTrust1, Olivier de Guerre le définit de manière simple : “impact investing”, un investissement dont l’objectif principal est le changement social etenvironnemental, combiné à un retour financier modéré (5 % à 7 %). Sur une échelle qui répertorie les organisations depuis le « non lucratif nonmarchand » jusqu’à l’entreprise à finalité lucrative pure et dure, sans RSE (Responsabilité sociale des entreprises), en passant par les associations à butnon lucratif marchandes, les entreprises à finalité sociale et les entreprises à finalité sociale et lucrative, PhiTrust se situe au centre. C’est-à-dire qu’elleinvestit à partir du moment où il y a un objectif marchand et une finalité sociale. Pas question donc de mettre des billes dans la pure philanthropie, ni dans des entreprisesclassiques qui présenteraient des aspects socialement responsables

Notons ici que quand PhiTrust parle d’investissement, il s’agit bien sûr de placer l’argent que lui ont confié des investisseurs, en quelque sorte des « businessangels » sensibles au social, mais aussi de s’impliquer dans la gestion de l’entreprise, de la structurer pour lui assurer une croissance, de contribuer à sa stratégie, de ladoter des outils de management nécessaires à son évolution. D’une certaine manière, de la professionnaliser un peu sur le mode des entreprises classiques. Les membres dePhiTrust Partenaires, dont deux Belges parmi lesquels Roland Vaxelaire, mettent d’ailleurs eux-mêmes la main à la pâte. « Et ils apprennent beaucoup des entrepreneurssociaux », souligne Olivier de Guerre.

C’est ainsi que PhiTrust a été amené à investir dans une vingtaine de sociétés (activités du portefeuille au 31 décembre 2011). On yretrouve des entreprises issues de secteurs aussi variés que la technologie (une société spécialisée dans les produits IT pour sourds), l’agriculture (lasociété de commerce équitable Alter Eco), les services, l’environnement ou l’immobilier, avec Ethical Property, promoteur en Belgique de Mundo Bruxelles et Mundo Namur.

La majorité des sociétés investies sont françaises. Trois sont situées ailleurs en Europe et trois autres sont africaines. Les montants investis commencentà quelques milliers d’euros mais sont souvent de plusieurs centaines de milliers d’euros, dont 528 000 pour Alter Eco. Ceci dit, l’objectif n’est jamais de prendre une part majoritaire dansl’entreprise investie.

PhiTrust n’en reste pas moins un investisseur de poids. Sur les centaines d’appelés chaque année, un comité d’investissement composé d’entrepreneurs, de dirigeantsd’entreprises et d’investisseurs, effectue une sélection drastique. Résultat : cinq sociétés ont été retenues en 2011 !

Quant aux investisseurs eux-mêmes, ce sont des institutionnels ou des particuliers, avec un ticket d’entrée d’une centaine de milliers d’euros au moins. Le principal travail d’Olivierde Guerre aujourd’hui reste tout de même de prendre son bâton de pèlerin et de convaincre des investisseurs d’accepter un rendement modéré pour un impact social etenvironnemental.

Le président de PhiTrust Partenaires est confiant dans l’avenir. Notamment parce qu’il constate que dans le futur, les Etats subventionneront de moins en moins les activitéssociales, et qu’il faudra bien aller chercher l’argent quelque part.

Eh oui, le « charity business » a de l’avenir. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Le débat ne date pas d’hier, mais il est ravivé avec force par la crise.

1. PhiTrust, rue d’Anjou, 7 à 75008 Paris – France – tél. : +33 1 55 35 07 55 – site : http://www.phitrustpartenaires.com

Arnaud Gregoire

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