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Ostende  : des jeunes en guerre contre les dérives de l'intérim

Beaucoup de jeunes se plaignent de la manière avec laquelle les agences d’intérim les traitent. Un groupe de jeunes Ostendais, qui s’est baptisé Terminus Interim, adécidé de passer à l’offensive.

08-06-2012 Alter Échos n° 340

Beaucoup de jeunes se plaignent de la manière avec laquelle les agences d’intérim les traitent (dossiers perdus, contrats non respectés, sélection à latête du client…). Un groupe de jeunes Ostendais, qui s’est baptisé Terminus Interim, a décidé de passer à l’offensive.

Au départ, ils sont une poignée d’amis du KAJ (« Kristelijke Arbeidersjongeren » ou Jeunes ouvriers chrétiens) d’Ostende qui ont étéfrappés d’entendre autour d’eux sans cesse les mêmes histoires. Cela fait maintenant environ un an qu’ils ont commencé à compiler les déboires de leurs camaradesavec les agences d’intérim. Ils en ont fait un site web (www.interimactie.be) et envisagent maintenant d’autres formesd’actions, comme des manifestations, d’autant que leur initiative fait des émules à Anvers, Gand et Alost.

C’est l’histoire de Sam, 23 ans, soudeur, « six ans de galères dans l’intérim », qui, à l’invitation de Daoust Interim, se rend à Snaaskerke, enpleine cambrousse, où il s’avère que le patron n’est au courant de rien. La semaine précédente, il avait déjà été envoyé dans uneentreprise qui n’emploie aucun soudeur, mais était à la recherche d’un… spécialiste en produits chimiques.
Il y a aussi le cas d’agences d’intérim qui obligent le même travailleur à faire plusieurs fois dans la même semaine toute la procédure d’inscription (carted’identité, carte de banque, carte SIS, permis de conduire, diplômes…) et d’autres histoires de dossiers perdus.

C’est le cas de Kenneth qui s’entend dire que tel emploi n’est soi-disant plus à pourvoir alors que l’ami avec qui il était venu au rendez-vous obtient ledit poste quelques instantsplus tard. Ou encore celui d’un jeune, refusé pour un poste de triage de légumes surgelés… parce qu’il n’est pas trilingue.

Contrats journaliers

Dans beaucoup de cas, c’est le manque de communication qui est épinglé par Terminus Interim. Mais ils dénoncent aussi des pratiques illégales, comme le recoursrépété aux contrats journaliers. « Souvent, nous travaillons pendant des semaines avec des contrats journaliers, pour finir par être remerciés du jour aulendemain sans autre forme de procès », confirme Riensje Landuyt, 25 ans. « Ces contrats d’un jour, c’est comme n’avoir aucun avenir. Nous ne pouvons pas trouver delogement. Les visites médicales, nous les remettons au lendemain. La liste des contrats de ce type que j’ai déjà eus fait cinq pages. Quand on les montre aux agencesd’intérim pour prouver qu’on a de l’expérience, elles nous rient au nez, mais si vous n’en avez pas, on vous dit que vous êtes trop paresseux pour travailler. Vous vous rendezcompte quel effet cela fait à la longue quand vos parents et votre petite amie ne vous croient plus quand vous dites que vous faites de votre mieux pour trouver du travail ? »

Hans De Smet, médiateur à la division Alimentation et services de la CSC d’Ostende, confirme que les choses ne tournent pas rond dans l’intérim. Un deuxièmemédiateur va être engagé prochainement pour le seconder vu le nombre de plaintes. « Quand il s’agit d’infractions flagrantes, nous essayons de négocier avec lasociété d’intérim. Souvent, il s’agit d’abus de contrats journaliers. »

Du côté du secteur, on réagit d’abord unanimement (Randstad, Adecco, T-Interim…) contre l’idée qu’il y aurait de fausses offres d’emploi qui seraient proposées.« Il y a des emplois », affirme Geert Van Droogenbroeck, marketing manager chez Adecco. « Quant à savoir si ce sont toujours les bons emplois pour le bongroupe cible, c’est une autre histoire. C’est important de bien communiquer à ce propos et ce n’est peut-être pas toujours le cas. » Le secteur souligne aussi que lessociétés d’intérim subissent fréquemment des contrôles de l’inspection sociale. Sur les contrats journaliers, les réponses sont plus nuancées. ChezAdecco, on estime que « s’il y des excès, il faut les combattre ». Chez Secretary Plus, la directrice Lindy Cappelle, affirme ne pas recourir à ce type de contrats,mais souligne que « le principe de l’intérim reste d’offrir de la flexibilité à la fois aux clients et aux candidats ». Et d’ajouter que « si onsupprime cette possibilité, le secteur disparaîtra. Il faut certes combattre les abus, mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. » En 2010déjà, la FGTB avait plaidé pour la suppression de ce type de contrats qui représentaient alors un tiers des contrats intérimaires, soit une moyenne de 24 000contrats par jour.

D’après De Standaard et Jobat.be

Pierre Gilissen

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