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Migration par le mariage : une étude analyse le phénomène

La migration par le mariage n’assure pas l’intégration socio-économique, c’est une des conclusions qu’on peut tirer de l’étude universitaire commandéepar le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme1.

07-09-2007 Alter Échos n° 234

La migration par le mariage n’assure pas l’intégration socio-économique, c’est une des conclusions qu’on peut tirer de l’étude universitaire commandéepar le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme1.

Le regroupement familial sur base du mariage est devenu, c’est un fait, une nouvelle forme de migration. Ce qui n’est pas synonyme pour autant de mariage blanc ou de mariage de complaisance.À la demande du Centre pour l’égalité des chances, une équipe de recherche interdisciplinaire, composée de chercheurs du “Onderzoeksgroep Armoede SocialeUitsluiting en de Stad” (Université d’Anvers), du « Centrum voor Migratie en Interculturele Studies » (Université d’Anvers) et du « Hoger Instituutvoor de Arbeid » (Université catholique de Leuven) s’est penchée sur le problème. Elle a présenté en juin dernier son étude intitulée :Liefde kent geen grenzen2, littéralement « L’amour ne connaît pas de frontières ». Une étude dont la question centrale (laisséesans réponse) est celle-ci : les gens migrent-ils pour se marier ? Ou se marient-ils pour migrer ?

En commandant cette étude, l’objectif du Centre était de dégager une image générale et dynamique du phénomène de la migration familiale enBelgique, qui aborde tant les flux quantitatifs qui la caractérisent que les données qualitatives liées au vécu des familles migrantes. Cela, pour permettre de replacerdans un contexte plus large, cohérent et nuancé l’approche sensationnaliste et souvent péjorative que la thématique du regroupement familial connaît tropsouvent (mariages blancs, mise en péril de la sécurité sociale, problèmes d’intégration, etc.). L’équipe a ainsi choisi de centrer son travailsur le cas des partenaires mariés et de porter une attention spécifique à quatre groupes nationaux, à savoir les partenaires regroupés originaires du Maroc, deTurquie, d’Europe occidentale et d’Asie du Sud-Ouest.

Marchandisation du mariage ou love story

Les technologies d’information et de communication ne sont, d’après les chercheurs, pas étrangers aux phénomènes de migration de mariage. “Grâceà l’augmentation des moyens de transport et au développement rapide d’internet, les chances augmentent que deux personnes se rencontrent même si des milliers dekilomètres les séparent. L’existence de ce monde virtuel accélère le phénomène de la migration de mariage.” On peut donc parler d’une «marchandisation » du mariage. Les femmes migrantes venues de l’Est peuvent en être des victimes, mais aussi s’en servir pour obtenir le droit au séjour. On se marie soi-disant paramour avec un Belge, puis on demande le divorce.

Mais tout n’est pas que calcul. L’amour a aussi force de loi. La représentation qu’on peut avoir de l’Occident joue un rôle important dans la migration de mariage. Les femmesidéalisent l’homme occidental, réputé plus généreux, plus doux, plus attaché à la famille. Inversement, les hommes occidentaux rêvent de femmesétrangères plus « traditionnelles ». Même topo pour les jeunes Turcs et Marocains vivant en Belgique : les garçons et filles du pays sont plus attirants queceux ou celles du quartier.

Autre constat : alors que, pour la migration de mariage turque et marocaine, il s’agit surtout de mariages ethniques endogames, les femmes issues des groupes plus récentsépousent quasiment exclusivement un homme belge, constatent les chercheurs. Les flux migratoires enregistrés venant de l’Asie du Sud-Est, de l’Europe centrale, del’Europe de l’Est et de l’ancienne Union soviétique sont majoritairement, voire exclusivement, féminins. La combinaison de ces deux caractéristiques fait queces pays sont désignés dans la littérature comme des pays « pourvoyeurs d’épouses ». Chez les Turcs et les Marocains, le rapport entre les sexes, pour cequi est des immigrés entrant en Belgique via le regroupement familial et la constitution de famille, est plus équilibré.

Profil socio-économique

Le profil des partenaires résidant en Belgique est aussi particulier : ils sont davantage chômeurs que la moyenne de la population belge. C’est surtout vrai pour ceux qui font venirun époux ou une épouse du bassin méditerranéen. Dans ce sous-groupe, une personne sur deux est au chômage.

Le profil socio-économique des migrants n’est pas meilleur. Les personnes issues du Maroc et de Turquie se retrouvent le plus souvent au chômage ou dans les catégories derevenu les plus basses. C’est nettement moins le cas des femmes issues d’Europe de l’Est et d’Asie. Elles ont, il est vrai, un niveau de qualification plus élevé. Les chercheurs fontl’hypothèse que pour elles, le mariage avec un Belge est perçu comme un outil de promotion sociale. Ce qui ne signifie pas qu’elles y arrivent : les barrières sur lemarché de l’emploi engendrent bien des frustrations, elles disent alors ne plus se sentir qu' »immigrées ».

Cette articulation entre migration familiale et migration de travail, le Centre propose d’en approfondir la réflexion à travers la question des politiques publiquesd’intégration, avec une attention particulière pour la participation au marché du travail des migrants familiaux. À suivre donc.

1. CECLR,
– adresse : rue Royale, 138 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 212 30 00
– courriel : epost@cntr.be
– site : www.diversiteit.be

2. L’étude peut êtretéléchargée sur le site du CECLR (attention uniquement en néerlandais, seules les conclusions de l’étude et la note de réflexion du CECLR sontdisponibles en français)

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