Des béguines aux Babayagas, quelles alternatives de logement pour les femmes ?

par Manon Legrand

Des béguines aux Babayagas, quelles alternatives de logement pour les femmes ?

Des béguines aux Babayagas, quelles alternatives de logement pour les femmes ?

Manon Legrand
Photos : Romain Champalaune
3 avril 2019

Les femmes souffrent de précarité en matière de logement. Et quand elles sont plus âgées, le problème peut se compliquer. Comment garantir aux femmes un toit et un « lieu à soi » ?

À Montreuil, dans la Maison des Babayagas, vivent une vingtaine de femmes de plus de 60 ans. Cet habitat groupé, autogéré et féministe, n’est pas sans rappeler des communautés de femmes il y a 900 ans, les béguines, qui inspirent aujourd’hui des femmes et des hommes en quête d’une architecture plus communautaire et égalitaire.

Comme Angela.D, associationbruxelloise dont la mission est de croiser questions de genre et de logement et insuffler du féminisme dans nos façons d’habiter la ville. Petit tour d’alternatives en chantier.

La maison des mamies féministes

Comment avoir un logement décent quand on est une femme âgée avec une retraite limitée ? Les Babayagas, à Paris, dessinent une solution alternative.

Septembre, l’été joue les prolongations. Montreuil, commune de Seine-Saint-Denis, prend des airs de Marseille sous ce soleil éclatant. À deux pas de la mairie se dresse un immeuble HLM, aussi gris mais moins haut par contre que les tours d’autres banlieuesparisiennes.

Dans le jardin, une grande table est dressée autour de laquelle une vingtaine de personnes discutent. Nous sommes à la Maison des Babayagas, du nom des vieilles sorcières des contes russes. Une vingtaine de mamies ont élu domicile dans cet habitat participatif et autogéré. Avec une spécificité qui rend ce lieu inédit : la maison est non-mixte et ses membres sont résolument féministes.

La Maison des Babayagas attise la curiosité. « On est victimes de notre succès ! », répète inlassablement Dominique Doré, l’une des plus anciennes membres de la maison, aux journalistes qui l’appellent. Les personnes curieuses mais aussi les habitants du quartier, travailleurs sociaux, sympathisants, amies ou encore nouvelles candidates locataires sont donc invités à visiter le projet le deuxième vendredi du mois, jour dévolu au repas communautaire.

Le jour de notre visite, c’est l’effervescence. Une équipe de télévision de Hong Kongdébarque dans le cadre d’un reportage sur les innovations sociales européennes. La productrice dispose sur la table un poisson en croûte de sel provenant d’une poissonnerie huppée du centre de Paris. L’équipe de télévision a répondu à l’appel de l’« auberge espagnole ». Catherine et Kerstin, deux habitantes, ne peuvent contenir un rire en voyant le journaliste râper allègrement la truffe sur ce mets. « C’est gastronomique aujourd’hui ! », s’exclament-elles.

Un grand chantier

La Maison des Babayagas est née à l’initiative de Thérèse Clerc, militante féministe décédée en 2016 à 88 ans. L’histoire commence en 2000, quand elle fonde la « Maison des femmes » de Montreuil, refuge pour les femmes victimes de violence. Parallèlement, Thérèse Clerc désire créer une maison pour des femmes âgées. Son credo : une vieillesse responsable, solidaire et citoyenne. « Je me suis occupée de ma mère grabataire pendant cinq ans, alors que je travaillais encore, que je faisais face aux turbulences conjugales de certains de mes quatre enfants et que j’avais déjà des petits-enfants. J’étais seule, j’ai vécu cinq années très dures et j’ai pensé que je ne pouvais pas faire vivre ça à mes enfants », expliquait-elle à l’époque (France Inter, Partir avec… Thérèse Clerc, 14 octobre 2013)

Aussi, Thérèse Clerc refuse fermement de faire le business des « marchands de sommeil du 3e âge » comme ces résidences-services privées, impayables pour une grande partie des retraitées. En Belgique comme en France, les femmes ont de plus petites retraites que les hommes. Selon des chiffres du SPF Pensions de 2018, l’écart entre hommes et femmes en Belgique se chiffre à 612,90 euros brut par mois pour ceux et celles qui ont été salariés tout au long de leur carrière. Créer une maison pour des femmes âgées est aussi une façon de reprendre un « droit de cité » qui leur est trop souvent ignoré. « La vieillesse est noble lorsqu’elle se défend elle-même, garde ses droits et ne se vend à personne », aimait à répéter Thérèse Clerc.

Le projet ne convainc guère les élus locaux et acteurs du logement. Les Babayagas, parce qu’elles ne désirent qu’un habitat exclusivement féminin, sont accusées de discrimination. La cooptation contredit aussi les règles d’attribution d’un logement social. Finalement, un montage est trouvé, et le projet est accepté moyennant une touche d’intergénérationnel : la création de quatre appartements pour des jeunes de moins de30 ans en difficulté. État, Région, Ville de Montreuil et conseil général décident de financer le projet à hauteur de 4 millions. Après presque 15 années de bataille, la maison est inaugurée en 2013.

Un lieu et un projet de vie

Aujourd’hui, 21 femmes – de plus de 60 ans et en bonne santé – vivent dans cette maison. Les appartements font entre 25 à 44 mètres carrés pour des loyers hors charges de 200 à 525 euros. Caractéristique du projet, il est ouvert aux femmes qui répondent auxcritères du logement social, et permet donc de loger des femmes âgées précarisées.

 

Kerstin, géomètre au regard espiègle et au caractère bien trempé, vit dans cette maisondepuis janvier 2018. Et pour rien au monde elle ne quitterait son 33 m2. « À Montreuil, en plein centre, c’est magnifique, on est à proximité des transports, du cinéma », explique la septuagénaire.

Autour de la table, Catherine s’entretient avec une invitée. Veuve et seule dans son appartement, elle se verrait bien intégrer l’appartement vacant de l’immeuble. Catherine n’y va pas par quatre chemins. « C’est très petit ici, il faut le savoir, et on fonctionne en collectif. »

« Avec quel projet viendrais-tu ? », lui demande-t-elle aussi. Les Babayagas ne sont pas juste un lieu, mais aussi un projet de vie, qui tourne autour de plusieurs valeurs,rassemblées dans une charte : autogestion, citoyenneté, solidarité, féminisme, laïcité etécologie.

Utopie en friche

Au quotidien, pas toujours simple de vivre ensemble. La bonne humeur – et le bon vin– ne suffit d’ailleurs pas à cacher les tensions entre les Babayagas.

Pendant que Dominique, la plus ancienne résidente, vante les mérites de cette maison au journaliste de Hong Kong, d’autres pointent les problèmes. « Surtout depuis que Thérèse est partie… », confie l’une d’elles, Thérèse Clerc étant  décrite par celles qui l’ont connue tantôt comme une sorcière féministe tantôt comme une Dame de fer.

Gérer les ego, s’entendre sur des projets, vivre en communauté, gérer les décès, pérenniser les valeurs initiales… « On ne parle plus des valeurs comme la mutualisation des services », confie Flora, habitante assez désabusée sur la tournure que prend cette « utopie » dans le documentaire HLM et vieilles dentelles que deux réalisatrices françaises Chloé Bruhat et Aurore Le Mat ont consacré aux Babayagas. Le problème de la salle commune est aussi montré du doigt par Dominique Doré, lors d’un colloque à Bruxelles sur la thématique du logement pour les femmes. « Installée au rez-de-chaussée, elle est souvent louée pour des activités de la commune, et les résidentes s’en sentent dépossédées », a-t-elle expliqué.

« Mais on ne lâche rien, on est rusées », s’amuse-t-elle aussi. Dominique Doré voudrait aussi réactiver la réflexion sur le vieillir autrement. Un projet amorcé par Thérèse Clerc à travers son association Unisavie, pour « Université du savoir du vieillir autrement » (université populaire gratuite et ouverte à toutes et tous), pour défendre le fait que « vieillir, c’est continuer à être ». « Politiser la vieillesse, c’est aussi ce qui manque aux Babayagas aujourd’hui », observe Chloé Bruhat, après deux années passées régulièrement dans la maison pour son documentaire. « C’était l’idée de Thérèse, penser la vieillesse et la sexualité, interroger la place des femmes dans la ville, et, pour l’instant, cette question-là est négligée. » Les Babayagas sont aujourd’hui, pour elle et son amie réalisatrice, une « utopie en friche mais encore nourrie par les désirs de celles qui restent ». Un exemple récent : le jardin-potager solidaire, lancé par Iro, ancienne présidente dynamique décédée en 2016. Expos photos, ciné-clubs féministes font partie des projets portés par une poignée d’irréductibles pour qui, comme le dit leur devise, « vieillir vieux, c’est bien. Vieillir bien, c’est mieux ! »

 

Des béguinages à l'architecture féministe

Apolline Vranken, architecte, a réalisé son mémoire sur les béguinages. Selon elle, le mouvement béguinal, avec son mode d’habitat communautaire, a jeté les fondations d’un mode de vie émancipateur sur les plans résidentiel ou encore social, pour ses habitantes. Aujourd’hui, architectes, futurs habitants ou promoteurs s’inspirent de ce modèle pour poser les bases d’une architecture égalitaire dans laquelle les femmes, comme les béguines d’antan, peuvent s’émanciper.

En quoi la Maison des Babayagas peut-elle être considérée comme un néobéguinage ?

Elle peut s’apparenter aux béguinages par leurs notions d’entraide et de communauté entre femmes mais aussi de « care », de soin (prendre soin de soi et prendre soin des autres). Thérèse Clerc, la fondatrice de la Maison des Babayagas, disait : « Vieillir vieux, c’est bien, vieillir bien, c’est mieux ». Elle voulait revaloriser les femmes âgées invisibilisées aujourd’hui dans nos cités. La Maison des Babayagas porte aussi l’idée d’innovation dans le logement : elle invite à réinventer la vieillesse et notre mode d’habitat pour éviter l’isolement. Tous ces principes étaient déjà présents chez les béguines. Chez les Babayagas, il y a aussi des logements réservés à des jeunes de moins de trente ans en difficulté. Les béguines avaient mis en place un système d’entraide intergénérationnelle. Enfin, l’analogie est aussi symbolique : les Babayagas sont des sorcières dans les contes russes ; au XVe siècle, les béguines étaient considérées comme hérétiques et nombre d’entre elles ont été brûlées vives. Femmes, autonomie et indépendance, cette combinaison a longtemps souffert et souffre encore de préjugés et estsouvent précédée d’une réputation sulfureuse, voire dangereuse.

Vous défendez dans votre ouvrage le concept d’architecture féministe. En quoi consiste-t-elle ?

La ville sera égalitaire quand la frontière public-privé aura disparu. Je m’explique : l’espace public, productif et du travail rémunérateur est attribué aux hommes, tandis que l’espace privé, domestique, reproductif et du travail gratuit est assigné aux femmes. Abolir cette frontière implique autant un investissement de l’espace domestique par les hommes que de l’espace public par les femmes. Autrement dit, il faut faire en sorte que les femmes ne ressentent plus la distinction entre espace public (masculin, ressenti dangereux, inhospitalier) et espace privé (féminin, sécurisant, hospitalier). Il faut développer la possibilité pour chacun et chacune de se créer une « chambre à soi » partout,au parc, dans un café, par exemple.

Les néobéguinages se développent beaucoup en Allemagne et en Autriche.Le projet viennois Frauen-Werk-Stadt I (« femmes, travail, ville ») est selon vous « le plus grand exemple, en Europe, de développement résidentiel et urbain axé sur les femmes »…

Vienne est une ville exemplaire en termes de genre et de parité dans le logement. Frauen-Werk-Stadt I est un quartier d’habitat social qui a été conçu par des femmes architectes, dont Franziska Ullmann. Ce projet a été lancé au début des années nonante, c’est précurseur ! En parallèle, un bureau d’expertes en urbanisme a émis des recommandations pour construire la ville en tenant compte des besoins et des attentes des femmes, telles que l’ouverture des cuisines sur le séjour, des hauteurs maximales pour les immeubles de logements afin de garantir des connexions visuelles entre l’habitant, en haut, et la ville, en bas, ainsi que des espaces de qualité pour les enfants.

La Maison des Babayagas n’accueille que des femmes, mais ce n’est pas  le cas de tous les néobéguinages…

Chaque néobéguinage établit sa propre charte : fonctionnement, résidents, activités, valeurs, etc. À l’instar de l’habitat participatif et groupé, les modes d’habiter des différents néobéguinages peuvent être très différents d’un projet à l’autre. C’est également ce qui fait la difficulté du modèle. Les règles sont assez souples mais, commentles transmet-on à la génération suivante ? Par exemple, à Lauzelle, un petit béguinage mixte pour personnes âgées, se pose la question de la survie de la communauté et des éventuels repreneurs.

Lauzelle est un béguinage belge qui, s’il est ouvert exclusivement aux personnes âgées, ne tient pas compte des conditions de vie précaires des femmes face au logement comme à Montreuil.

En effet. La Maison des Babayagas et le petit béguinage de Lauzelle sont deux modèles à la fois très similaires sur le plan immobilier mais abordant de façon très différente la question des valeurs : à Lauzelle, il y a un côté très religieux, spirituel, l’inclusion se fait sur d’autres plans que celui purement économique. Chez les Babayagas, on aaffaire à des laïques très politisées. Lauzelle suit la norme hétérosexuelle alors que lesBabayagas incluent les autres orientations sexuelles (sur l’orientation sexuelle en maison de repos, lire Homo Sweet Home, Alter Echos n°460, 27 février 2018).

Pour revenir sur les projets Frauen-Werk-Stadt à Vienne, les logements sont majoritairement occupés par des résidentes disposant d’importantes ressources, tant économiques que socio-culturelles. De fait, il faut du temps – que les femmes n’ont pas toujours – pour monter ce genre de projet ainsi que pour participer aux tâches et aux activités collectives. De manière réaliste, il semble compliqué pour une mère célibataire d’organiser régulièrement des repas communautaires.

Y a-t-il un exemple de projet où la « mixité sociale » est davantage assurée ?

Oui, je pense à La Poudrière (communauté bruxelloise de vie et de travail créée en1958 par deux ecclésiastiques, NDLR). Ce projet n’est pas à proprement parler féministe, mais on y trouve une authentique mixité sociale et culturelle. La laverie est l’épicentre de la résidence. C’est une préoccupation qu’on retrouve dans de nombreux projets : transformer les tâches domestiques individuelles en activités communes « glamour » et ainsi éviter le cantonnement des femmes dans des caves sombres ou des arrière-buanderies. Petit bémol, aujourd’hui malheureusement seules les femmes occupent ce lieu, à la façon des lavoirs d’antan…

L’un des points forts de La Poudrière est le lien qu’ils ont créé et entretiennent avec la ville, notamment grâce à leur magasin Emmaüs. C’est l’une des similarités qu’ils ont avec les béguines, ouvertes sur le monde extérieur à travers leurs projets éducatifs. Les Babayagas ont aussi un lien fort avec le tissu associatif de Montreuil. Néanmoins, ce lien ville-communauté est absent dans des habitats groupés inspirés directement l’architecture des couvents excentrés, fermés sur eux-mêmes plutôt que de celle des béguinages urbains, ouverts sur le monde.

En savoir plus

A lire :

Apolline Vranken, Des béguinages à l’architecture féministe. Comment interroger et subvertir les rapports de genre matérialisés dans l’habitat ?, Éd. Université des femmes, 2018. 279 p. (19 €) Disponible à l’Université des femmes, 10 rue du Méridien (1210 Bruxelles) ou en ligne sur le site www.universitedesfemmes.be

 

Aline Kiner, La nuit des béguines, Editions Liana Lévi, 2018.

A écouter : 

Paris, 1310 : les béguines, une communauté de femmes subversives et féministes, conférence autour du livre La Nuit des béguines d’Aline Kiner, France Culture, 1er avril 2019.

Les béguines avec Jacqueline Kelen, Les racines du ciel, France Culture, 16 octobre 2011.

 

 

Angela.D : un logement par les femmes pour les femmes

L’association Angela.D a pour mission d’interroger le mal-logement au féminin. Un projet d’habitat groupé devrait prochainement voir le jour à Bruxelles.

8 mars, habillées de mauve – la couleur des suffragettes choisie pour cette premièregrève de femmes en Belgique –, des femmes portent une pancarte dessinée d’une petite maison et du slogan « Sans toit ni droit ». Elles font partie de l’association Angela.D. Référence à Angela Davis, cette militante féministe états-unienne célèbre mais aussi acronyme pour « Association novatrice pour gérer ensemble le logement et agir durablement », Angela.D rassemble des femmes issues tant du monde militant que du milieu académique, préoccupées par les questions de mal-logement au féminin.

« Les femmes sont plus précaires que les hommes et cela se marque aussi en matière de logement. Le problème empire quand elles vieillissent car les femmes ont des pensions plus faibles que les hommes », explique Magali Verdier, travailleuse au Mouvement ouvrierchrétien. Amélie (nom d’emprunt), présente à ses côtés, confirme. Veuve, elle esttoujours en attente d’un logement social et doit donc se loger dans le parc locatif privé,sans avoir un salaire élevé.

L’habitat communautaire, alternative féministe ?

Les membres d’Angela.D sont allées visiter la Maison des Babayagas, à Montreuil. De retour, elles ont pour projet d’élaborer un projet d’habitat communautaire qui s’en inspire à Bruxelles. « L’habitat communautaire, qu’il soit mixte ou non mixte, quand il tient compte des rapports sociaux de genre, peut être émancipateur pour les femmes », explique Magali Verdier, qui souligne l’importance du « logement à prix décent dans les centres urbains. »

La rencontre avec le CLTB, Community Land Trust Belgique, association dont l’ambition est de faciliter l’accès à la propriété pour les personnes précarisées, a donné une tournure plus concrète à leur rêve. Depuis peu, l’association a élaboré des recommandations pour tenir compte davantage du genre dans ses projets. Veiller par exemple à ce que les femmes participent à l’élaboration des plans ou aux travaux de réparation, domaines dans lesquels elles sont souvent évincées. Mettre en valeur les savoir-faire des femmes, par exemple en les formant au budget de la copropriété en tenant compte de leurs compétences en termes de gestion du budget familial. Les recommandations indiquent aussi de responsabiliser les hommes aux tâches encore portées majoritairement par les femmes (Lire : « Le droit au logement, le CLTB s’y engage ! L’approche genre comme outil d’émancipation », dans Chronique féministe, 122, Juillet/décembre 2018).

Le CLT et Angela.D se sont retrouvés sur le projet Calico, qui devrait voir le jour d’ici deux ans à Forest. Ce projet d’habitat groupé intergénérationnel et interculturel veut tenir compte de la dimension du genre et du soin. Concrètement, Calico comptera des appartements mis en location pour que les personnes trop âgées pour accéder à un prêt puissent s’y loger. Y cohabiteront aussi une maison de naissance et une maison de mourance. Angela.D, avec ses dix logements, tiendra compte de la dimension du genre, de l’élaboration des plans à la vie en commun. « Ce projet articule le soin, le féminisme, l’écologie. Il se veut ouvert sur le quartier. Il remet aussi en cause les politiques spéculatives du logement néfastes pour les plus précaires », s’enthousiasme Magali Verdier.

Le bail aux mains des femmes

Si le projet n’en est qu’à ses balbutiements, Angela.D a déjà déterminé des critères d’attribution de ces logements : être une femme, aux revenus modestes, « même si nous n’exclurons pas les revenus moins modestes », précise Magali Verdier. L’association veut aussi que cohabitent des âges et des cultures différentes et assurer un ancrage féministe fort. « Le projet Frauenwohnprojekt Rosa à Vienne nous a beaucoup inspirées également. Il s’agit d’un habitat communautaire qui accueille des femmes de tous âges, des familles monoparentales, des personnes âgées, des femmes à faibles revenus. Il y a trois projets de ce type à Vienne. Les femmes ont fait partie du processus de construction de A à Z. Les baux sont toujours conclus avec les femmes. Avoir le bail en main, c’est ça qu’on veut revendiquer avec Angela.D », défend Magali Verdier. La participation au chantier n’est pas possible dansce projet, même si, le confie Amélie, « sans y mettre nos mains, on participe vraiment à la conception de ce projet jusqu’à l’accouchement ». D’autres questions sont pour l’instant en suspens : comment loger des femmes sans papiers ? Les logements seront-ils liés à uneagence immobilière sociale ? Quelle position par rapport à la non-mixité ? « C’est une première expérience, on essuiera les plâtres », conclut Magali Verdier.