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Les centres d'entreprises bruxellois entre attente et développement ?

Le point sur la situation des centres d’entreprises bruxellois.

09-10-2009 Alter Échos n° 282

Les centres d’entreprises bruxellois (CE) attendent les arrêtés d’exécution de l’ordonnance relative à leur reconnaissance et leur subsidiation. Une occasion de faire lepoint sur un secteur qui se trouve peut-être à un tournant.

Financés jusqu’au 31 décembre 2006 par les programmes européens « Objectif 2 » et « Urban », les centres d’entreprises bruxelloisvivent, de l’avis de certains, une époque charnière. Le secteur attend en effet toujours les arrêtés d’exécution de sa nouvelle ordonnance. Critiquée parcertains, un de ses buts avoués est notamment de pérenniser les CE (ainsi que les guichets d’économie locale, les GEL) à coup de financements régionauxdestinés à remplacer les subsides européens. « Pour préparer la rédaction de cette ordonnance, nous avons publié en juin 2006 uneévaluation dont le but était de faire le point sur la situation des centres d’entreprises et des guichets d’économie locale, déclare Frédéric Raynaud,conseiller au cabinet de Charles Picqué (PS)1, ministre-président du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale qui était, jusqu’il y a peu, en charge dudossier repris depuis la nouvelle législature par le cabinet de Benoît Cerexhe (CDH), ministre bruxellois de l’Emploi, de l’Économie et de la Recherche scientifique. Outre lavolonté de rationaliser l’activité des centres en les cadrant avant tout sur l’activité économique, l’idée de base a été de mettre en place un outilde financement objectif destiné à pérenniser l’outil  ; mécanisme qui n’existait pas auparavant. » Une pérennisation d’autant plus importante quel’évaluation note que « […] Certains centres d’entreprises paraissent mieux armés que d’autres pour assurer une rentabilité partielle de leurs services. Ilapparaît toutefois qu’un soutien public restera nécessaire. »

Concrètement, le mode de financement proposé pour répondre à cette problématique permet aux centres d’entreprises, agréés pour une périodede cinq ans, de bénéficier d’un subside fixe et d’un subside variable proportionnel à leur taux d’occupation. Un taux qui correspond aux surfaces occupées par desentreprises qui existent ou ont été reprises depuis moins de cinq années selon les données de la Banque-Carrefour des entreprises. Un critère qui semble poserproblème sur le terrain. « Pour nous, cette ordonnance risque, par ce fait, d’être inapplicable, déclare Mery Hermanus, directeur du centre d’entreprises deMolenbeek2. Si elle était appliquée, certains centres d’entreprises fermeraient leurs portes. Nous avons en effet beaucoup d’entreprises qui mettent parfois plus de cinq ansà réussir, à se développer… Le fait de conditionner les subsides à un taux d’occupation ainsi défini constitue donc un vrai problème. »D’autres opérateurs notent également que beaucoup d’entreprises installées en CE sont, à leur arrivée dans le centre, des « coquilles vides »non développées qui peuvent cependant exister depuis deux ou trois ans. Ce qui laisserait peu de temps au CE pour les héberger avant de voir les subsides variables en prendre uncoup.

Un impact sur le local  ?

Du côté du centre d’entreprises « Les Ateliers des Tanneurs »3, qui vient d’ailleurs de s’agrandir, on regrette également cette« limite des cinq ans » en y apportant quelques nuances. « Nous pensons que cette mesure est aussi dommageable pour les Initiatives locales de développement del’emploi (ILDE) et les Entreprises d’insertion (EI) pour qui il aurait peut-être été bien qu’elle soit assouplie, déclare Ronald De Greef, directeur du centre. Cesstructures fonctionnent en effet, vu leur mission, avec une temporalité différente. Dans ce contexte, on peut effectivement affirmer que la volonté de l’ordonnance, c’est defaire de l’économique. Le côté local n’y est pas vraiment encouragé… » Par « côté local », il faut entendre undéveloppement de l’emploi des personnes issues de la zone d’activité du centre d’entreprises, généralement les vieux quartiers à fort taux de chômage. Eneffet, un des reproches les plus souvent entendus tient au manque de renseignements concernant l’impact réel des centres d’entreprises en termes d’emplois locaux, de développement localpar rapport aux zones dans lesquelles ils sont implantés. Un problème d’ailleurs évoqué par l’évaluation menée en préparation de l’ordonnance  :« […] Pour ce qui est de la deuxième catégorie [NDLR les employés embauchés par les entrepreneurs], les informations disponibles ne permettent pas dedéterminer la localisation des nouveaux emplois créés. Néanmoins, des entretiens ont permis d’apprendre que les compétences de la “main d’œuvre” de la zone necorrespondaient pas toujours aux besoins des entreprises situées dans les centres. Il existe donc bien une déconnexion profonde entre la formation que reçoivent les jeunes et lesoffres d’emploi proposées dans les centres. »

Un état des lieux à propos duquel Mery Hermanus réagit  : « Même si je pense pouvoir dire que les personnes employées dans le cadre de notre centre”correspondent” à la population du quartier, nous n’avons en effet pas comme exigence d’engager des “locaux”. » À la différence du centre d’entreprises« Les Ateliers des Tanneurs » pour qui c’était une condition sine qua non… « Nous avons en effet, dès le début, privilégié lesentreprises ayant un potentiel de création d’emplois peu qualifiés, affirme Ronald De Greef. Le résultat est que, sur les 120 personnes employées aux Tanneurs, 37 viennentde la commune (1000 Bruxelles) où nous sommes implantés. Sur ces 120 personnes, 70 sont également des personnes enregistrées comme “article 60”, travailleurs EI/ILDE ouofficiant dans des secteurs comme l’horeca ou le nettoyage. »

Si nous ne pouvons affirmer que le cas des « Tanneurs » est un cas isolé, beaucoup de centres d’entreprises semblent néanmoins proposer des postesqualifiés alors que la zone dans laquelle ils sont situés (la zone « Objectif II ») serait caractérisée par une faible qualification de la populationqui y habite. Frédéric Raynaud tempère le constat  : « Si les CE n’existaient pas, on se trouverait dans des zones de désertification économique,l’activité économique ne s’y installerait pas. Il faut savoir ce que l’on veut… »

Le cabinet de Benoît Cerexhe4, fraîchement chargé du dossier, a quant à lui joué la prudence. « Le cabinet de Monsi
eur Picqué nous abien évidemment transmis des informations à propos des centres d’entreprises et à propos de l’ordonnance, mais il est encore un peu tôt pour se prononcer. Avant cela, ilest normal que Monsieur Cerexhe prenne le temps d’analyser le dossier. Il y a une réflexion globale à mener, nous sommes d’ailleurs en train de rencontrer les différentsintervenants du secteur. Nous ferons une évaluation globale qui sera disponible pour la mi-octobre. »

Des chiffres malgré tout

Si des informations devraient donc bientôt arriver sur la table, la Société de développement pour la Région de Bruxelles-Capitale (SDRB)5 disposenéanmoins de quelques chiffres concernant les CE. Ainsi, d’après les documents qui nous ont été fournis, les sept centres d’entreprises existant au 31 décembre20086 comptabilisaient 260 entreprises installées pour un total de 841 emplois. Si ces chiffres semblent indiquer que les CE « ont la pêche », certainstempèrent, comme Olivier Witmeur, professeur d’entrepreneuriat à la Solvay Business School7. « Il est délicat d’affirmer que les centres d’entreprisescréent directement de l’emploi ou qu’ils sont seuls à l’origine d’une véritable dynamique entrepreneuriale. Selon moi, la création d’emplois y est aussi le fait desmécanismes utilisés (comme les financements Brusoc) par les entreprises qui s’y installent. De plus, je pense que l’on peut dire que certains CE vivent “dans leur petit monde”. Pourmoi, une question importante reste de savoir s’il y a un intérêt à avoir toutes ces petites structures qui fonctionnent de manière indépendante. » Uneanalyse qui vient relayer les propos de certains intervenants du secteur pour qui, malgré (ou à cause de) leur bonne santé, certains centres d’entreprises se feraient concurrenceet pécheraient par excès de « municipalisme » ou de localisme au détriment de l’esprit de réseau.

Un réseau qui existe pourtant bien puisque la nouvelle ordonnance en institue un et prévoit que celui-ci, regroupant les centres d’entreprises et les guichets d’économielocale, soit dirigé par la SDRB et l’Agence bruxelloise pour l’entreprise (ABE)8. Interrogée sur le sujet, Anne-Laure Isaac, directrice du département Économieet starters de l’ABE, témoigne  : « Concernant le réseau, il y aurait effectivement d’autres choses à développer. Il faut dire que le réseau ajusqu’ici été focalisé sur l’avancement de l’ordonnance. »

Une modération que l’on retrouve également du côté des centres d’entreprises. « Il y a peut-être un peu de concurrence, mais elle se fait finalement,selon moi, au profit des entreprises, déclare Ronald De Greef. Quant au réseau, il nous permet d’échanger des expériences, des bonnes pratiques même s’il est vraiqu’il n’a pas de force contraignante. Cela dit, d’autres collaborations pourraient être envisagées. » Une éventualité que confirme Janaki Decleire, directrice ducentre d’entreprises de Saint-Gilles9. « Il est possible de mettre des choses en place dans le domaine de la mutualisation des coûts, de faire des économiesd’échelle à ce niveau en s’associant. Pour l’instant, cela se fait en bilatéral mais on pourrait aller plus loin. »

1. Cabinet de Charles Picqué :
– adresse : rue Ducale, 7-9 à 1000 Bruxelles
– tél.  : 02 506 32 11
– courriel : info@picque.irisnet.be
– site : www.pourbruxellesavecvous.be
2. Centre d’entreprises de Molenbeek :
– adresse : rue des Ateliers, 6 – 7 à 1080 Molenbeek
– tél.  : 02 412 10 00
– site  : www.c-entreprises.be
3. Centre d’entreprises « Les Ateliers des Tanneurs » :
– adresse : rue des Tanneurs, 58-62 à 1000 Bruxelles
– tél.  : 02 512 67 11
– site : www.ateliersdestanneurs.be
4. Cabinet de Benoît Cerexhe :
– adresse : rue Capitaine Crespel, 35 à 1050 Bruxelles
– tél.  : 02 508 79 11
– courriel : info@cerexhe.irisnet.be
– site : www.cerexhe.irisnet.be
5. SDRB :
– adresse : rue Gabrielle Petit, 6 à 1080 Bruxelles
– tél.  : 02 422 51 11
– courriel : info@sdrb.be
– site : www.srd.irisnet.be
6. Un huitième, ACB Factory, est en phase de lancement et devrait accueillir ses premiers occupants aux alentours de la fin octobre 2009.
7. Solvay Brussels School of Economics and Management :
– Université Libre de Bruxelles | CP145,
-adresse : av. F.D. Roosevelt, 21 à 1050 Bruxelles
– tél.  : 02 650 67 42
– courriel : communication@solvay.edu
– site : www.solvay.edu
8. ABE :
– Tour & Taxis, – adresse : av. du port, 86C, b211 à 1000 Bruxelles
– tél.  : 02 422 00 20
– courriel : info@abe.irisnet.be
– site : www.abe-bao.be
9. Centre d’ entreprises de Saint-Gilles :
– adresse : rue Fernand Bernier, 15 à 1060 Bruxelles
– tél.  : 02 537 44 44
– courriel : info@villagepartenaire.be
– site : www.villagepartenaire.be

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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