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Le squat est-il porteur d'intégration ? C'est le pari de 123Logements

Expulsés de l’hôtel Tagawa, puis du cloître du Gesù, un noyau d’irréductibles squatteurs poursuit sa quête d’habitat communautaire.Désormais installés au 123 de la rue Royale, ils interrogent la société sur les réalités du droit au logement.

18-01-2008 Alter Échos n° 243

Expulsés de l’hôtel Tagawa, puis du cloître du Gesù, un noyau d’irréductibles squatteurs poursuit sa quête d’habitat communautaire.Désormais installés au 123 de la rue Royale, ils interrogent la société sur les réalités du droit au logement.

Un téléphone fixe a été collé sur la façade en guise de parlophone, une affichette renseigne les numéros des personnes joignables dansl’immeuble. Il faut donc sonner pour entrer. Comme partout. Mais précisément, ici, ce n’est pas comme partout. Le 123 de la rue Royale, imposant bâtiment construit surdix niveaux – dont deux en sous-sols –, ancien immeuble de bureaux déployant plus de 5 000 m2 de superficie sans fioriture, est devenu depuis huit mois, le domicilecommunautaire d’une cinquantaine de résidents. Un « squat » officiel qui bénéficie de la bienveillance du propriétaire des lieux, la Régionwallonne.

Rétroactes

Il y a tout juste un an, après des mois de bataille juridique, la presse annonçait la fin d’une aventure peu commune, celle de l’occupation de l’HôtelTagawa1 par les membres de l’association 321logements quatre années durant. La plupart des familles devenues sans domicile fixe du jour au lendemain, avaient étérelogées dans l’urgence. Restait le noyau dur, les « membres historiques ». Ils souhaitaient transformer l’essai, faire de l’expérience un exempletransposable ailleurs, par choix philosophique autant que par nécessité. Avec des membres de « Bij Ons »2 et une poignée d’ex-habitants du 103boulevard de Waterloo3, ils fondent le « Ministère de la crise du logement »4 et se replient au Botanique, dans le cloître du Gesù, unédifice désaffecté depuis deux ans… et promis à un avenir hôtelier haut de gamme.

« Notre objectif n’a jamais été de nous opposer à un projet immobilier. Nous demandons simplement de pouvoir occuper des lieux vides, temporairement, plaide ThomasDawance, président de 321Logements. Un temps de toute façon perdu par le propriétaire en raison des délais légaux pour obtenir des permis d’urbanisme, desplans d’architectes, des autorisations diverses. »

Gérer le chaos

Las, la cinquantaine de personnes qui occupait le cloître a, une nouvelle fois, été confrontée à l’expulsion après deux mois d’occupation.Après une nuit passée sous tente, dans le parc du Botanique, une conférence de presse et des courriers adressés aux principaux responsables politiques en Régionbruxelloise, c’est finalement la Région wallonne qui a désamorcé la crise. « Face à l’urgence de la situation, nous avons mis le bâtiment du 123rue Royale à disposition de ces personnes, et effectué quelques travaux de confort – réfection des chauffages, création de douches, menues réparations. Uneconvention d’occupation provisoire a été conclue avec les habitants, mais elle n’a pas encore été ratifiée par le ministère del’Équipement et des Transports. Le ministre-président Rudy Demotte (PS) a transmis une note au MET, pour demander la signature dans les meilleurs délais »,explique-t-on du côté du cabinet Demotte.
« Alors que les surfaces sont affectées en bureaux, nous avons pu nous y installer moyennant quelques transformations sommaires. Nos interlocuteurs à la Région sont venusplusieurs fois, ils ont véritablement été à l’écoute. Preuve qu’il suffit parfois d’un peu d’imagination et de bonne volonté pourpermettre des solutions », fait écho Thomas Dawance. La solution, en l’occurrence, reste précaire. Les habitants ont pourtant célébré ce nouvelaménagement en créant une nouvelle association baptisée « 123logements ».

Ils sont confiants : le bâtiment ne fait pas l’objet de spéculation, il ne semble pas y avoir de projet d’affectation dans le court terme et, de mémoire desquatteurs, rarement un propriétaire aura autant « joué le jeu ». Mais ce « confort » inhabituel ne leur fait pas oublier leurs préoccupations dedépart : la valorisation de l’habitat communautaire comme vecteur de responsabilisation, d’émancipation et de mixité sociale. Un choix de vie à la foiscontestataire et paradoxalement porteur d’intégration : « Les personnes sans ou avec peu de revenus sont presque toujours obligées de vivre en marge des villes, dans desquartiers-ghettos. Ici, comme anciennement au Tagawa ou au « 103 », ils sont au cœur de la ville, à proximité des transports en commun, des lieux culturels, dessources de savoir. Ça participe aussi à la réinsertion…».

Dans la pratique, le projet social des fondateurs de 123logements semble parfois très éloigné des préoccupations immédiates de certains habitants, qu’unefragilité psychique et physique rend parfois peu perméables à tout projet structuré. Pour pallier cela, des associations de prévention et d’écouteassurent aussi des permanences au 123.

1.Une cinquantaine de personnes, dont plusieurs familles mal logées ou en attente d’un logement social, ont investi les chambres de l’ancien Hôtel Tagawa inoccupé,situé au 321 de l’avenue Louise. La justice a prononcé l’expulsion en janvier 2007 après quatre années d’occupation continue.
2.Bij Ons/ Chez nous :
asbl d’aide aux sans abris (repas à pris modique, permanence sociale, vêtements, etc.).
-site : http://users.skynet.be/cheznous.bijons/
3. L’immeuble situé au 103 bd de Waterloo, vide depuis plusieurs années, a été occupé durant l’automne 2006.
4. Le Ministère de la crise du logement se compose du Rassemblement bruxellois pour le droit au logement (RBDH) et de ses 35 associations membres, de Bij Ons/Chez nous, de 321logements(hôtel Tagawa), des occupants du 103, de l’UDEP, de l’Autre Lieu, de Dune, du Front commun des SDF, de GAMS et du Comité Alarm. Voir aussi : http://ministeredelacrise.blogspot.com

aurore_dhaeyer

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