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Le récit de jeunes en lutte contre la pauvreté

Tague ta vie, tes jours, tes nuits, tague titre un petit bouquin sorti de presse en ce début d’année. Il est l’œuvre du groupe des jeunes qui se réunitau sein de l’association LST – Luttes solidarités travail1 – à Namur. Aboutissement non programmé de leurs rencontres et de leurs réflexions,il donne à lire entre les lignes de leur histoire.

16-03-2008 Alter Échos n° 248

Tague ta vie, tes jours, tes nuits, tague titre un petit bouquin sorti de presse en ce début d’année. Il est l’œuvre du groupe des jeunes qui se réunitau sein de l’association LST – Luttes solidarités travail1 – à Namur. Aboutissement non programmé de leurs rencontres et de leurs réflexions,il donne à lire entre les lignes de leur histoire.

Le récit que propose aujourd’hui le groupe des jeunes, Tague ta vie, tes jours, tes nuits, tague2 est l’histoire d’Angèle et de son rêve,celui de devenir chanteuse. Un rêve qui est surtout prétexte à conter son parcours intérieur. Angèle a sa part d’ « ombre ». La nuit, elle tague etraconte par ce biais ses malheurs et sa tristesse. Son chemin est formé de bouts d’histoires des jeunes auteurs.

Au départ des « caves » jeunes

Se rassembler pour lutter contre la misère et ce qui la produit, c’est la raison d’être du mouvement LST depuis plus de trente ans. Un combat qui prend ses racines dans lequotidien des plus pauvres. Un groupe de jeunes s’y est formé. Comme leurs aînés, ils partagent ce qu’ils vivent, construisent et portent une parole commune. Tous lesquinze jours, se tiennent les « caves » jeunes. Y participent des jeunes âgés de 12 à 18 ans, arrivés là par le bouche à oreille, issus desfamilles les plus pauvres. Cette appellation de « caves » provient du mouvement ATD Quart-Monde et du lieu de réunion des militants de l’époque. Ce mode d’action aété repris par LST à ses débuts. Et le nom « caves » est resté, même si le décor n’est pas toujours celui des sous-sols de larue.

Apprivoiser ses ressentis

C’est le travail collectif de ce groupe de jeunes qui a, au fil de ses rencontres, pris la forme d’un livre. Tout démarre il y a plus de quatre ans. La vision du film Lesenfants du Borinage. Lettre à Henri Storck de Patrick Jean suscite de fortes émotions auprès des jeunes de LST. Difficile pour eux d’en parler par après. Puis,il y aura ces discussions sur le thème « Nos rêves ». Et ce constat : le groupe des jeunes ne les définit que par la négative, il dit ne pas vouloir ceciou cela… mais ne rêve pas de… Alors, pourquoi ne pas imaginer un conte, « souffler un peu, et inventer, quitter la réalité » ? Au gré des rencontresavec un commissaire de police, avec de jeunes réfugiés…, au gré des apports d’une conteuse, d’un dessinateur… une histoire se construit. Unehéroïne voit le jour. Elle partage leurs peurs, leurs espoirs, leur ras-le-bol. Elle parle de sa vie, de leurs vies, de l’école, de la ville, de l’exclusion, du vol, derencontres,…

Fenêtre sur le quotidien

Elle dit, par exemple, que l’école, elle connaît ! « Je ne sais plus combien j’en ai faites. À Charleroi, à Tamines, trois à Namur, et puiscelles du primaire. Ce n’est pas évident de se faire des amis en changeant si souvent d’école. J’ai suivi mes parents qui allaient de déménagement endéménagement (…). » Elle s’interroge : «Qu’ont-ils dans la tête, les gens en Belgique ? Ils ne pensent qu’à leur travail ? Ils nesongent qu’à leurs sous ? Voilà pourquoi ils ne voient même pas là, à côté d’eux, une fille qui est seule, mal. Ils ne font pas attentionaux autres.»
Comme l’explique Cécile Parent de LST, le récit peut être lu en tant que tel, pour l’histoire qu’il raconte ; il éclaire aussi à sa manièreles problèmes de pauvreté, et peut être l’outil d’une réflexion sur l’exclusion, la situation des sans-papiers, le racket, les relations familiales, lesrapports entre voisins, etc. À ceux qui le souhaitent de s’en saisir !

Et Philippe Versailles, administrateur de l’association, de prévenir en citant un proverbe chinois : « Si tu ouvres ce livre, le livre t’ouvrira. » Au-delà duroman, on perçoit en effet les aléas de vies peu ménagées, de quotidiens emplis de sentiments chahutés, mais résolument tournés versl’espoir.

1. LST Namur
– adresse : rue Pépin, 27 à 5000 Namur
– tél. : 081 22 15 12
– courriel : namur@mouvement-LST.org
-site : www.mouvement-LST.org

2. Tague ta vie, tes jours, tes nuits, tague, 12 janvier 2008, 41 p. – Prix : 5 euros (+ 1,80 euro de frais de port, en cas d’envoi).
Outre cette publication, le travail collectif des jeunes a également mené à la création d’une pièce de théâtre Tic TAGS Boum et d’unmini-film d’une dizaine de minutes : Vas-y.
Des représentations de la pièce de théâtre sont encore programmées cette année (du 23 avril au 5 mai) à Namur.

catherineD

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