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Rond-point Schuman

Le Portugal, architecte de l’Europe sociale ? 

En plaçant sa Présidence à la tête du Conseil de l’Union européenne sous le signe des droits sociaux, le Portugal a créé la surprise. Mais le chantier de « l’Europe sociale » est vaste et mouvant, et en six mois, il faut savoir aller vite.

18-01-2021

Pandémie de Covid-19 ou pas, il y a un rituel auquel l’Union européenne (UE) ne déroge pas : tous les six mois, un autre pays prend les rênes du Conseil de l’UE, l’institution qui regroupe les 27 États membres, et qui devient – l’éphémère – chef d’orchestre des négociations au plus haut niveau. Depuis le 1er janvier 2021, c’est le Portugal, pays d’environ 10 millions d’habitants, qui occupe cette fonction.

À chaque fois, c’est toute une histoire : le pays qui occupe la présidence tournante du Conseil de l’UE s’affiche sous son plus beau jour, se lance dans une « opération séduction » auprès des autres capitales afin de les convaincre que oui, c’est bien lui qui a les meilleures idées pour assurer un futur radieux à l’UE. Il décore même le hall d’entrée du bâtiment Justus Lipsius, sur le rond-point Schuman à Bruxelles, là où siège le Conseil de l’UE. C’est dire. Bien sûr, cette année, télétravail oblige, il n’y a pas grand-monde pour en profiter, mais malgré tout, l’idée est là : dans la grande famille européenne, c’est maintenant Lisbonne qui donne le « la ».

Politiquement, c’est vrai aussi, et chaque pays tient à laisser sa marque – selon les sujets, les dossiers et les priorités qui lui tiennent le plus à cœur. Dans le programme de travail pour le semestre à venir, dévoilé en début d’année, tout laisse penser que Lisbonne a choisi de jouer sur le terrain de l’« Europe sociale ». Après six mois de présidence occupée par l’Allemagne, une nation traditionnellement tournée vers l’industrie, les entreprises et le commerce, le changement de registre est notable.

L’un des chevaux de bataille principaux du Portugal sera de faire avancer, dans la mesure du possible dans ce laps de temps très court, la proposition de la Commission européenne relative aux salaires minimums en Europe.

Un « sommet social » au Portugal prévu en mai

Mais en matière d’Europe sociale, beaucoup reste à faire, et la nouvelle Présidence en est bien consciente. Alors, d’emblée, elle a annoncé la tenue, au mois de mai, d’un « sommet social » dans la ville de Porto. Objectif affiché ? Se poser, à 27, des « questions concrètes sur l’avenir du travail », a expliqué le Premier ministre portugais Antonio Costa. Le socialiste défend notamment « un grand investissement dans la formation, la reconversion professionnelle, l’innovation et le renforcement de la protection sociale, pour que personne ne soit exclu ». Tout un programme.

Les autorités portugaises ont aussi indiqué vouloir débloquer les négociations entre institutions sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, un dossier bloqué au niveau européen depuis de longs mois.

Concrètement, l’un des chevaux de bataille principaux du Portugal sera de faire avancer, dans la mesure du possible dans ce laps de temps très court, la proposition de la Commission européenne relative aux salaires minimums en Europe. Lisbonne aimerait parvenir à un accord entre États membres sous sa présidence, mais les pourparlers s’annoncent d’ores et déjà particulièrement épineux – tant les divergences de vues entre États membres sont marquées. Le Danemark et la Suède s’opposent farouchement à ce nouveau texte.

Dans son programme, la Présidence explique ainsi que l’une de ses priorités est de « veiller transversalement à l’égalité hommes-femmes et aux politiques de lutte contre la discrimination, la pauvreté et l’exclusion sociale, y compris à la protection de groupes plus vulnérables ». Les autorités portugaises ont aussi indiqué vouloir débloquer les négociations entre institutions sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, un dossier bloqué au niveau européen depuis de longs mois. Si Lisbonne parvient à avancer sur ces deux volets, elle pourra déjà se targuer d’accrocher deux beaux trophées à son « tableau de chasse ».

Un « pilier social robuste » en guise de vaccin ?

Mais rien ne dit que les plans du Portugal se dérouleront comme prévu. Pendant ces six mois, l’urgence risque en effet d’être ailleurs. Le pays est attendu au tournant car il a la responsabilité d’assurer le bon déroulé du versement des 750 milliards d’euros d’aides sur lesquelles se sont entendus les chefs d’État et de gouvernement pour lutter contre la crise du coronavirus. La vaccination, l’immigration, la lutte contre le changement climatique sont autant d’autres dossiers que le Portugal ne pourra pas ignorer. En parallèle, des voix s’élèvent aussi pour enjoindre à la nouvelle Présidence de réfléchir d’abord à l’autonomie stratégique de l’UE – dans un contexte international changeant après les élections américaines et face à la montée en puissance de la Chine – avant de repenser le modèle social européen.

La vaccination, l’immigration, la lutte contre le changement climatique sont autant d’autres dossiers que le Portugal ne pourra pas ignorer.

Mais Antonio Costa semble bien décidé à suivre la ligne qu’il s’est fixée : « Certains ont peur de la numérisation, peur de l’impact de la transition climatique sur l’industrie automobile… Il faut trouver des vaccins contre ces craintes, et ce meilleur vaccin est un pilier social robuste », a-t-il récemment lancé. Le Portugal a jusqu’au 30 juin pour faire ses preuves. En attendant, Bruxelles vit au rythme du fado, se délecte de pastéis de Nata et relit l’œuvre de José Saramago.

Céline Schoen

Céline Schoen

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