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Le Groupe d'animation de la Basse-Sambre aujourd'hui

Le Groupe d’animation de la Basse-Sambre ou Gabs1 fêtera bientôt ses quarante ans. Ses actions sont diverses, allant de l’éducation permanente à l’insertionsocioprofessionnelle, en passant par la prévention, l’insertion sociale, le logement ou le soutien à la parentalité. Il est actif à Auvelais, Jemeppe-sur-Sambre,Sambreville, Sombreffe, Spy ou Tamines, pour ne citer que ces lieux-là.

15-02-2008 Alter Échos n° 245

Le Groupe d’animation de la Basse-Sambre ou Gabs1 fêtera bientôt ses quarante ans. Ses actions sont diverses, allant de l’éducation permanente à l’insertionsocioprofessionnelle, en passant par la prévention, l’insertion sociale, le logement ou le soutien à la parentalité. Il est actif à Auvelais, Jemeppe-sur-Sambre,Sambreville, Sombreffe, Spy ou Tamines, pour ne citer que ces lieux-là.

Issu de l’après 68, le Gabs a vu le jour il y a maintenant trente-huit ans. Un groupe d’étudiants avait alors constaté à quel point la Basse-Sambre était undésert culturel. Du coup, ils ont mis sur pied un ciné-forum. Armés de leur matériel de projection, ils allaient de quartier en quartier pour diffuser des films etpermettre aux gens de prendre la parole. Puis le temps passa, le Gabs s’épuisa peu à peu, au point qu’en 2001, à l’arrivée du nouveau directeur, Claudio Pescarollo,l’association hésitait à mettre la clé sous le paillasson. « L’enjeu était de sauver le Gabs, raconte-t-il. À l’époque, on recevait uniquement dessubsides de l’éducation permanente. » Un nouveau conseil d’administration a été constitué en même temps qu’un plan quinquennal fort.

Dans ce cadre, deux objectifs ont été définis pour l’asbl : la lutte contre l’exclusion sous toutes ses formes et la volonté de participer au développement de larégion en créant de l’emploi. Bien entendu, la méthodologie utilisée pour rencontrer ces objectifs reste celle de l’éducation permanente. Aujourd’hui, le Gabsemploie vingt-neuf personnes, alors qu’il ne comptait que six employés dix ans plus tôt. Son travail se divise en quatre axes : développement de la citoyenneté, formation,soutien à la parentalité et économie sociale.

Citoyenneté

À travers l’axe du développement de la citoyenneté, le Gabs veut réunir des gens isolés, chômeurs ou sans emploi en favorisant la mixité sociale.Pour ce faire, neufs ateliers ont été montés : des ateliers créatifs, où l’on conçoit des œuvres à partir d’objets derécupération, des groupes de parole, un groupe de théâtre, un groupe conte, un atelier musique, un atelier sports, un atelier danse country et un atelier cuisine. Cedernier, jumelé avec le service d’insertion sociale du Gabs, peut compter depuis peu sur une collaboration avec le CPAS de Sombreffe qui, entre autres, véhicule gratuitement les usagersjusqu’à l’atelier.

Toujours dans une optique de citoyenneté, l’action logement du Gabs s’est concrétisée par l’établissement d’une plate-forme logement qui regroupe vingt associations.L’association est aussi présente dans l’agence immobilière sociale (AIS) des cantons de Fosses et Gembloux. Depuis le 1er février 2008, elle a égalementreçu en location un bâtiment situé en face de la gare de Tamines. Il s’agit d’un ancien café-restaurant avec des kots à l’étage. Le Gabsréfléchit à un projet qui permettrait aux gens en difficulté qui logent là de se rencontrer via un « bar à soupe », inspiré de celui missur pied par la Teignouse à Comblain-au-Pont.

Enfin, notons aussi le soutien du Gabs à la constitution de deux comités de quartier dans des cités sociales à Ham-sur-Sambre et Spy. « Les gens étaientd’accord de s’occuper de logement, mais ils voulaient aussi faire autre chose, explique Claudio Pescarollo. C’est ainsi qu’est né l’atelier « danse country ». Les gens ont appris à mettreen place l’activité eux-mêmes : ils ont cherché le professeur, négocié le prix (2 euros par séance/personne) et le Gabs a mis une salle à dispositiondu groupe. Il s’est passé la même chose avec le groupe théâtre qui est issu des groupes de parole. Pour monter la pièce Les mères veilleuses, on a faitappel au Centre dramatique en région rurale par souci de professionnalisme. En ce moment, les actrices de cette pièce en préparent une deuxième qui, tout en étantancrée dans la vie quotidienne, aura un regard politique plus marqué. »

La Bécane

Le travail des éducateurs de rue s’inscrit aussi dans une optique de développement de la citoyenneté. Le service la Bécane existe depuis cinq ans, grâce au Fondseuropéen Urban octroyé à Sambreville. Indépendant du pouvoir communal, ce service d’éducateurs de rue pratique le zonage dans les cités sociales, accompagneles gens, organise des animations. « Maintenant qu’Urban est terminé, on se demande comment on va poursuivre notre action, s’inquiète Claudio Pescarollo. On a introduit un dossierà la commune pour pouvoir bénéficier de finances dans le cadre des Fonds structurels européens. »
Pour le directeur du Gabs, le travail de La Bécane ne se limite pas à de la prévention, il consiste aussi en une approche thématique. « Cela pose la question de laplace des filles dans l’espace public, par exemple. Elles n’ont plus le droit d’y être, elles sont renvoyées dans l’espace privé. D’où le travail « Les garçonsparlent aux filles, les filles parlent aux garçons ». On a déjà organisé une exposition sur ce thème avec un concert de Slam. Avant ça, il y avait eu desjournées de travail avec les jeunes pour discuter. Et ce travail continue dans les quartiers. On veut dépasser les réactions primaires des gens en réfléchissantà ce que cela implique. Cela permet aussi de lutter contre les violences conjugales, comme quoi la violence n’est pas le seul moyen de communiquer. »

Du sport inter-quartier est également organisé. « Il ne s’agit pas d’organiser une activité sportive opposant un quartier à un autre – celaentraînerait la constitution de clans – mais de mélanger des jeunes des différents quartiers au sein de la même équipe. Ou alors, on organise des stages quipermettent de découvrir des activités organisées dans d’autres quartiers : pêche, tir à l’arc, pétanque, etc. Les jeunes découvrent qu’ils peuventaussi faire quelque chose pour un prix modique et voient que d’autres choses se passent pas loin de chez eux. »

Formation

Depuis dix ans, l’organisme d’insertion socioprofessionnelle (OISP) du Gabs se charge de l’aspect formation à travers des formations de préqualification : bureautique et permis deconduire. Elles aident les gens à remettre le pied à l’étrier, afin qu’elles puissent ensuite rebondir sur des formations qualifiantes. En trois ou quatre ans, le volume deprestations est passé de 5 000 heures de formation par an à 15 000 heures aujourd’hui.

En septembre, il est prévu de lancer une nouvelle filière de formation : auxiliaire maternelle de collectivité. « On veut former des aides-puéricultrices,déclare notre interlocuteur. En partant du constat qu’il y avait de plus en plus de jeunes filles-mamans, on a décidé de leur donner des outils pour r&eacut
e;fléchirà leur rôle de femme, de mère, de consommatrice, toujours avec la méthodologie de l’éducation permanente. »

Dans le même temps, le Gabs s’interroge aussi sur son rôle en tant qu’opérateur de formation : « Qu’est-ce que les autorités nous demandent de faire par rapport auxdemandeurs d’emploi à l’heure où le contrôle de ces derniers est de plus en plus fort ? Est-on toujours un opérateur de formation ou devient-on un moyen de sanctionner ?» L’association compte organiser des journées d’étude sur cette thématique au cours de l’automne 2008.

Soutien à la parentalité

Outre l’organisation d’une série de stages pour les enfants, le Gabs a aussi lancé en 2003 le Bébé Bus. Agréée par l’ONE, cette halte-accueilitinérante pour les enfants de 0 à 3 ans s’appuie sur une équipe de puéricultrices et d’éducatrices. Elle peut accueillir jusqu’à quinze enfants demanière régulière ou ponctuelle. Le Bébé Bus s’adresse aux parents qui n’ont pas accès aux milieux de garde traditionnels et plus particulièrement auxdemandeurs d’emploi, aux personnes en formation, aux personnes travaillant à temps partiel ou aux parents ou grands-parents désirant souffler ou retrouver du temps pour soi. Le projetfait des émules en Région wallonne (Dinant, …) et en Flandre.

Né à la suite d’un appel à projets lancé par la Fondation Roi Baudouin sur les services de proximité, l’existence du Bébé Bus est aujourd’huimenacée. En effet, la Région wallonne avait pris le relais de la Fondation en 2005 en octroyant des postes APE. Comme il manquait 40 000 euros, une demande a étéintroduite auprès de la Province de Namur qui a décidé de soutenir le projet pendant deux ans. « Puis, sans préavis, la Province a diminué les subsides,poursuit Claudio Pescarollo. En 2007, l’intervention était de 35 000 euros et en 2008 de 22 000 euros. L’opposition provinciale a réagi et la Province a imposé qu’ondéveloppe le projet et qu’on prouve qu’il est finançable sous peine de nous couper les subsides d’ici deux ans. Nous avons alors fait appel à l’intercommunale Imaje(Intercommunale des modes d’accueil pour jeunes enfants). Avec celle-ci, il a été convenu que les prochains Bébé Bus seront confiés à l’intercommunale, cequi lui permet de développer ses outils. De son côté, le Gabs conservera son Bébé Bus, mais soutiendra la création d’autres projets du même genre,puisqu’il a l’expertise. »

Reste à résoudre l’équation financière. « Pour financer l’ensemble, il faut un nouveau décret sur le soutien à la parentalité et les modesd’accueil atypiques, insiste notre interlocuteur. La ministre Catherine Fonck (CDH), en charge de l’Enfance, avait promis la création d’un groupe de travail qui n’a jamais vu le jour. Or,l’enjeu est important pour beaucoup de parents qui reprennent une formation ou retrouvent un emploi et ne trouvent pas de place où mettre leurs enfants. L’avantage du Bébé Busest que l’on travaille avec trois communes, qu’on dispose de la même équipe et qu’on n’a pas besoin de locaux, ce qui permet de sérieuses économies d’échelle.» Le projet est donc en sursis.

Loin d’en rester là, le Gabs souhaiterait créer une halte-accueil fixe sur son site d’activités. « Cela permettrait de faire le lien avec la formation. Les stagiairespourraient y déposer leurs enfants. »

Économie sociale

Dernière-née du Gabs, l’entreprise d’économie sociale Brillo offrira des services de brico-dépannage et de jardinage dans le cadre du décret sur les entreprisesd’insertion et Idess (Initiatives de développement de l’emploi dans le secteur des services de proximité à finalité sociale). Par ce biais, le Gabs veut, d’une part,permettre aux demandeurs d’emploi de trouver un travail et, d’autre part, être au service de personnes défavorisées qui ont besoin d’un coup de main (personnes âgées,isolés, etc.). Parmi les autres services offerts par Brillo, pointons aussi l’entretien de bureaux de petites asbl, l’entretien de tombes dans les cimetières et le nettoyage de vitreschez les particuliers – car les aides-ménagères ne peuvent pas travailler au-delà d’une certaine hauteur. Les statuts de Brillo ont été déposéschez le notaire. Un directeur sera engagé dès que l’entreprise sera reconnue, soit au printemps.

Bref, le Gabs aujourd’hui n’est pas à court de projets, même si certains d’entre eux semblent menacés. Il ne compte pas pour autant cesser son action d’éducationpermanente… Quitte à jouer le rôle de poil-à-gratter par rapport aux pouvoirs en place.

Évaluation des quartiers de Sambreville

Les quartiers de Sambreville au peigne fin est une évaluation réalisée par les éducateurs de rue de la Bécane au cours de l’année 2007. Demanière générale, l’équipe des éducateurs de rue observe que « les jeunes se rassemblent de manière variable, en fonction du climat, de l’heure, descirconstances et de la structure géographique des lieux, d’où parfois une certaine difficulté pour les éducateurs de rue de créer des liens constants, quand leslieux de « rendez-vous » sont mouvants. » Néanmoins, ils insistent sur le fait que « ces rassemblements sont légitimes et font partie intégrante de la vie de la villeet des quartiers. Ces espaces de vie peuvent permettre à des jeunes de se retrouver, de se socialiser. Ces rassemblements permettent aussi à des jeunes de certains quartiers de serencontrer, de se « mélanger », ce qui peut paraître anodin mais qui permet un décloisonnement des quartiers. Nous soulevons tout de même un manque de lieux d’expression et derassemblements pour la population (jeunes et adultes), surtout en mauvaise saison. »

Outre des observations et des pistes d’actions quartier par quartier, cette évaluation présente une série de « points de repères » avec unedéfinition de quelques lignes qui permet au néophyte de mieux comprendre ce qu’on entend par « agora space », « assuétude », « attente de lapopulation », « citoyenneté », « déconstruction du sentiment de sécurité » ou encore « nuisances ».

1. Gabs :
– adresse : rue des Glaces nationales, 142-144 à 5060 Auvelais
/ rue Haute, 8 à 5190 Spy
– tél. : 071 78 42 71
– fax : 071 78 77 30
– courriel : citoyennete@gabs.be
Plus d’infos sur le Gabs dans le Cahier Labiso n° 37-38 : Le Groupe d’animation de la Basse-Sambre. Être organisme d’éducation permanente aujourd’huitéléchargeable à l’adresse suivante :
http://www.labiso.be/ebooks/37-38_gabs/index.html

Baudouin Massart

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