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Le Créahm-Bxl fête ses 20 ans et demande une meilleure reconnaissance

Depuis que Pascal Duquenne a littéralement crevé l’écran dans le « Huitième jour », plus personne n’ignore l’existence du Créahm(Créativité chez les personnes handicapées mentales). Fédérateur et plus parlant qu’un long discours, le cinéma et, en l’occurrence le film de Jaco VanDormael, a conscientisé les foules, levé les tabous et sensibilisé les âmes réfractaires. Dommage qu’il ait fallu autant de temps pour que le grand public se rendecompte des possibilités artistiques des personnes handicapées, diront certains. Le Créahm-Liège, lui, développe cette créativité depuis 1979, labranche bruxelloise de l’association depuis 1983. Elle fête donc cette année ses 20 ans d’existence. Rencontre avec Véronique Chapelle, directrice du Créahm-Bruxelles1.

28-07-2005 Alter Échos n° 146

Depuis que Pascal Duquenne a littéralement crevé l’écran dans le « Huitième jour », plus personne n’ignore l’existence du Créahm(Créativité chez les personnes handicapées mentales). Fédérateur et plus parlant qu’un long discours, le cinéma et, en l’occurrence le film de Jaco VanDormael, a conscientisé les foules, levé les tabous et sensibilisé les âmes réfractaires. Dommage qu’il ait fallu autant de temps pour que le grand public se rendecompte des possibilités artistiques des personnes handicapées, diront certains. Le Créahm-Liège, lui, développe cette créativité depuis 1979, labranche bruxelloise de l’association depuis 1983. Elle fête donc cette année ses 20 ans d’existence. Rencontre avec Véronique Chapelle, directrice du Créahm-Bruxelles1.

Collaboration difficile avec les écoles

« Nos activités ont démarré sur la saison 82-83, elles se faisaient dans les institutions pour personnes handicapées. Deux personnes se rendaient dans lescentres. Les deux premiers ateliers étaient consacrés à la peinture et à la danse. Actuellement, nous avons nos propres locaux à Saint-Gilles et les ateliers sefont chez nous ; nous les avons étendus à la musique, au théâtre et à la sculpture-gravure. »

« Les institutions sont choisies en fonction des affinités avec le Créahm, dans le sens où il y a une coopération entre l’institution et le Créahm, ce quirend le travail plus positif, précise Véronique Chapelle. Notre public est un public adulte, nous allons de temps à autre dans les écoles mais c’est difficile detravailler avec elles car manifestement, extraire quelques élèves des classes, le temps des ateliers, pose problème, cela perturbe la classe. Nous préférons alorstravailler avec des personnes qui ont envie de pratiquer le travail artistique, il ne faut pas que cela devienne une contrainte. Nous travaillons par exemple avec l’école primaire LaClairière avec laquelle cela se passe très bien mais une fois les enfants passés au secondaire, il n’y a pas de suivi. » Ce manque de collaboration avec les écolesest aussi rencontré avec les institutions pour adultes qui privilégient parfois leurs propres activités par rapport à celles du Créahm ou n’assouplissent pas leurshoraires pour pouvoir libérer quelques heures la personne le temps d’un atelier. « Mais, globalement, la relation avec les centres est très bonne, confirme VéroniqueChapelle. Nous travaillons avec une quinzaine de centres de jour. »

Avec environ 45 personnes par an qui fréquentent les ateliers, le Créahm-Bruxelles emploie sept personnes sous contrat « ACS » et une sous contrat « Maribel». Chaque atelier dure deux heures et coûte 2,5 euros, il est fréquenté par un public de personnes handicapées mentales mais avec peu de handicapssévères. « Les animateurs de chaque atelier sont tous artistes. Nous bénéficions à l’extérieur d’une reconnaissance de la part du monde artistique.C’est l’aboutissement d’une professionnalisation de nos activités de plus en plus grande. Avec le temps, nous connaissons de mieux en mieux les personnes handicapées et partons de leurscompétences réelles. Nous ne leur donnons pas de faux espoirs quand elles viennent nous voir. Il faut que la motivation soit là et qu’il y ait un minimum de compétencesà la base, nous faisons d’ailleurs passer une audition avant l’inscription à l’atelier choisi. »

Programmé dans des théâtres reconnus comme il y a peu au théâtre Varia (avec la pièce « Ca va Lucien ? ») ou dans des centres culturels, leCréahm s’est forgé en 20 ans une solide réputation. En témoignent l’expo rétro-spective2 qui se déroulera du 6 au 28 septembre prochain àSaint-Gilles, la sortie d’un livre qui reprend un aperçu des œuvres issues des ateliers d’art plastique depuis les 20 années de la création du Créahm-Bruxelles.

Nouveau décret : une meilleure subsidiation est espérée

Reconnu comme organisme d’éducation permanente et subsidié comme centre d’expression et de créativité par la Communauté française, le Créahm est,selon Véronique Chapelle, le parent pauvre du secteur culturel. « Il y a autant de centres d’expression et de créativité que de maisons de jeunes, or, nous sommes nettementmoins subventionnés. Nous sommes 181 CEC en Communauté française, nous espérons qu’avec le nouveau décret en préparation, l’enveloppe budgétaire seradoublée et qu’ainsi le travail qualitatif que nous réalisons sera enfin reconnu. » Un décret qui devrait être adopté au plus tard pour fin 2003,espèrent les CEC. En attendant le Créahm poursuit ses activités. Il publiera en marge des festivités du vingtième anniversaire une brochure intitulée «Perspectives d’avenir » qui passe en revue les droits de la personne handicapée mentale en tant qu’artiste. « Pour le moment, nous développons chacun nos solutions en lamatière, explique la directrice du Créahm-Bruxelles. Au Créahm, nous pratiquons comme dans de nombreux centres, la règle du 50-50, c’est-à-dire qu’on déduitles frais de cadre de l’œuvre vendue et ensuite on partage 50 % à l’artiste et 50 % au Créahm, mais ceci constitue une activité très marginale dans notre budget. Nousavons tenté de faire le tour de la question avec un juriste, la brochure est issue de ce tour d’horizon. Diverses pistes sont à examiner ; la difficulté résideprincipalement dans la conciliation de ces revenus avec les allocations aux handicapés. Peut-être faudrait-il prévoir un plafond maximum comme cela existe pour lespensionnés… »

1. Créahm-Bxl, rue Louis Coenen, 12 à 1060 Bruxelles, tél. : 02 537 78 02, courriel : creahmbxl@wanadoo.be,
contact : Véronique Chapelle.

2. L’expo rétrospective se déroulera du 6 au 28 septembre 2003 au 40, rue du Métal à 1060 Saint-Gilles tandis que le Centre culturel Jacques Franck, toujours àSaint-Gilles, accueillera une exposition de gravures et de sculptures du 4 décembre 2003 eu 4 janvier 2004. Seront également programmés durant cette période le spectacle« Ca va Lucien » (le 12/12/03), un concert brol sous la dir. de Max Vandervorst (03/12/03) et un festival du film : « Coup de pied à l’indifférence » (du 3 au 7décembre 2003).

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