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(c) Amorce Studio et Morgane Hallé

Le beau banc du Vautour

Alter Échos n° 450 24 août 2017 Cédric Vallet

Un banc flambant neuf, au tracé original, trône dans la cour intérieure de logements sociaux, rue du Vautour, à Bruxelles. Il est le résultat concret du travail mené conjointement par une association locale et trois designers sociaux. 

Dans la cour intérieure des logements sociaux du 62 rue du Vautour, en plein centre de Bruxelles, des habitants s’assoient sur un long banc en bois, à la forme arrondie et au cœur duquel ou trouve des capucines et autres fleurs de couleur.

Rien de spectaculaire a priori. Sauf que cet objet est le résultat d’une collaboration originale entre trois partenaires. Habitat et Rénovation, une association qui gère le plan de cohésion sociale (PCS) des logements sociaux des rues Potier et Vautour. Des designers sociaux en résidence au Mad, le Centre bruxellois de la mode et du design; et des habitants de ces bâtiments vétustes du quartier Anneessens.

«Les habitants demandaient un banc depuis plus de trois ans», explique Vincent Long, l’un des deux designers qui ont construit ledit banc en bois.

«Nos missions sont tellement distinctes que les partenariats sont fluides et évidents.», Claire Derache, de l’asbl Habitat et Rénovation

Cette absence de lieu où poser son séant était à l’origine de crispations dans la cité sociale. «Les enfants étaient là, sans surveillance, car les adultes n’avaient pas de lieu où s’asseoir, c’était un souci», nous dit Claire Derache, coordinatrice du PCS Potier-Vautour pour Habitat et Rénovation.

Son association a répondu à un appel à projets de la Société du logement de la Région de Bruxelles-Capitale pour décrocher la modique somme de 1.000 euros. De quoi se lancer dans de grands travaux. Le PCS se tourne vers ses voisins, le Mad, dont l’antenne de design social est hébergée à quelques pas de là (dans une autre tour de logements sociaux). «Nos missions sont tellement distinctes que les partenariats sont fluides et évidents», affirme Claire Derache.

Des usagers acteurs de la conception

Le Mad met à disposition trois des jeunes designers en résidence dans ses locaux: Morgane Hallé, qui s’occupe du volet participatif; William Fournie et Vincent Long, créateurs du studio «amorce», pour la conception. Ils arrivent avec quelques idées en tête. Ils imaginent des sortes de transats, des tables.

Mais le design social, c’est d’abord un lien avec les futurs utilisateurs. «Les usagers sont acteurs de la conception, ils ont des compétences que les concepteurs n’ont pas», soutient Morgane Hallé. Les usagers s’expriment lors d’un unique «workshop». Ils demandent des fleurs, beaucoup de verdure, ils réclament un banc en plein soleil et ne souhaitent pas de table.

Les designers retournent dans leur studio et pensent à un banc «un peu déconstruit qui forme une sorte d’îlot qui facilite la discussion, avec de la verdure à l’intérieur». Emballé c’est pesé, les habitants sont vite conquis. Trois semaines plus tard, leur banc était là. La rapidité d’exécution les surprend agréablement.

Les discussions permettant la création du banc auront attiré une quinzaine de personnes. Toutes n’étaient pas d’accord avec le projet. Certaines craignaient qu’un banc n’attire des personnes extérieures à la cité sociale. Claire Derache précise qu’elle a «mené un travail de sensibilisation pour les rassurer, tout en responsabilisant les enfants autour du projet. Ce sont eux qui ont planté les fleurs».

Alors certes, ce banc ne changera pas la face du monde ni celle de la rue Potier-Vautour. Mais la collaboration entre une association bruxelloise et des designers sociaux aura permis, comme le résume Claire Derache, de «mettre à disposition un design qui ressemble aux habitants, au plus près des besoins, et qui, en plus, est joli».

En savoir plus

Lire le dossier «La participation, à quoi bon?», Alter Échos n° 409, 9 septembre 2015

«Le mobilier urbain, objet de cohésion ou de dissuasion», Alter Échos n° 450, Marinette Mormont et Manon Legrand, 12 septembre 2017

«Les fab labs de la discorde», Alter Échos n° 450, Julien Winkel, 12 septembre 2017

«D4E1, le design au service des personnes handicapées», Alter Échos n° 450, Aubry Touriel, 12 septembre 2017

« Olivier Gilson: le design social, «pas là pour faire du beau, mais pour faire du juste» », Alter Échos n° 450, Cédric Vallet, 24 août 2017

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A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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