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L’école ne préparerait pas assez les jeunes flamands au marché du travail

En Flandre, les jeunes fraîchement diplômés seraient loin d’être « prêts à l’emploi », selon une étude de Tempo Team.

17-10-2010 Alter Échos n° 303

Selon une enquête réalisée par Tempo Team, les jeunes fraîchement diplômés sont loin d’être « prêts à l’emploi ».Ce sont les représentants des entreprises qui le disent, mais aussi les jeunes eux-mêmes.

L’agence d’intérim Tempo Team (anciennement Vedior) a mené l’enquête en août dernier en interrogeant 205 directeurs des ressources humaines et 401jeunes travailleurs (moins de 35 ans). Les 3/4 des chefs du personnel estiment que les jeunes fraîchement diplômés doivent encore être formés avant de pouvoirêtre mis au travail. 60 % d’entre eux vont plus loin et affirment que les connaissances acquises sont trop théoriques et que l’enseignement est mal adapté aux besoinsdu marché du travail. Du côté des jeunes, plus de la moitié d’entre eux trouvent que l’expérience et la formation reçue dans les entreprisespèsent plus lourd que les connaissances acquises au cours des années d’enseignement. 42 % d’entre eux estiment même que leur diplôme n’était pasvraiment nécessaire. Au total, moins de quatrre jeunes sur dix trouvent que les études qu’ils ont suivies constituaient une bonne préparation au travail qu’ilsexercent actuellement.

Ainsi, à Renaix, Peter Suys, le patron de l’entreprise De Noordboom, estime qu’il faut prodiguer quasiment un an de formation à un jeune sortant de l’écoleavant qu’il puisse travailler de manière parfaitement autonome. « Aucun jeune sortant de l’école n’est capable de placer correctement une porteintérieure. Ils doivent se former à toutes les machines de menuiserie. Je comprends qu’ils ne puissent pas faire des choses compliquées mais les bases, ils devraient toutde même les avoir s’ils sortent du secondaire avec un diplôme en construction, non  ? »

Pour lui, le problème c’est le manque de cours pratiques. Dans l’enseignement professionnel, la plupart des élèves ont un stage en entreprise de quatre semainesmais ces stages ne sont pas organisés sérieusement partout. Quant à l’enseignement en alternance, c’est, selon lui, encore pire. « La plupart de ces jeunesont une école mais pas d’entreprise et ils passent trois jours par semaine à ne rien faire. Les stages sont difficiles à trouver. Beaucoup d’entreprises sont devenuesréticentes suite à de mauvaises expériences, c’est un cercle vicieux. Avant, des élèves passaient leurs week-ends à bricoler dans des entreprises deconstruction et cela leur permettait d’apprendre le métier, mais cela n’existe pratiquement plus. » Il ne veut toutefois pas jeter la pierre aux écoles qui,estime-t-il, ne disposent pas réellement des moyens pour mener une politique de stages efficace.

Et les entreprises  ?

Éric Stiers, spécialiste des ressources humaines des Sucres de Tirlemont, souligne, lui, que les employeurs sont de plus en plus sévères vis-à-vis de leursnouvelles recrues. « Les circonstances économiques difficiles ne permettent plus d’organiser de longues périodes de formation pour les nouveaux venus. Les employeursexigent d’eux qu’ils soient très vite opérationnels. »
Cette tendance est poussée si loin que de nombreuses entreprises n’engagent plus aucun diplômé sortant de l’école ou de l’université. Lesentreprises en question préfèrent attendre qu’ils aient été formés par d’autres sociétés avant de les engager, généralementvers trente ans. Et cela, alors que les jeunes, selon Éric Stiers, sont bien conscients de l’intérêt de développer de l’expérience sur le terrain.« Il n’y a jamais eu autant de demande pour des jobs de vacances qu’aujourd’hui. »
Pour Marc De Braekeleer de Tempo Team, le monde politique et celui de l’enseignement devraient en tout cas s’atteler à mettre en valeur et à promouvoir toutes lesfilières débouchant de manière quasi certaine sur du travail, comme les études d’ingénieur ou d’infirmière. « Et les parents devraientdécourager leurs enfants de choisir celles dans lesquelles il n’y a aucun débouché. »

Enfin, pour ce qui est des études supérieures, Jan Herpelinck, du service Orientation des études de la KULeuven, rappelle que le monde académique et le monde del’entreprise ne poursuivent pas les mêmes buts. Il ajoute que les études universitaires permettent à ceux qui les suivent de développer des qualitéstrès appréciées sur le marché du travail, comme la capacité d’analyse et de critique, le leadership et la résistance au stress. Il souligne aussiqu’il est tenu compte des possibilités offertes par le marché du travail au moment d’orienter et de conseiller les étudiants.

D’après De Morgen et De Standaard

Pierre Gilissen

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