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L'économie alternative, la tête hors de la crise

Les conséquences de la crise des crédits – devenue crise économique – ne prêtent guère à remonter le moral. Pourtant, il est des secteurs qui non seulementgardent le cap mais voient – ou devraient voir – le volume de leur activité augmenter. Tour d’horizon.

14-01-2009 Alter Échos n° 265

Les conséquences de la crise des crédits – devenue crise économique – ne prêtent guère à remonter le moral. Pourtant, il est des secteurs qui non seulementgardent le cap mais voient – ou devraient voir – le volume de leur activité augmenter. Tour d’horizon.

Un record de 8 512 faillites d’entreprises en 2008, dont pas moins de 710 faillites enregistrées en novembre. « C’est 7,73 % de plus que durant le même mois de2007 et le plus mauvais chiffre jamais affiché au cours d’un mois de novembre », constate le bureau d’études Graydon1. Ce dernier souligne néanmoins quetout ne va pas mal dans le royaume  : « En résumé, 75 % des entreprises se portent bien, 20 % ne vont pas bien et 5 %, pas bien du tout. »

Un des domaines incontestablement épargné par la crise est celui du financement alternatif. « Depuis l’annonce de cette crise, nombreuses sont les personnes qui ontouvert un compte Triodos2, livre le courtier Bernard Poncé. Et d’expliciter  : au plus fort de la crise, nous sommes passés à une centaine d’ouverturesde compte par jour au lieu d’une moyenne de 15. Nous nous sommes alors demandés dans quelle mesure cet effet était lié à un réflexe de peur. Nous avonscependant pu constater que la majorité de ces nouveaux clients avaient déjà pris des renseignements par le passé. En même temps, nous avons pu constaterqu’à partir d’octobre, il est devenu plus difficile de conclure des ouvertures de compte sur les foires et salons  : il semblerait que pas mal de gens ont étésapés dans leur confiance, ils préfèrent donc emporter de la documentation, s’informer à leur aise, pour ensuite ouvrir un compte sur Internet. » Pourrappel, implantée en Belgique depuis 1993, la banque Triodos, dont la maison mère est néerlandaise, finance exclusivement l’économie réelle : bâtimentspassifs, éoliennes et initiatives culturelles. Elle a enregistré une nouvelle croissance de 8 % au premier semestre 2008.

Financité Magazine, publication du Réseau financement alternatif3 ne tient pas un autre langage, démontrant que le mode de financement alternatif –outre qu’il apporte une plus-value sociale, culturelle et écologique – tire son épingle du jeu de la crise financière « Le Réseau financementalternatif a redistribué, pour l’année 2007, 105 200 euros à ses membres (il en compte plus de 80). Ce montant provient des commissions issues des produits financiers pourlesquels le Réseau est partenaire. Ces commissions sont reversées par la banque sur ses propres bénéfices. »

Le durable, un marché porteur

Autre secteur que la crise ne devrait pas affecter – en tout cas de manière durable – celui des entreprises actives dans le domaine de l’environnement et desénergies renouvelables. Leur carnet de commandes, passées en 2008, est bien rempli tandis que leur chiffre d’affaire a progressé d’au moins 50 %. « Si lesgrosses entreprises de ce secteur sont massivement financées malgré les ravages de la crise, c’est parce qu’à long terme, les investisseurs espèrent de confortablesretours sur investissement. Soit parce qu’elles bénéficieront les premières de marchés en forte croissance (l’énergie solaire, les voitures électriques,etc.), soit parce qu’elles deviendront la proie de groupes industriels désireux d’entrer sur ces nouveaux marchés », s’accordent à dire des spécialistesde la finance. Les responsables d’entreprises vertes, pour la plupart, abondent dans ce sens, se plaignant de rencontrer des problèmes de recrutement de personnel qualifiéplutôt que des difficultés d’obtenir des crédits bancaires.

Pour ce qui est des petites entreprises à finalité sociale actives dans le domaine du développement durable, la Région wallonne vient – dans le cadre de son planvisant à améliorer le pouvoir d’achat des citoyens et à relancer l’activité économique – de prendre des mesures en vue de permettre aux citoyens d’investirdans les économies d’énergie et d’effectuer les rénovations nécessaires pour diminuer leur facture énergétique. Une politique se traduisant par unecréation d’activités et d’emplois4, à l’aide de quatre mesures  :
1. identifier les métiers du futur dans le domaine du développement durable (énergie, eau, etc.) et développer l’offre de formation en conséquence ;
2. octroyer des postes APE aux entreprises d’insertion et Idess (Initiative de développement de l’emploi dans le secteur des services de proximité à finalitésociale) qui proposent de créer ou de développer un volet d’activités relevant du développement durable, visant les petits travaux d’isolation des habitations etd’économie d’énergie ;
3. octroyer des primes aux SAACE (Structure d’accompagnement à l’autocréation d’emploi) et aux agences conseil en économie sociale pour tout accompagnement deprojets de création d’entreprises actives dans le domaine de l’isolation, des performances énergétiques et des énergies vertes.
4. lancer un appel à projets APE marchand et APE jeunes, adressé à toutes les PME, TPE et spin-off du secteur des « énergies renouvelables » etpermettant la création de 200 postes APE.

Par ailleurs, dans le cadre du plan anti-crise, le gouvernement de la Région wallonne a décidé le lancement d’une caisse d’investissements afin de mobiliserl’épargne des citoyens et de disposer de moyens importants pour soutenir la relance de l’économie wallonne. Les sommes récoltées par cette caisse devraient permettre desoutenir et développer quelque 300 entreprises wallonnes – en priorité les sociétés actives dans le secteur du développement durable – au cours desprochaines années. La caisse devrait être opérationnelle à la fin du premier trimestre 2009.

Un changement des modes de consommation

Du côté de Ressources, la fédération sectorielle regroupant 68 entreprises d’économie sociale des Régions wallonne et de Bruxelles-Capitale, desentreprises actives dans la récupération et le recyclage, le discours est moins optimiste. « Le nombre d’emplois créés et le volume de collecten’ont cessé d’augmenter au fil des ans  : le réseau représente une activité pour plus de 4 000 personnes, explique Tanguy Ewbank, data managerchez Ressources5. Il y a cependant un impact négatif de la crise chez la plupart de nos membres qui revendent des matières premières secondaires recyclablestelles que le bois, le métal, le plastique et le papier. À titre d’exemple, alors que, début
octobre encore, le recycleur rachetait à 42 euros une tonne de papiertrié, ce tarif a été divisé par dix à la fin novembre. En cause, la chute du cours des matières premières non recyclées sur lequel estcalqué celui des matières premières secondaires. » Cette baisse du prix de rachat s’accompagne d’une diminution de la demande également.

Inquiétude aussi dans le secteur du recyclage et de la récupération. Explication  : la tendance générale vers le seconde main a dépassé laphase de conscientisation depuis 2000. Depuis cinq ans, c’est même un engouement qui est perçu, avec un indicateur fiable  : la concurrence marche bien, tant sur Internet viaeBay qu’en magasin avec Troc International. « Nous risquons donc de constater un décalage par rapport à la crise économique : dans un premier temps, leseconde main sera une alternative intéressante au vu des prix proposés ; ensuite, les personnes risquent d’adopter d’autres modes de consommation et de ne plus sedébarrasser que d’objets particulièrement en mauvais état », anticipe Tanguy Ewbank.

« La crise peut donner un certaine avantage à l’économie sociale parce que de plus en plus de personnes se rendent compte qu’elle se situe dans une dynamiquede solutions durables. Avec, pour les entreprises du secteur de la récupération et du recyclage, un paradoxe à gérer  : le fait que les gens vont conserver davantageleurs biens de consommation », résume Marc Detraux, administrateur de la Ressourcerie namuroise6 (entreprise lauréate du premier Grand prix wallon del’entrepreneuriat). Les entreprises d’économie sociale doivent donc, elles aussi, anticiper, s’adapter, se diversifier. Mais je pense que nous n’aurons pas trop desoucis par rapport à la crise  : nous sommes dans des métiers d’avenir  ! »

1. Grayfdon Belgium :
– adresse : Uitbreidingstraat, 84 b 1 à 2600 Berchem
– tél. : 03 280 88 00
– courriel : info@graydon.be
– site  : www.graydon.be
2. Banque Triodos :
– adresse : rue Haute, 139/3 à 1000 Bruxelles
– tél.  : 02 548 28 28
– courriel  : info@triodos.be
– site  : www.triodos.be
3. Réseau Financement Alternatif :
– adresse : av. Cardinal Mercier, 53 à 5000 Namur
– tél.  : 02 340 09 60
– courriel  : info@rfa.be
– site  : www.rfa.be
4. Cabinet du ministre Jean-Claude Marcourt :
– adresse : place des Célestines, 1 à 5000 Namur
– tél.  : 081 23 41 11
– courriel  : info@marcourt.gov.wallonie.be
-site  : www.marcourt.wallonie.be
5. Ressources asbl :
– adresse : av. Cardinal Mercier, 53 à Namur
– tél.  : 081 71 15 81
– courriel  : info@res-sources.be
– site  : www.res-sources.be
6. La Ressourcerie namuroise :
– adresse : rue Piret Pauchet, 73 à 5000 Namur
– tél.  : 081 26 04 00
– courriel  : laressourcerienamuroise@skynet.be

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