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Petite enfance / Jeunesse

Jeunesse en transition, un cap difficile

Une étude dresse l’état de la pauvreté des jeunes à Bruxelles.

13-09-2013 Alter Échos n° 365

Le cahier thématique du Rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté 2012 réalisé par l’Observatoire de la santé et du social s’attaque à une vaste thématique : les jeunes adultes en situation de précarité.

« Jeunes en transition, adultes en devenir ». Le ton est donné avec l’intitulé de cette étude qui ne laisse rien au hasard, donnant la parole à tous les travailleurs de terrain comme aux jeunes. Logement, chômage, isolement, formation, prison… Autant de sujets de réflexion abordés en profondeur. Annette Perdaens, directrice administrative dudit Observatoire, fait le point : « Ces rapports sur l’état de la pauvreté existent depuis 1991 et ont évolué au fil du temps. Le but étant bien sûr d’arriver à une amélioration des politiques sociales grâce à nos réunions avec les gouvernements bruxellois et les ministres se tenant tous les mois. Notre dernier cahier thématique comprend donc de multiples statistiques sur les jeunes dans tous les domaines, une partie à laquelle ont participé nos services, une partie de recherches réalisées par SOS Jeunes et Abaka sur les jeunes en errance, pour terminer sur l’avis des différentes associations quant aux politiques à mener. »

Ce qui frappe, de prime abord, c’est l’immense diversité des problèmes auxquels les jeunes sont confrontés. « De nombreux dispositifs d’aide existent en Belgique, explique Anne Perdaens, mais cette population affronte des moments-clés de fracture. De 18 ans moins un jour à 18 ans plus un jour, on se trouve devant un manque de passerelles, de relais pour assurer la continuité d’un suivi. Les jeunes défavorisés sont les plus fragiles, car notre système de protection est plutôt pensé à partir de la classe moyenne. Ces jeunes, bénéficiant de moins de réseaux et de moins d’aide de la part de leur entourage, n’ont pas les outils, en termes de formation, de langage ou simplement de débrouillardise, pour s’en sortir. Nous touchons là l’un des points essentiels de ce rapport : il faut absolument travailler sur les passerelles à établir entre les différents services d’aide aux jeunes et, par conséquent, interpeller les politiques. Quand nous avons proposé ce thème, on nous a répondu que l’aide à la jeunesse relevait des compétences des communautés. Et bien non, il s’agit de jeunes adultes, qui relèvent donc de leurs compétences. »

Sentiment de solitude

Autre point probant de l’étude, la solitude de ces jeunes. « Cet isolement se trouve accentué par le quartier. Sortir d’un quartier défavorisé est une démarche compliquée à faire. Les jeunes accomplissent énormément de démarches, mais n’ont souvent pas les bons outils pour s’orienter sur un nouveau chemin. Ils ont d’ailleurs beaucoup de mal à exprimer leurs difficultés. Méfiants face à l’institutionnel, ils se demandent comment sera utilisée leur parole. Ils se sentent lâchés, tout simplement. Un jeune plus favorisé est accompagné par sa famille bien après ses 18 ans, il a le temps de se réaliser, de faire des études, et des erreurs… Un jeune défavorisé n’a pas cette possibilité. On lui demande de devenir adulte très vite, mais sans posséder toutes les clés pour le devenir. »

Triste constatation : un enfant pauvre donnera, souvent, un adulte pauvre. « Difficile, en effet, de sortir de son milieu. En sortir, c’est établir une distance avec sa famille, seul élément qui sécurise véritablement. D’où ce terrible dilemme : partir pour une meilleure situation ou rester proche d’un environnement, témoigner une fidélité qui peut enfermer. »

Modèle demandé

Ce qui apparaît très fort chez ces jeunes, c’est la nécessité du modèle, d’un référent. « Il peut s’agir d’un éducateur social, ajoute Anne Perdaens, mais aussi d’un caïd ! Il y a des modèles positifs et négatifs. Je suis toujours frappée par les paradoxes qui habitent ces jeunes. Ils veulent une chose et son contraire, se retrouvent souvent entre deux chaises. »

Même avis chez Abaka (centre de crise et d’accompagnement non mandaté pour adolescents) qui, avec SOS Jeunes, a collaboré activement au deuxième volet du rapport recueillant la parole de jeunes tout juste majeurs. Marie-Hélène Vilacèque, assistante sociale, a coordonné ce travail. « On observe que ces jeunes ont de plus en plus de difficultés au point de vue du logement, des revenus, de leur santé mentale, de l’isolement… Ils se plaignent de manquer d’une présence adulte. Ils ne demandent pas qu’on leur tienne la main, mais qu’on soit là pour eux : ils veulent pouvoir s’adresser à UNE personne de référence durant leur cheminement. On leur demande d’avoir un projet, d’avancer, mais la maturité n’est pas la même pour tous. Il faut leur laisser le temps de rêver et de construire. Au plus le jeune est fragilisé, au plus on a d’exigences. On n’en demanderait pas autant à nos propres enfants. Exemple : comment suivre une scolarité quand on vit dans la rue et quand la priorité est de manger et de s’abriter ? Comment rencontrer un jeune ado qui a faim et froid ? Il est temps d’écouter leur parole et de s’ouvrir pour mieux travailler tous ensemble. Il est aujourd’hui primordial de construire un réseau intersectoriel au bénéfice du jeune. »

Le but premier, et assumé, de ce type de rapport est bien de faire bouger, un tant soit peu, les choses au niveau politique. « Il faut améliorer le sort des usagers comme des travailleurs pour rendre un peu de crédit à cette société qui abandonne parfois certaines catégories sociales. Nous visons l’action politique, mais nous ne la menons pas. Au vu des études précédentes, l’écoute est favorable. Il y a 15 ans, on ne parlait pas du tout de pauvreté. Les exécutifs bruxellois ont fait de sérieux pas en avant, mais c’est plus lent du côté du parlement. »

Aquarelle : Accompagner des femmes enceintes fragilisées.

L’asbl Aquarelle, implantée au CHU St-Pierre, accompagne des femmes enceintes en situation précaire, avant et après l’accouchement. Plus de 10 % des patientes ont moins de 20 ans et plus de 30 % sont isolées. L’asbl fait partie de la multitude d’associations qui ont apporté leur aide et leur témoignage au rapport de l’Observatoire. Martine Vanderkam s’explique : « Nous nous occupons de mamans issues de l’immigration et sans sécurité sociale. On essaie de travailler en réseau, ne fût-ce qu’au sein de l’hôpital, certaines mamans ayant des problèmes psychologiques suite à ce qu’elles ont pu vivre dans leur pays. Au-delà de l’aide médicale, nous fournissons aussi des vêtements et du matériel pour bébés. Nos dons servent aussi à payer des médicaments et une contraception, sujet épineux pour ce type de population. Même dans des situations très difficiles, beaucoup de ces jeunes femmes sont prêtes à retomber enceintes, car c’est dans l’ordre des choses. D’où ce gros travail d’information et de prévention. Souvent, elles ne connaissent pas le géniteur, ce peut être un homme de passage qui leur a offert un toit et à manger durant quelque temps. Elles manquent terriblement de ressources et sont très isolées. De plus en plus de ces femmes sont sans domicile fixe, ce qui les empêche de s’adresser au CPAS. »

En savoir plus :
1. Aquarelle :
– adresse : CHU St-Pierre
– tél. : 02 535 31 11

2. Abaka :
– adresse : rue Goffart, 105 à 1050 Bruxelles
– tél. : 02 640 07 11
– site : http://www.abaka.irisnet.be

3. Cahier thématique « Jeunes en transition, adultes en devenir » à télécharger sur le site : http://www.observatbru.be/documents/news-items/news-rapport-thematique-2012.xml?lang=fr

4. Observatoire de la santé et du social :
– adresse : avenue Louise, 183 à 1050 Bruxelles
– tél. : 02 552 01 89
– site : http://www.observatbru.be

Gilda Benjamin

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