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Il était une fois la santé mentale…

Dans son spectacle-débat « Chacun d’entre nous », la conteuse Julie Boitte bat en brèche les peurs que la maladie mentale suscite.

09-10-2011 Alter Échos n° 324

Dans son spectacle-débat « Chacun d’entre nous », la conteuse Julie Boitte puise dans les témoignages de patients et dans son propre passé de soignante enpsychiatrie pour battre en brèche les peurs que la maladie mentale suscite.

Une foule de baigneurs pataugent dans une piscine d’eau brunâtre. Leurs corps sont si serrés, qu’il leur est impossible de nager. Au milieu de cette mare agitée,un homme se noie. Il demande de l’aide, mais personne n’a le temps de l’écouter. Pour ne pas entendre ses appels dérangeants, on lui enfonce la tête un peu plus sous l’eau.Heureusement, l’homme finit par rejoindre le bord. Au moment où il parvient à se hisser hors de l’eau, les baigneurs se retournent interloqués. Des centaines de paires d’yeux ledévisagent. « Qu’est-ce qu’il fait celui-là ? Il est fou ? La vie, c’est dans la piscine, pas en dehors ! »

C’est avec cette métaphore que Julie Boitte1, conteuse et psychologue de formation, ouvre son spectacle sur la santé mentale. « On a l’impression d’être enbonne santé mentale quand on est dans la norme et qu’on ne dérange personne. C’est terrible ! J’entends souvent des usagers dire qu’ils voudraient bien trouver une place dans lasociété. Mais pas celle où on voudrait les mettre. »

La pièce s’adresse aussi bien à des professionnels et des usagers qu’au grand public et se destine à tourner dans des lieux aussi divers que des centres culturels, desécoles, des hôpitaux… L’objectif est de susciter le débat. Pour monter ce spectacle, la conteuse s’est inspirée de témoignages qui lui ont ététransmis par l’Autre Lieu2, une asbl qui défend des formes alternatives de psychiatrie. « Ce qui m’a marquée dans ces témoignages, c’est l’importance du tissusocial. Se sentir soutenu dans une relation autre que celle avec le soignant. Ça peut être un voisin, un parent… » Mais la folie fait peur. « Si tu n’es pas en forme, si tute sens triste, la première fois, les gens te diront que ce n’est pas grave. La deuxième fois, ils te diront ça va passer. La dixième fois, il n’y aura plus personne. Il ya une peur de la contamination. Comme si la maladie mentale se transmettait comme un rhume », s’étonne Julie Boitte.

La folie entraîne la solitude, la solitude entraîne la folie. La conteuse pointe aussi le système. « Les gens se font hospitaliser parce qu’ils ont pété uncâble. Ils viennent pour se reposer. Parfois, ils parviennent à créer un lien avec un soignant. Ensuite, ils sortent et se retrouvent tout seuls chez eux. Et puis quoi ? Il manquequelque chose ! » La récente réforme de la santé mentale doit changer la donne en développant les interventions en milieu de vie. Mais la Belgique est encoretrès en retard, observe Julie Boitte.

Soignant au bord de la crise de nerfs

Julie est devenue conteuse presque par hasard. Pendant ses études, la jeune femme fait un stage à Courtil, une institution pour autistes. « Je cherchais une façond’entrer en contact avec eux. Mais ce n’était pas facile. Il y a sans cesse du brouhaha, l’ambiance est tendue ». Un soir, le petit David lui demande de lui raconter une histoire.« Le lendemain, j’ai ramené mes livres d’enfance. De fil en aiguille, les enfants en ont parlé entre eux et mes soirées se sont transformées en atelier contes», se souvient-elle. Julie décide alors de se former à l’art du conte tout en continuant à travailler dans le milieu de la psychiatrie pendant sept ans, notamment dans deshôpitaux. Aujourd’hui, elle continue à animer des ateliers auprès d’adolescents en difficulté, mais elle a définitivement tourné le dos à laprofession de soignante. Trop dur, trop stressant, trop angoissant.

S’inspirant de ses souvenirs, la conteuse a introduit trois histoires dans son spectacle abordant la violence des relations entre soignants et soignés. La première parle d’une jeunesoignante démunie qui arrive dans une institution et de la façon dont sa rencontre avec un jeune patient va l’aider. La seconde raconte la violence faite à une jeune anorexiquepour la nourrir. Dans la troisième, on découvre une infirmière au bord du burn-out. « Comme infirmier ou comme éducateur, tu n’as droit à aucunereconnaissance. Mais tu dois être prêt à suivre des formations, participer aux réunions, être performant. Il n’y a pas assez de lieux où les soignants peuventexprimer leurs difficultés. Parfois, il y a des patients que tu as envie de coller au mur ! On est humain. Mais ça, on n’a pas le droit d’en parler. En tout cas, je n’ai jamaistrouvé d’endroit où je pouvais en parler. Le problème, c’est que si ça ne sort pas, ça finit par rejaillir sur les patients. Ce qui n’est pas normal. »

1. http://julieboitte.com
2. L’Autre Lieu :
-adresse : rue Marie-Thérèse, 61 à 1210 Bruxelles
– tél. : 02 230 62 60
– site : www.autrelieu.be
– courriel : autrelieu@edpnet.be

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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