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Formation en Wallonie : un nécessaire recentrage, selon Bouchat et Defeyt

Dresser un inventaire détaillé du secteur de la formation en Région wallonne, de ses opérateurs et de ses dispositifs, et proposer un catalogue de mesures susceptiblesd’en améliorer le fonctionnement, tant en termes de politiques globales que d’aspects pédagogiques, de fonctionnement organisationnel et budgétaire, ou de choix despublics à privilégier, voilà les multiples gageures auxquelles s’affronte le rapport réalisé par Philippe Defeyt et Thérèse-Marie Bouchatà la demande de la ministre wallonne de la Formation, Marie Arena (PS)1.

20-04-2007 Alter Échos n° 227

Dresser un inventaire détaillé du secteur de la formation en Région wallonne, de ses opérateurs et de ses dispositifs, et proposer un catalogue de mesures susceptiblesd’en améliorer le fonctionnement, tant en termes de politiques globales que d’aspects pédagogiques, de fonctionnement organisationnel et budgétaire, ou de choix despublics à privilégier, voilà les multiples gageures auxquelles s’affronte le rapport réalisé par Philippe Defeyt et Thérèse-Marie Bouchatà la demande de la ministre wallonne de la Formation, Marie Arena (PS)1.

Outre un salubre rappel de l’ensemble des acteurs et dispositifs de formation présents en Wallonie, Thérèse-Marie Bouchat, échevine de l’Enseignement(Écolo) à Floreffe, et Philippe Defeyt, tout nouveau président du CPAS de Namur (Écolo), approfondissent, en dix fiches, une série de thématiquestantôt bien connues et balisées, tantôt négligées par la recherche – voire carrément taboues.

Au menu : la formation des travailleurs, l’alternance, les effets d’aubaine, les abandons de formation, l’orientation, les discriminations, les savoir-être, la régulation, lecontrôle et l’évaluation des dispositifs, etc.
Parmi les constats et recommandations, certains figuraient déjà comme objectifs annoncés, dans des documents programmatiques émanant du gouvernement wallon tels le Contratd’avenir renouvelé et le Plan stratégique transversal II d’août 2005 (consacré au développement des connaissances et savoir-faire en Wallonie). Il en va ainsides mots d’ordre en matière d’harmonisation (du statut du stagiaire, des filières de l’alternance…), de clarification, d’orientation.

Des effets d’aubaine évidents, mais difficiles à mesurer

Parmi les champs d’étude presque vierges dont le rapport entreprend un premier balisage, on remarquera la question de l’efficacité et de l’effet d’aubaine despolitiques de formation. Si les données statistiques sont insuffisantes pour procéder à de véritables mesures de ces effets, certains des chiffres mis en avant par Bouchatet Defeyt sont néanmoins particulièrement interpellants. Ainsi en classant, pour l’année 2003, les bénéficiaires de Plan Formation Insertion selon leurdurée de chômage préalable, les auteurs constatent que seuls 5,9 % d’entre eux sont chômeurs depuis plus de six mois (pour 74,8 % en dessous de deuxmois2).

Pas idéal pour lutter contre le chômage de longue durée ou aider à l’insertion des publics les plus éloignés de l’emploi. « Encaricaturant […], relèvent les auteurs, on pourrait dire que faire passer par un PFI un jeune qui a fait des études supérieures, au chômage depuis moins d’unesemaine, pour exercer ses compétences dans un secteur totalement protégé n’est pas la meilleure manière d’utiliser les ressources de la collectivité.»

Pour réduire l’ampleur de ses effets d’aubaine, les mesures préconisées consistent en un double resserrement des dispositifs : sur les publics peu qualifiésou qui ont une longue durée de chômage (les critères pourraient s’inspirer de ceux présidant aux réductions de cotisations sociales au niveaufédéral) et/ou sur certains secteurs (exposés à la concurrence internationale, par exemple), types d’activités d’emplois, ou d’entreprises(uniquement les PME, par exemple).

Clarifier à tous les niveaux

« Comment peut-on gérer un dispositif qui ne tient la route financièrement (= rester dans le budget prévu) que parce que toutes les entreprises qui pourraient, dans lecadre de règles existantes à un moment donné, y prétendre ne le font pas ? », s’interrogent les auteurs au moment d’aborder la transparence et la lisibilitédes dispositifs existants. Ce besoin de clarification traverse l’intégralité du monde de la formation, de l’échelon le plus centralisé à laréalité la plus concrète. À titre d’anecdote révélatrice, les auteurs s’attachent à recenser quelques-unes des appellations des formationsen comptabilité, tout en se demandant comment le candidat à la formation est censé trouver son chemin parmi les dénominations suivantes : technicien encomptabilité, assistante administrative comptable et bilingue, aide-comptable, assistant comptable, agent en comptabilité !

Toujours dans la veine des questions sensibles, voir taboues, une des dix « fiches » est consacrée aux abandons ou interruptions de formation (qui, à titred’exemple, concernaient 33,5 % des bénéficiaires de PFI en 2003 dans le secteur de la construction). Les auteurs exposent les motifs invoqués par apprenants et employeurspour expliquer ces taux. Mais surtout, ils proposent une série de mesures destinées à les réduire. S’y retrouve un condensé de propositions –renforcement de l’orientation, amélioration de l’appariement entre stagiaires et employeurs en proposant à chacun d’eux une liste de candidats, augmentation del’encadrement (surtout en début de formation), harmonisation des statuts financiers, etc – visant aussi à remédier à d’autres problèmes que lesseules « interruptions », et qui font partie des propositions d’ordre plus général.

Parmi les autres questions approfondies par le rapport, citons celle du « savoir-être ». Derrière l’utilisation de ce terme par les employeurs, se cache unesérie de motivations, avouables ou non. Le manque de savoir-être peut bien sûr recouvrir un prétexte pur et simple pour refuser l’engagement à duréeindéterminée (d’un stagiaire qui n’aurait été accueilli que comme appoint bon marché lors d’un pic d’activité). Mais quand soninvocation est sérieuse, elle recouvre un éventail de comportements à la fois fondamentaux, très larges et difficilement formalisables (engagement, hygiène, sens del’initiative, honnêteté, etc.). Les formateurs sont démunis pour y répondre. Pour remédier à ce flou préjudiciable et à ce manqued’outils, le rapport incite le gouvernement wallon à élaborer et diffuser des méthodes pédagogiques visant l’acquisition de ces compétences.

Ce ne sont là que quelques-unes des très nombreuses recommandations d’un rapport à la densité duquel il est impossible de faire justice ici, puisqu’il porte autant surle rôle des acteurs que sur les dimensions proprement pédagogiques ou encore les modes de financement des politiques de formation.

1. « La formation en Wallonie : un nécessaire recentrage de la politique régionale » est disponible sur demande auprès de ses deux auteurs : therese-marie.bouchat@skynet.be ou philippe.defeyt@skynet.be.

2. Pour rappel, le PFI est un contrat de formation conclu entre un employeur, le Forem et un demandeur d’emploi (stagiaire). Il permet à ce dernier de se former en entreprise (et,parfois, en centre de formation) pendant une période de 4 à 26 semaines à l’issue de laquelle l’employeur s’engage à proposer aubénéficiaire un contrat de travail d’une durée au moins égale à celle de la formation. Pendant la durée du stage, les allocations de chômage (oule revenu d’insertion) sont complétées par une « prime d’encouragement » versée par l’entreprise, qui comble la différence entre cesallocations et le revenu imposable du futur travailleur dans sa fonction.

Edgar Szoc

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