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Fin des allocations d’insertion : un chiffre noir qui interpelle

Quatre mois après la mise en application de la mesure de suppression des allocations d’insertion, les CPAS wallons ont livré leurs premiers chiffres. Ils constatent que de nombreuses personnes en fin de droits n’ont pas frappé à leur porte. Pour la Fédération des CPAS de Wallonie, la création d’un baromètre du non-recours au droit comme cela existe en France est nécessaire.

21-04-2015
En janvier et février dernier, ils ont été amenés à traiter 5.903 dossiers de personnes arrivées en fin de droit aux allocations d'insertion. Un chiffre qui ne suffit pas à refléter la réalité. ©Luis Colas

Les CPAS wallons ont livré leurs premiers chiffres, insuffisants pour rendre pleinement compte de l’effet de la nouvelle réforme. 

Quatre mois après la mise en application de la mesure de suppression des allocations d’insertion, les CPAS wallons font leurs premiers décomptes. En janvier et février derniers, ils ont été amenés à traiter 5.903 dossiers de personnes arrivées en fin de droit aux allocations d’insertion, a annoncé la Fédération des CPAS de Wallonie. Un chiffre qui ne permet pas de rendre compte de la réalité sociale.

Un public hors radar

Si l’on regarde les chiffres de l’Onem du mois de janvier – les seuls actuellement disponibles – on constate que pas moins de 12.080 personnes sont arrivées en fin de droit en Wallonie. La Fédération des CPAS rapporte que seules 3.361 personnes ont sollicité l’aide de leur centre public d’action sociale, soit un peu moins de 30 %. 72,2 % du public concerné a disparu des radars. C’est le fameux « chiffre noir », qui interpelle la Fédération des CPAS.

Plusieurs hypothèses l’expliquent : peut-être ces personnes reportent-elles leur décision de frapper à la porte du CPAS, par honte, ou par complexité, peut-être ont-elles trouvé une source de revenus…

« Certaines attendent trop tard, qu’elles n’aient plus de revenus, d’autres s’endettent, vont jusqu’à perdre leur logement. La honte de frapper au CPAS peut jouer, ainsi qu’une forme de déni – on n’arrive pas à croire que l’on va se retrouver sans rien », a commenté Malvina Govaert, directrice générale de la Fédération des CPAS de Wallonie à l’agence Belga.

Un phénomène de « sherwoodisation »

L’Atelier des Droits sociaux, service bruxellois qui oeuvre à informer les citoyens sur leurs droits économiques et sociaux, dresse le même constat. « On pensait qu’on allait être inondé de demandes suite à la réforme mais en réalité, l’affluence n’est pas plus importante depuis janvier que celle de ces 3 dernières années, analyse une conseillère juridique, des personne sont sorties du cadre, on observe un phénomène de sherwoodisation (terme utilisé en sociologie qui désigne le phénomène d’individus qui quittent la cité, par volonté ou pas dépit, ndlr) ». 

Pour la Fédération des CPAS de Wallonie, il est nécessaire de « documenter cet aspect de la misère sociale, en créant un baromètre du non-recours au droit comme cela existe en France », outil qui permet de mesurer l’effectivité des droits et d’en garantir leur application. 

 

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Manon Legrand

Manon Legrand

Coordinatrice Alter Échos, journaliste (social, logement, environnement)

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