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Enfants réfugiés : dans l’angle mort des politiques européennes ?

Parmi les réfugiés qui arrivent en Europe, environ 20% sont des enfants. Ils ne sont pas suffisamment pris en compte dans les politiques européennes élaborées depuis 6 mois. 59 organisations s’en inquiètent.

09-11-2015

Parmi les réfugiés qui arrivent en Europe, environ 20 % sont des enfants. Ils ne sont pas suffisamment pris en compte dans les politiques européennes élaborées depuis 6 mois. 59 organisations s’en inquiètent.

Le nombre de réfugiés qui arrivent en Europe ne cesse de croître. Selon le HCR, depuis le début de l’année 2015, ils ont été plus de 770.000 à traverser la Méditerranée. Parmi eux : 20 % d’enfants. Entre janvier et août 2015, 174.235 enfants ont demandé l’asile en Europe. Environ 700 par jour, dont de nombreux mineurs non-accompagnés.

« Il s’agit d’une crise sans précédent, rappelle Verena Knaus, de l’Unicef. Nous comprenons bien que tout le monde est submergé. Mais dans les réponses qui s’élaborent au niveau européen, nous avons le sentiment que davantage pourrait être fait pour les enfants, qui sont souvent traumatisés, à la fois par ce qui a provoqué leur exil et par l’exil lui-même. »

En effet, depuis le mois d’avril, les dirigeants européens peinent à trouver une réponse concertée à cette « crise des réfugiés ». Ils se réunissent régulièrement pour tenter d’élaborer une stratégie commune. Malgré la cacophonie ambiante et les fermetures de frontières, des mesures ont été prises. La répartition de 160.000 réfugiés depuis la Grèce et l’Italie étant celle qui a le plus marqué les esprits. Elle doit concerner prioritairement les « personnes vulnérables », dont les enfants, mais tarde à se mettre en place.

Des mécanismes ont été déclenchés pour offrir un accueil humanitaire minimal dans les pays des Balkans, à l’approche de l’hiver. Des « hotspots », visant à faire le tri entre ceux qui peuvent accéder au territoire européen et les autres, sont en train d’être créés en Grèce et en Italie. Dans le même temps, les chefs d’État et de gouvernement tentent, selon leurs propres termes, « d’endiguer le flux », avant qu’il n’arrive en Europe.

Dans tout ce panel de mesures, on trouve peu d’attention au sort que subissent les plus vulnérables des réfugiés : les enfants.

C’est ce qui inquiète de nombreuses organisations spécialisées dans la protection des droits de l’homme ou des droits de l’enfant. Cinquante neuf ONG ou organisations internationales – dont l’UNICEF, médecins du monde ou Save the children – ont écrit une lettre, le 30 octobre aux dirigeants européens, pour faire part de leur inquiétude et rappeler une évidence : les enfants ont des droits ; il est temps de les appliquer pleinement.

Tous les États membres de l’Union européenne ont d’ailleurs signé et ratifié la convention internationale des droits de l’enfant. « Peu à peu, les dirigeants européens reconnaissent l’importance de trouver une réponse adaptée aux besoins des enfants, estime Verena Knaus. Mais à tous les niveaux, les droits des enfants doivent être pris en compte plus rapidement. Que cela soit au sujet des causes de l’exil, de la réponse humanitaire, de la répartition des réfugiés, de l’hébergement. »

Des enfants meurent toujours en mer

Aujourd’hui, ces enfants et leur famille subissent de plein fouet les drames de l’exil. D’abord, des enfants meurent en mer, chaque jour. Comme le rappelait le quotidien français Libération, le 5 novembre, depuis le décès du petit Aylan, qui avait ému la planète, 108 enfants migrants sont morts en traversant la mer, principalement la mer Egée.

Lorsqu’ils parviennent à atteindre les côtes italiennes, mais surtout grecques, et qu’ils traversent l’Europe, la plupart du temps vers l’Allemagne, ils doivent subir des conditions de vie catastrophiques, souvent condamnés à dormir dehors ; des conditions qui s’empirent à mesure que l’hiver approche. Des bénévoles, mobilisés sur l’île de Lesbos, en Grèce, tentaient récemment d’alerter l’opinion sur le sort ces enfants, dont les pieds étaient littéralement en train de « pourrir ».

Dans ce contexte, les 59 organisations réclament que l’intérêt supérieur de l’enfant soit pris en compte dans toutes les politiques. Cela passe évidemment par la création de lieux d’accueil adéquats. L’accès à la santé, au logement, à la santé mentale devraient être garantis. La détention des enfants devrait être proscrite. L’unité familiale devrait prévaloir. Le nombre d’opérations de recherche et de sauvetage en mer devrait être accru.

« Même si les États sont débordés par cette crise, certaines décisions rapides pourraient être prise. Des procédures d’identification rapides des enfants aux frontières devraient être mises en place, comme cela se fait parfois. Cela implique aussi de former les gardes-frontières, les policiers, les assistants sociaux, afin qu’ils apportent des réponses appropriées », explique Verena Knaus.

Les ONG et organisations internationales demandent aussi que des canaux légaux soient ouverts pour permettre aux enfants et à leurs familles de venir demander l’asile en Europe en toute sécurité.

Mais attention, rappelle l’Unicef, « il est nécessaire de toujours rappeler que les droits de l’enfant s’appliquent à tous les enfants, qu’ils soient demandeurs d’asile, réfugiés ou migrants, sans exception ».

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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