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Du microcrédit à l’africaine avec La Payote à Namur

Pour réduire l’exclusion bancaire des immigrés mais aussi des autochtones précarisés, l’asbl La Payote1 – créée par GermaineBucyedusenge – fait du microcrédit en s’inspirant du modèle africain de « la tontine ». Une façon de conjuguer l’épargne et le crédit touten appliquant des critères adaptés aux immigrés.

06-10-2006 Alter Échos n° 216

Pour réduire l’exclusion bancaire des immigrés mais aussi des autochtones précarisés, l’asbl La Payote1 – créée par GermaineBucyedusenge – fait du microcrédit en s’inspirant du modèle africain de « la tontine ». Une façon de conjuguer l’épargne et le crédit touten appliquant des critères adaptés aux immigrés.

Le modèle de la tontine pour réduire l’exclusion bancaire

Arrivée du Rwanda avec sa famille en 1994 pour échapper au génocide, Germaine Bucyedusenge a été confrontée à de multiples difficultés :« Ce n’était pas facile ni pour se régulariser sur le plan administratif ni pour scolariser les enfants. Les populations fragilisées subissent l’exclusionbancaire. Nous ne pouvons acheter ne fût ce qu’un frigo car le crédit à la consommation nous est refusé puisque nous ne pouvons pas ouvrir de compte bancairelorsqu’on a une carte de candidat réfugié. De même pour les frais de scolarité ou d’étude ou pour chercher un emploi à l’étranger. Ensachant que 95 % des immigrés – y compris les minimexés – envoient de l’argent aux leurs restés en Afrique tant la situation est difficile dans nos pays ».

Germaine Bucyedusenge a cherché les moyens pour réduire cette exclusion bancaire. Dans le cadre d’un post graduat en gestion du social à l’Henac, elle aréalisé une enquête sur le micro-crédit. Elle a gagné de l’expérience en travaillant chez Credal à Louvain-la-Neuve, (coopérative decrédit qui a, entre autres, développé un projet pilote de crédit social). Elle a constaté « que l’on refusait le crédit à certainespersonnes immigrées parce qu’il faudrait leur appliquer des critères différents ». C’est ainsi qu’elle eut l’idée de transférer ici laméthode africaine de « la tontine » où les femmes se font confiance et attribuent mensuellement une somme à un membre de leur groupe, ce qui permet à chacuneà tour de rôle d’investir pour faire un petit commerce ou autre chose. Ce modèle, Germaine Bucyedusenge l’a adapté à l’occidentale ens’inspirant du système pratiqué en Afrique par les mutuelles « qui appliquent au contraire de nous un taux d’intérêt élevé ».

Éducation à l’épargne

Le système de micro-crédit solidaire de La Payote « incite à épargner avant d’obtenir un crédit ». Les épargnants cotisent pendant 6mois un minimum de 20 euros/mois ce qui « laisse le temps de les connaître » et au bout de cette période, ils reçoivent l’équivalent de la sommeépargnée multipliée par trois. Ils remboursent ensuite pendant 1 an la somme prêtée sans payer d’intérêt hormis des frais administratifs de 2,50euros.

Si La Payote a travaillé sur fonds propres jusqu’à présent, il lui est nécessaire de développer des partenariats ou collaborations pour pérenniserson projet et lui donner plus d’assises. C’est en cours de formalisation avec Credal qui cherche à développer ce pôle de travail avec des associations immigrées. Avecla banque Triodos, une collaboration est à l’état d’ébauche pour permettre aux sympathisants de La Payote d’affecter leurs placements àl’association par le canal de la banque alternative.

Depuis le début de l’année 2006, 23 micro-crédits ont été octroyés à une majorité de jeunes dont 15 hommes et 8 femmes (dont 5autochtones). Ils ont été affectés à l’achat d’une voiture d’occasion, d’ordinateurs, une garantie locative, un voyage àl’étranger pour chercher un emploi, un billet d’avion pour l’Afrique et un transfert d’argent pour une aide familiale en Afrique.

Germaine Bucyedusenge tient particulièrement à affecter du micro-crédit à des petits projets en Afrique car elle est convaincue « qu’il est plus efficaceque l’aide au développement pour sortir de la pauvreté. Il permet aux Africains de développer des petits commerces de rien du tout. Il faut inciter ceux qui sontrestés en Afrique à épargner plutôt qu’à gaspiller en leur expliquant que ceux qui leur envoient de l’argent ne sont pas aussi riches qu’ils lecroient ».

Les idées fourmillent dans la tête de Germaine Bucyedusenge qui s’attelle aussi à faire de l’information auprès des personnes d’origine immigrée : « Il faut atteindre les gens ici, les informer sur l’existence de filières socioprofessionnelles moins discriminantes, de formations à faire. Nous écoutons lesproblèmes liés à la couleur de la peau. Nous aimerions avoir le temps de sensibiliser les étudiants qui travaillent pendant leurs vacances sur la nécessitéd’épargner plutôt que de dépenser tout de suite l’argent gagné »

1. La Payote asbl, (site en construction), rue des Brasseurs, 30 à 5000 Namur –
tél. : 081 30 85 37 – courriel : info@lapayote.be – Permanences les jeudis et samedis de 14 h à 17 h.

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