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Regard critique · Justice sociale

Des soins de santé de qualité pour tous ?

Faire réfléchir à l’accès à des soins de qualité pour tous, tel était l’objectif des Rencontres internationales « Prescrire 2010».

06-06-2010 Alter Échos n° 296

Faire réfléchir à l’accès à des soins de qualité pour tous, tel était l’objectif des Rencontres internationales « Prescrire 2010» qui ont eu lieu à Bruxelles ces 28 et 29 mai 2010. Une initiative de l’association française Mieux prescrire (AMP)1.

L’OMS, qui n’est pas à l’abri de ses propres contradictions, dénonçait dans son dernier Rapport sur la santé dans le monde2 lamarchandisation dérégulée des soins de santé, la fragmentation des systèmes de santé (organisés autour de « programmesprioritaires ») et leur hospitalo-centrisme (systèmes de santé organisés autour de l’hôpital et de ses spécialistes). Dans le contexte actuel decrise économique, la question de l’accessibilité des soins de santé se pose avec plus d’acuité encore.

Deux problématiques portées par des acteurs belges de la santé ont été pointées lors de ce rendez-vous des professionnels du secteur médical. Leprix des médicaments tout d’abord. « La question la plus importante ne serait-elle pas celle de la marchandisation et de la commercialisation des soins ? », alancé à la salle Dirk Van Duppen, du réseau Médecine pour le peuple. Celui-ci milite depuis plusieurs années pour l’application du modèle kiwi enBelgique, qui consiste en une réduction substantielle du prix des médicaments par le biais d’un système d’appel d’offres public. Le prix de l’antidouleurparacétamol a d’ailleurs baissé de moitié depuis le 1er avril 2010 grâce à l’application de cette technique. Les patients souffrant dedouleurs chroniques peuvent, en outre, obtenir un remboursement de 75 à 85 % pour ces médicaments. Une petite victoire, obtenue notamment suite aux actions des Mutualitéschrétiennes.

Le mode de financement, un outil pour plus de qualité ?

Une recherche3 réalisée par l’OMS en 1999 fait le point sur les effets des modes de financement des soins, a quant à elle expliqué Isabelle Heymans,secrétaire générale de la Fédération des maisons médicales (FMM). Il en ressort que le mode de financement au forfait « à la capitation »(paiement forfaitaire par personne inscrite), comparé au financement à l’acte (ou à la prestation), favorise la réalisation des objectifs de la première ligne desoins. « L’analyse des modèles financiers en Belgique, publiée par le KCE en 20084, a validé les avantages de la pratique au forfait mis enlumière par la littérature : une plus grande accessibilité, une maîtrise des finances et des actions de prévention mieux menées. Ses inconvénientsprésumés, par contre, n’ont pas été confirmés. »

Il y a aujourd’hui environ 5 % des médecins généralistes au forfait en Belgique, qui exercent en majorité dans le cadre des maisons médicales.« La plupart des maisons médicales sont en train de passer d’un paiement à l’acte au mode du forfait », précise Isabelle Heymans. Une pratique collective etmultidisciplinaire exercée par des professionnels souvent militants, un système d’inscription des patients, le rôle joué par les fédérations, autant defacteurs qui pourraient expliquer cette absence d’inconvénients du système dans notre pays. À souligner encore : la pratique au forfait induit des coûts globauxsimilaires voire inférieurs à celle à l’acte, alors qu’elle travaille avec une population globalement plus défavorisée. Elle permet donc de mieuxfinancer les soins de santé primaires dans une même enveloppe globale des soins de santé.

S’il s’agit d’un réel défi d’améliorer la qualité et l’accessibilité aux soins, il n’en reste pas moins que les performancesd’un système de santé n’effacent pas les inégalités de santé. Comme le souligne Dirk Van Duppen : « 10 % de la populationconsomment 68 % des soins. Et ce sont ceux qui ont le plus de besoins qui consomment le moins. Les inégalités socio-économiques engendrent les inégalités desanté. Il y a besoin d’un transfert de moyens vers les pauvres, les personnes âgées et les malades chroniques. »

Article mis à jour le 23 septembre 2010.

1. L’association Mieux prescrire est une association de formation permanente pour les professionnels de santé. Elle publie la revue Prescrire, mensuel d’informationindépendant portant en particulier sur les médicaments. Site : www.prescrire.org. Les « Rencontres Prescrire » ontété organisées en collaboration avec le Centre académique de médecine générale (CAMG, UCL), le Groupe de recherche et d’action pour lasanté (GRAS), la Fédération des maisons médicales (FMM) et la Société scientifique des pharmaciens francophones (SSPF).

2. OMS, Rapport sur la santé dans le monde 2008. Les soins de santé primaires : maintenant plus que jamais.
3. Brown S, World Health Organization. Physician funding and health care systems : an international perspective, London, The Royal College of General Practitioners, 1999.
4. Annemans L, Closon J-P, Closon M-C, Heymans I, Lagasse R, Mendes da Costa E, Moureaux C and Roch I., Comparaison du coût et de la qualité de deux systèmes de financement dessoins de première ligne en Belgique, Health Services Research (HSR), Bruxelles, Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), 2008.

Marinette Mormont

Marinette Mormont

Journaliste (social, santé, logement)

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