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De plus en plus d'étudiants flamands au CPAS

L’année passée, en Flandre, 2 234 étudiants ont frappé à la porte de leur CPAS pour avoir les moyens de continuer leurs études. En 2003, ilsn’étaient que 992 dans ce cas.

23-05-2010 Alter Échos n° 295

L’année passée, en Flandre, 2 234 étudiants ont frappé à la porte de leur CPAS pour avoir les moyens de continuer leurs études. En 2003, ilsn’étaient que 992 dans ce cas. À Bruxelles, on peut même parler d’un triplement. Le nombre d’étudiants allocataires sociaux est passé dans la mêmepériode de 734 à 2 342.

C’est le SPP Intégration sociale qui publie ces chiffres et qui s’inquiète de cette évolution. Sont considérés comme étudiants, dans ces chiffres, lesjeunes de moins de 25 ans qui suivent un enseignement à temps plein. En principe, le paiement des études et des autres frais des étudiants est du ressort des parents en vertu del’obligation d’entretien. Mais lorsque les parents n’assument pas cette obligation, le CPAS peut, après avoir effectué une enquête pour vérifier que l’étudiant nepeut effectivement subvenir à ses besoins, lui accorder une allocation. Si l’étudiant est accepté, il doit se conformer aux termes « projet individualiséd’intégration sociale », ce qui n’est pas sans conséquence comme on le lira plus bas.

Le cas se présente surtout dans les grandes villes. Ainsi, le CPAS de Gand a apporté son soutien à 503 étudiants en 2009, soit un quintuplement en six ans. Lamoitié d’entre ceux-ci est encore dans l’enseignement secondaire, l’autre moitié dans le supérieur. Le service de financement des études de l’Université de Gandconfirme constater la même tendance, que ce soit en ce qui concerne les prêts étudiants, les bourses d’études accordées par la Communauté flamande ou lesdiverses aides accordées par l’Université elle-même. Pour Julien Van Geertsom, directeur du SPP Intégration sociale, cette évolution témoigne d’undélitement des familles : « C’est un signal qui indique quelque chose qui va de travers au sein de cette société. Il y a de plus en plus de familles brisées ou defamilles au sein desquelles les relations entre parents et enfants sont tellement perturbées qu’une rupture est inévitable et que les enfants doivent se tourner vers les CPAS,estime-t-il. C’est une bonne chose que les enfants de familles précaires puissent avoir la chance de faire des études mais les revenus d’intégration ne devraient être qu’unultime filet de sécurité. »

Spirale de la précarité

Vu par l’autre bout de la lorgnette, être à la fois étudiant et allocataire social peut avoir de lourdes conséquences. Hanne (prénom d’emprunt), qui termine cetteannée un master de sociologie dans une haute école, estime que ce système lui a tenu la tête hors de l’eau au départ, mais lui plombe à présentl’existence. « Les étudiants avec un revenu d’intégration sont considérés par beaucoup comme des profiteurs », juge-t-elle. Ses ennuis ontcommencé au milieu de l’année passée lorsque, sans crier gare, son père a arrêté de verser sa contribution au paiement du loyer de sa chambred’étudiant. Elle a alors pris un job étudiant et commencé à économiser sur tout, faisant désormais ses courses « chez Lidl plutôt que chezDelhaize » et dépensant 250 euros par mois pour sa nourriture et son habillement. Mais, même comme cela, les soucis quotidiens l’empêchaient de se concentrer sur sesétudes. En septembre, comme sa bourse d’études n’était pas encore versée et que son compte bancaire était à zéro, elle est allée voir leservice social de sa haute école, qui l’a renvoyée vers le CPAS. Elle reçoit désormais 270 euros par mois du CPAS et son quotidien va mieux depuis, même si desextras comme partir en vacances ou remplacer son ordinateur déficient sont totalement exclus. Mais, comme il a été estimé qu’elle gagnait trop avec son jobétudiant, les allocations familiales perçues par sa mère ont été diminuées. De même, elle n’a pas le droit de travailler plus car ce seraitdéduit de son allocation. Une logique qu’elle comprend, le revenu d’intégration servant de dernier filet de sécurité, mais qui en même temps la condamne àvivre dans la précarité. Si c’était à refaire, elle ferait sa dernière année en deux ans, prendrait un emploi à temps partiel et renoncerait àl’aide du CPAS. Elle trouve par ailleurs l’approche du CPAS très paternaliste, « comme si, par définition, un étudiant allocataire social était quelqu’un quibâcle ses études et gaspille son argent ». Le contrat qu’elle a dû signer stipule qu’elle n’a pas le droit de rater son année et qu’elle doit ranger sa chambred’étudiant tous les jours, alors qu’elle n’a jamais eu la moindre seconde session au cours de ses études.

D’après De Morgen et De Standaard

Pierre Gilissen

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