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De nouvelles armes contre la maltraitance des vieux

La maltraitance des aînés est une réalité dans nombre de familles. Le 25 juillet dernier, le parlement wallon a adopté un décret en vue de lutter contre lephénomène. Dès 2009, les services spécialisés existants vont disparaître au profit d’une nouvelle agence spécifique. Le ministre Donfut met des soussur la table.

25-09-2008 Alter Échos n° 259

La maltraitance des aînés est une réalité dans nombre de familles. Le 25 juillet dernier, le parlement wallon a adopté un décret en vue de lutter contre lephénomène. Dès 2009, les services spécialisés existants vont disparaître au profit d’une nouvelle agence spécifique. Le ministre Donfut met des soussur la table.

Depuis plus de dix ans, différentes associations mènent des actions de prévention et de lutte contre la maltraitance des personnes âgées en Wallonie. Le mouvementest parti des provinces de Luxembourg et de Liège avant de s’étendre, au fil du temps, dans les différentes provinces. En 2003, les associations se sont structurées et ontcréé le réseau Libr’âgé afin de partager une base de données, d’organiser des échanges méthodologiques et, surtout, de gérer unnuméro vert commun (le 0800 30 330) qui recueille puis dispatche vers les antennes locales toutes les demandes du public. Au total, en 2007, les différents services ont ainsitraité 490 cas, grâce au travail de trois psychologues et six assistants sociaux.

« L’essentiel de notre travail a pour origine un appel téléphonique via le numéro vert, explique Marie-Noëlle Cherubin, assistante sociale au Capam, le Centred’aide au personnes maltraitées, à Liège1. Notre première démarche est donc souvent de décoder l’appel reçu  : quelle estréellement la demande de la personne au bout du fil ? Il faut prendre le temps pour comprendre l’ampleur de la situation et le contexte. Si l’appelant n’est pas la victime, nous essayons alorsd’établir un contact direct avec cette dernière car, de toute façon, nous ne mettons rien en œuvre sans son aval. En cas de nécessité ou sur simple demande,nous organisons aussi des rencontres de visu ; tout ne peut pas toujours se dire au téléphone…»

Ambiance dans les familles…

La majorité des appelants sont des intervenants sociaux (assistants social de CPAS, aide à domicile, etc.) ou des connaissances de la victime (voisins, famille, amis). Mais lesaînés maltraités eux-mêmes représentent quand même un bon tiers des appels. Selon le Capam, ce pourcentage est d’ailleurs en croissance grâce à uneplus forte notoriété du numéro vert à la suite des campagnes de communication réalisées (affiches dans les transports en commun, annonces dans lapresse).

Le type de maltraitance le plus courant constaté par le Capam concerne l’argent  : vol direct, pressions pour obtenir don ou héritage, limitation des dépensesmédicales pourtant indispensables au bien-être de la personne, etc. La maltraitance psychologique est également très présente et prend des formes fort diverses :placement forcé en maison de repos, menaces, chantage, irrespect et moqueries (en cas d’incontinence, par exemple), humiliation, comportements infantilisants, etc. « Les auteurs deces différentes violences sont essentiellement des membres de la famille et c’est logique puisque, en Wallonie, 86  % des personnes âgées vivent à domicile. Il est parailleurs important de constater qu’il n’y a pas de déterminisme social : absolument toutes les couches sociales sont concernées. Ceci dit, il existe également desproblèmes dans les institutions et ceux-ci sont probablement sous-estimés par le fait que les victimes ont peut-être peur de représailles si elle seplaignent. »

Qu’en est-il quand les services prennent connaissance d’actes qui semblent relever de la justice ? « Notre principe de base est de ne pas agir d’autorité, explique encoreMarie-Noëlle Cherubin. En cas d’agression sexuelle, par exemple, nous n’appelons pas la police mais nous dialoguons avec la victime et travaillons avec elle sur ce qu’elle veut faire, sur lesactions éventuelles à entreprendre, qu’elles soient d’ordre judiciaire ou autre. »

Les cas ne sont bien entendu jamais simples. La maltraitance d’un ainé au sein d’une famille est souvent la résurgence de blessures et problèmes anciens. Parfois même,il s’avère que la situation de maltraitance est inversée. « Oui, Tatie Danielle existe vraiment ! Parfois, on se rend compte que c’est la personne âgée quimaltraite ou a maltraité ses proches… Ou simplement qui exige d’eux des choses qu’elle ne peut exiger  : les « on m’abandonne » sont, par exemple, très fréquents alorsqu’aucune loi n’oblige les enfants à visiter leurs parents. La vraie question étant alors, de toute façon, de savoir pourquoi les enfants ont coupé les ponts. Dans des casde maltraitance inversée, nous nous efforçons toujours de démonter le mécanisme avec les vieux, afin de sortir de la situation d’agression ou de frustration qui les mine.»

Outre le travail de suivi de dossiers de maltraitance, le Capam et les autres organisations mènent également des actions de sensibilisation à la problématique etorganisent des formations à la demande pour divers organismes, dont le personnel est susceptible d’être confronté au problème, ainsi que pour des écoles.

Hara-kiri

« Les différentes structures et leur réseau font de l’excellent travail mais elles reposent jusqu’à présent sur des bases un peu informelles ; le nouveaudécret wallon spécifique va permettre une reconnaissance officielle de leur travail et une pérennisation de leur action, confie Vincent Vagman, conseiller auprès duministre Donfut2. Il va couler dans le bronze une structuration à l’échelle de la Région. » Et le cabinet du ministre d’annoncer une forte augmentation desbudgets, pour atteindre 550 000 euros par an dès 2009.

Ce nouveau décret prévoit, en fait, la création d’une agence wallonne de lutte contre la maltraitance des aînés qui va reprendre sous son aile l’ensemble desactivités et du personnel des services actuellement subventionnés sur la base de conventions annuelles. La nouvelle agence est censée épouser le réseau existant,avec une antenne par province. En fait, il s’agit quasiment d’un hara-kiri de la part des services actuels, vu qu’ils ont été largement associés à lanégociation sur le nouveau texte et qu’ils se réjouissent de leur propre disparition au profit de l’agence. « En l’occurrence, notre disparition est le plus beau cadeau qu’onpuisse nous faire, explique ainsi le Dr Nicolas Berg, président du Capam. Notre association a été créée en 1998 pour suppléer à une carence ; en matière de lutte contre la maltraitante des aînés, il n’existait rien  : ni réflexion, ni structure. Nous n’avions pas vocation à être éternelset nous sommes aujourd’hui très contents de constater que le vide s’est rempli. Avec ce décret, il existe maintenant une réelle politique contre la maltraitance desaînés, avec des moyens et des outils pérennes. Ce texte est en fait la consécration de dix ans de travail de sensi
bilisation et de lobbying de la part de tous lesacteurs de notre secteur. Le politique nous a finalement entendus. »

La mise en place de l’agence et la restructuration du secteur seront effectives une fois que les arrêtés d’application découlant du décret seront votés par legouvernement. Le passage en deuxième lecture devrait survenir dans les prochaines semaines et l’objectif est que tout soit prêt pour début 2009.

L’un des enjeux de la mise en œuvre est la composition du conseil d’administration de l’agence. Le décret prévoit une composition mixte entre représentants dugouvernement, de l’Iweps3 et d’associations actives dans le secteur du troisième âge. « Pour nous, ce CA doit être rassembleur et dépasser les clivagesidéologiques, avertit le Dr Berg. Le but est de centraliser et de mettre toutes les ressources au service du projet  : cela passe nécessairement par le pluralisme etl’interdisciplinarité. »

Bruxelles à petits pas

La Cocof s’est dotée, en mars 2007, d’un décret global sur l’accueil et l’hébergement des personnes âgées. Ce texte prévoit, entre autres dispositions,l’agrément d’un service d’aide aux personnes âgées maltraitées pour du travail d’écoute, d’information, d’orientation, de soutien et d’accompagnement. Lesarrêtés d’application du décret sont attendus pour début 2009 seulement, ce qui signifie qu’il n’est pas encore mis en œuvre. Néanmoins, dans le cadre d’uneconvention ponctuelle, la Cocof a d’ores et déjà financé, à hauteur de 50 000 euros en 2008, le service maltraitance de l’asbl Infor-homes4.

Concrètement, Infor-homes consacre déjà l’équivalent d’un mi-temps à la lutte contre la maltraitance, au travers d’actions semblables à cellesmenées en Wallonie. « Le montant de subvention est très faible par rapport à ce qui est investi chez les Wallons, mais c’est déjà ça, nousprécise Marie-Pierre Delcour, directrice de l’asbl. Le décret et l’arrêté ne vont pas améliorer les budgets à court terme mais ils vont, au moins, assurer lareconnaissance et la durabilité de l’action. »

Fin 2008, une ligne d’écoute téléphonique avec un numéro spécifique sera en tout cas ouverte.

1. Capam :
– adresse : rue du couvent, 106 à 4020 Liège
– tél. : 04 345 09 81
– courriel : capam@capam.be
– site  : www.capam.be
2. Cabinet de Didier Donfut, ministre de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des chances de la Région wallonne :
– adresse : rue des Brigades d’Irlande, 4 à 5100 Jambes
– tél. : 081 32 34 11
– courriel  : donfut@gov.wallonie.be
– site  : http://donfut.wallonie.be
3. L’Iweps est l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique.
4. Infor-homes :
– adresse : bd Anspach, 59 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 219 56 88
– courriel : inforhomes@misc.irsinet.be
– site  : www.inforhomes-asbl.be

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