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L'actualité sociale avec le décodeur

Cela fait tout juste cinq ans que le mouvement de femmes « 29, rue Blanche » a inauguré Coiff’elles, un salon de coiffure ouvert tous les jeudis à Bruxelles, àl’attention des femmes minimexées, demandeuses d’emploi, réfugiées, pensionnées,… Pour fêter ce cinquième anniversaire, l’associationa invité toutes les femmes à venir se faire coiffer gratuitement par un des plus grands coiffeurs de la capitale. Succès garanti : plus de 85 femmes sont ainsi passées enune journée entre les ciseaux et les sèche-cheveux de quatre coiffeurs, bénévoles pour l’occasion. Mais au-delà de l’aspect ici purementévénementiel, Coif’elles, c’est surtout un lieu où chaque semaine des femmes avec peu de revenu ou parfois aucun peuvent venir se faire non seulement coiffer lachevelure mais également le moral par Pina Scolamacchia, la cuisinière, femme d’ouvrage et décoratrice de la Maison des femmes, également coiffeusediplômée. L’occasion pour elles de se libérer, de confier leurs soucis, d’être orientées vers les services adéquats de la Maison des femmes ou versd’autres lieux : psychologues, assistants sociaux, ateliers de recherche d’emploi, planning familial, etc. « Beaucoup sont amenées par le CPAS, l’Orbem, les refuges de femmesbattues, les maisons d’accueil, les maisons maternelles, Pag-Asa, l’association qui recueille des femmes victimes de la traite des êtres humains », explique Pina…
En tout, elles sont ainsi plus de 400 par an à passer par le petit salon de coiffure aménagé et décoré par Pina. Un lieu convivial, sympathique, qui prêteà la confidence, où l’on se sent un peu comme dans sa salle de bain2. « Les femmes qui viennent ici sont parfois dans un sale état, confie Pina. J’essaie alors de leurremonter le moral en les écoutant, en les coiffant, les maquillant. Cela peut paraître futile mais c’est ainsi qu’elles se réapproprient leur image, reprennentconfiance en elles. Être bien coiffée peut constituer un bon point départ de pour sortir de ses difficultés et par exemple, trouver un travail. Je ne me substitue jamaisaux services compétents, je n’en ai d’ailleurs pas les qualifications. Juste qu’en étant coiffées, les femmes s’épanchent plus et avecl’habitude, je sais vers qui je peux les orienter. »
Au-delà du service coiffure tel qu’il est pratiqué dans d’autres salons, Pina apprend à ses « clientes » à se coiffer elles-mêmes, se maquiller, defaçon à ce qu’elles n’aient plus besoin de ses services et sachent se débrouiller seules. Elle n’hésite pas de temps à autre à donnerà ses « clientes » quelques bouteilles de shampooing, flacons de maquillage qu’elles recueillent auprès des grandes marques de cosmétique et dont elles se sertégalement pour le salon. « Nous n’avons aucun subside pour faire fonctionner ce salon, explique-t-elle. Je coiffe gratuitement. Je dois donc téléphonerrégulièrement et faire la tournée des firmes quand les réserves commencent à s’épuiser. » Seul son salaire est pris en charge par la Maison des femmesqui la libère de ses autres fonctions un jour par semaine. Véritable gestionnaire de Coif’elles, Pina en fut aussi l’instigatrice : « Je suis coiffeuse de formation etj’ai toujours rêvé d’avoir mon propre salon mais avec l’âge, les enfants, le manque de capitaux, je n’ai pas pu. J’ai donc proposél’idée à la maison des femmes où je travaillais déjà depuis de nombreuses années. Je connaissais les besoins des femmes qui fréquentaient lamaison. Avec un peu de persévérance, j’ai réussi à obtenir un petit local et du matériel récupéré de faillite. Mon rêve s’estdonc partiellement réalisé avec le bénéfice supplémentaire de la récompense relationnelle que Coif’elles procure. » Le rêve serait maintenant toutà fait complet si Coiff’elles pouvait ouvrir toute la semaine… mais comme pour tout, il faut trouver des financements…
1 Coiff’elles, 29, rue Blanche à 1060 Bruxelles, tél. : 02 538 47 73. Le salon n’est accessible que le jeudi entre 9 h et 16 h et uniquement sur rendez-vous, demanderPina.
2 Le salon est d’ailleurs aménagé dans l’ancien espace des toilettes hommes de la Maison des femmes !…

catherinem

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