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Bilan social de l’Union européenne, cuvée 2005

Médiatiquement, l’année européenne 2005 aura surtout été celle du double non, français et néerlandais, au référendum sur letraité constitutionnel. À la lecture du septième Bilan social de l’Union européenne, réalisé par l’Observatoire social européen1, ce sontd’autres enjeux, parfois plus latents mais non moins prégnants, qui apparaissent.

02-07-2006 Alter Échos n° 211

Médiatiquement, l’année européenne 2005 aura surtout été celle du double non, français et néerlandais, au référendum sur letraité constitutionnel. À la lecture du septième Bilan social de l’Union européenne, réalisé par l’Observatoire social européen1, ce sontd’autres enjeux, parfois plus latents mais non moins prégnants, qui apparaissent.

Outre des articles généralistes sur le modèle social, son évolution récente, ses acteurs, ses stratégies et dynamiques (Philippe Pochet), les tendanceséconomiques et de politique économique (Andrew Watt) ou la montée des inégalités et la nouvelle donne de la répartition (Pierre Defraigne), le recueil abordeégalement toute une série de dossiers à la fois techniques et politiquement révélateurs.

C’est ainsi que sont couverts des sujets aussi divers que la jurisprudence de la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE) en matière de politique sociale :sécurité sociale des travailleurs migrants, principe d’égalité de traitement et de non-discrimination, droits et obligations des employeurs et des travailleurs (DalilaGhailani) ; le dialogue social interprofessionnel européen, en crise profonde (Christophe Degryse) ; le Livre vert sur les changements démographiques et le défi du vieillissement(David Natali), l’initiative « Better Regulation » de la Commission européenne par laquelle bon nombre d’initiatives législatives ont été jetéesaux oubliettes (Éric Van den Abeele), mais aussi les questions chaudes des perspectives financières et des fonds structurels (Cécile Barbier), ainsi que de l’élargissement(Dalila Ghailani).

Fin du scénario vertueux

Parmi les contributions les plus singulières, relevons celle de Pierre Defraigne, ancien chef de cabinet d’Etienne Davignon et de Pascal Lamy (commissaire européen en charge duCommerce). À rebours du discours technocratique qu’on aurait pu attendre, eu égard à ses positions institutionnelles, il entame son exposé par un constat presqueapocalyptique : « Longtemps assimilée à un scénario vertueux gagnant-gagnant, l’intégration européenne débouche aujourd’hui sur une autreréalité : la croissance ne sera relevée qu’au prix de la baisse des salaires réels relatifs par rapport à la rémunération du capital. Cette divergenceest bien enclenchée et s’amplifie. En outre, elle se prolongera à terme dans les revenus des retraités : ceux-ci se dégraderont en effet pour la masse des travailleurs peuqualifiés avec des trajectoires de vie professionnelle précaire et en dents de scie ; en revanche, ils s’accroîtront pour les titulaires de revenus professionnelsélevés et les détenteurs d’épargne. »

Quels remèdes atteignables ?

Pour Pierre Defraigne, il ne s’agit évidemment pas d’entériner tel quel cet état de fait mais de s’interroger sur les remèdes à la portée de l’Europe. Etc’est précisément sur l’évaluation de ce qui est atteignable et de ce qui ne l’est pas que portent ses critiques les plus féroces, particulièrement destinéesà la gauche de gouvernement : « La faiblesse d’analyse et, du coup, la résignation de la gauche social-démocrate européenne la découragent trop vited’identifier les marges de réforme que le capitalisme de marché globalisé comporte et qui peuvent être exploitées par l’ensemble européen, à lacondition que l’Union européenne réalise son unité sur ces politiques. » À défaut de contenir la dislocation sociale, l’actuel directeur de l’eur-Ifri, labranche bruxelloise de l’Institut français des relations internationales, prédit une montée des populismes et donc de l’instabilité « qui ébranleront nosdémocraties européennes en profondeur avec leurs conséquences internationales imprévisibles ».

Pour savoir quelles unités politiques sont possibles sur quels sujets et avec quels acteurs, le lecteur est principalement renvoyé à la contribution de Philippe Pochet, qui seclôt sur l’évocation de différents scénarios d’alliances possibles. Inspirés d’un trio théorique développé par l’économiste AlbertHirschman, ils s’intitulent de manière évocatrice « Exit », « Voice » et « Loyalty »…

1. Christophe Degryse et Philippe Pochet (ss la dir), Bilan social de l’Union européenne 2005, coédité par l’Institut syndical européen pour la recherche, laformation et la santé et sécurité (ETUI-REHS), l’Observatoire social européen (OSE), et The National Institute for Working Life and The Swedish Trade Unions inCo-operation (Saltsa), 2006. Prix : 20 euros.

Edgar Szoc

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