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Baisse des élèves l’IFAPME

Le recrutement dans les filières industrielles de l’enseignement technique et professionnel est en baisse constante comme le montrent les derniers chiffres publiés parl’Observatoire des filières de qualification. Autres chiffres à la baisse, mais moins connus ceux -là : ceux des contrats d’apprentissage dans les formations enalternance de l’IFAPME (les « classes moyennes »)… Dans ces deux secteurs, les élèves semblent fuir les enseignements qualifiants. Mais à y regarder deplus près, les réalités des différentes filières semblent bien plus multiformes voire interdépendantes : une diversité pleine d’enseignementpour des réformes encore fort floues aux yeux de nombreux acteurs de terrain mais qui devraient amener toute une série d’acteurs en concurrence à collaborer en vue de la« revalorisation » du qualifiant…

07-10-2004 Alter Échos n° 172

Le recrutement dans les filières industrielles de l’enseignement technique et professionnel est en baisse constante comme le montrent les derniers chiffres publiés parl’Observatoire des filières de qualification. Autres chiffres à la baisse, mais moins connus ceux -là : ceux des contrats d’apprentissage dans les formations enalternance de l’IFAPME (les « classes moyennes »)… Dans ces deux secteurs, les élèves semblent fuir les enseignements qualifiants. Mais à y regarder deplus près, les réalités des différentes filières semblent bien plus multiformes voire interdépendantes : une diversité pleine d’enseignementpour des réformes encore fort floues aux yeux de nombreux acteurs de terrain mais qui devraient amener toute une série d’acteurs en concurrence à collaborer en vue de la« revalorisation » du qualifiant…

Baisse dans les filières technologiques

Dernière prise de position en date, celle d’Agoria (la fédération des industries technologiques) qui lors de la rentrée avait publié un communiquéde presse pointant les « dix plus mauvaises raisons de ne pas choisir des études techniques » menant à l’industrie technologique. Cette déconstruction de touteune série de stéréotypes relatifs aux filières industrielles se basait sur les derniers chiffres issus du rapport 2003-2004 de l’Observatoire desqualifications1. Depuis 1998, cet outil statistique n’a enregistré que des baisses de fréquentation tant dans l’enseignement secondaire que dans lesupérieur. En 2003-2004, 16 271 élèves étaient inscrits dans une option industrielle, un chiffre en baisse de 1,4 % par rapport à 2002-2003 et de 3,8 % par rapportà 2001-2002. Particulièrement en soudure, électrotechnique, maintenance et usinage, précise Agoria dans ce qu’il qualifie lui-même de « crid’alarme répété chaque année ».

« Nous manquons cruellement de techniciens qualifiés tant pour enseigner que pour participer au développement économique de notre région », souligne Agoria,ce qui annonce une aggravation des pénuries de main-d’œuvre dans ces secteurs.

Baisse du professionnel

Alain Bultot, chargé de mission au Conseil de l’éducation et de la formation et rédacteur de l’avis 80 relatif à la « refondation des humanitéstechniques et professionnelles »2, confirme que l’on va vers l’aggravation de pénuries dans ces secteurs. « Une action spécifique d’informationest certainement à mener ». Ceci dit, A. Bultot distingue plus finement les évolutions dans le technique et dans le professionnel de 1998 à 2001, le technique avaitprogressé de 3 % dans ces options technologiques tandis que le professionnel avait perdu… 16,5 % dans ses filières industrielles.

De plus, le chargé de mission précise qu’« il ne faudrait pas crier au loup de manière généralisée et mener une politique surl’impression erronée que l’ensemble du qualifiant est en perte de vitesse. Allons voir l’ensemble des chiffres. Sur dix ans, du début des années nonante audébut des années 2000, on constate une très légère baisse globale des populations dans l’enseignement de qualification et une légère croissancepour l’enseignement de transition. Sur une période plus courte de 1994-1995 à 2001-2002, on constate que les populations du général et du professionnel baissentd’un millier d’individus et que celle du technique augmente d’un millier d’individus ». Il y aurait bien des pertes d’élèves dans le professionnel(nettement dévalorisé) et des gains dans le technique qui ne semblent pas les avoir compensées sur le long terme.

A. Bultot se base sur le travail statistique qui a accompagné l’avis 80 de décembre 2002 sur l’enseignement technique et professionnel. Si on prend les dernièresévolutions de 2001-2002 à 2002-2003 (décrites par Etnic3), il semblerait que le nombre total d’élèves dans le technique comme dans le professionnelse soit stabilisé à la hausse et qu’un changement de tendance global se marque donc. Il passe de 50.104 à 50.840 dans le technique et de 63.059 à 64.694 dans leprofessionnel, mais le nombre d’élèves augmente aussi dans le général…

« Services aux personnes »

« Les mouvements sont en fait extrêmement divers et demanderaient des analyses bien plus fines », souligne A. Bultot. « Prenons les certificats de qualification en6e (les diplômes spécifiques au qualifiant valorisables sur le marché de l’emploi) : ils passent de 14.169 en 1990 à 12.989 en 2000. On constateeffectivement une baisse de ces CQ6 mais si les filières industrielles perdent effectivement 939 diplômés, les options ” services aux personnes ” ont par contre gagné 937diplômés ». Cela tendrait à signifier que les jeunes cherchent plus des options liées aux services. Ces dernières semblent plus correspondre aux aspirationsdes jeunes mais surtout « leur qualification est parfois différée dans le supérieur : cela signifie que ces élèves qui ont étérelégués du général vers le qualifiant cherchent malgré tout à accéder au supérieur dans des options généralistes » (onpeut citer l’exemple de l’option ” technique social ” qui n’est pas qualifiante mais ” à vertu transitive “). A. Bultot rappelle que l’avis 80 du CEF a proposé desupprimer ces options qui ne sont pas réellement qualifiantes mais constituent un substitut au général pour les élèves qui en ont étééjectés et « participent donc du système de relégation ». Une manière de renvoyer la question au général qui se défait d’unpublic qui a pour vocation d’y rester…

De plus, la baisse des certificats de qualification en 6e (et en 7e), qui s’est accentuée ces dernières années, est également significativequant aux motivations des jeunes du qualifiant : elle provient pour partie d’une perte d’élèves dans le professionnel mais aussi du fait que de plus en plusd’élèves dans le technique se contentent de leur certificat d’études secondaires supérieures parce qu’ils désirent poursuivre des études.Selon les derniers chiffres à confirmer, les certificats de qualification semblent d’ailleurs avoir continué à chuter en 2002-2003 malgré la hausse des effectifsglobaux…

Chute dans l’IFAPME

En chute libre également, ce sont les contrats d’apprentissage de l’Institut de formation en alternance des indépendants et des petit
es et moyennes entreprises. Selon lerapport sur la situation économique et sociale de la Région wallonne publié en 20034, ces contrats ont connu une chute de 21 % de 1998 à 2002 : ils sontpassés de 7 675 à 6045. Ce contrat d’apprentissage s’adresse aux jeunes de 15 ans et plus qui ont au moins passé le cap de la 2e année secondaire.Le jeune se voit suivi par un délégué à la tutelle dans une formation en alternance de 3 ans maximum qui se partagent entre une PME avec laquelle il passe un contrat et uncentre de formation dans lequel il bénéficie d’un certain nombre d’heures de cours. Cette formation est sanctionnée par un certificat homologué par la
Communauté française.

L’IFAPME dispense également des formations de chef d’entreprises en baisse de 6,3 % sur la période 98-02. Par contre, les recyclage pour patrons de PME sont passéesentre 1998 et 2000 de 8 973 à 10 816 et surtout, les « heures perfectionnement » ont effectué un bond de 5 105 à 17 494 heures.

Des questions

L’auteur qui a publié ces évolutions chiffrées, Bernard Jockin, travaille au Conseil économique et social de la Région wallonne. « Cette baisse assezsensible des contrats d’apprentissage de l’IFAPME pose de sérieuses questions d’autant plus qu’un décret régional wallon de 2003 a fait de l’IFAPMEle ‘régisseur’ de l’alternance en Wallonie et que son budget a dès lors été augmenté », note-t-il.

Prosper Boulangé, le secrétaire général de la CSC-enseignement et membre du conseil d’administration de l’IFAPME, ne dit pas autre chose. « Jem’étonne de cette baisse fameuse du public sous obligation scolaire dans les formations IFAPME. Ces difficultés de recrutement ont lieu alors que les classes moyennesbénéficient par rapport à l’enseignement d’une plus grande souplesse organisationnelle, de coûts de personnel moindres et d’investissements publics plusélevés par élèves ». Le syndicaliste enseignant rapproche cette évolution du projet gouvernemental d’éliminer les filières del’enseignement technique et professionnelle qui seraient obsolètes : « je ne vois pas bien lesquelles. Par contre l’ensemble des écoles techniques et professionnellesmanquent encore aujourd’hui de personnels (ce que la pénurie aggrave fortement) et d’équipements. Si on donnait les moyens à l’enseignement, qui est le meilleurgarant du caractère humaniste de la formation, d’être réellement réactif par rapport au marché de l’emploi, on éviterait de devoir investir dansdes formations qui ne semblent pas donner de grands résultats ».

La concurrence des CEFA ?

Francine Deville, administratrice générale de l’IFAPME5, admet ces évolutions « qui ne nous font pas plaisir. Mais je ne crois pas que notre public soiten train de changer : notre vrai public classique, celui pour lequel nous avons un véritable avantage concurrentiel et auquel nous identifie le grand public, est celui des chefsd’entreprise. Là nous remplissions un créneau qui n’est pas rempli par d’autres, par exemple pour nombre de femmes qui, vers la quarantaine, désirentcompléter leur diplôme du secondaire pour ouvrir une agence de voyage, un magasin d’antiquités ou un salon d’esthéticienne ». Par contre pour ce qui estdu public du contrat d’apprentissage, F. Deville pointe les changements qui ont eu lieu dans les CEFA avec le nouveau décret de 2001. « Ce texte permet notamment auxélèves des CEFA de poursuivre dans le système scolaire pour décrocher un certificat d’enseignement secondaire supérieur en 7e ». Il y a doncune nouvelle incitation dans l’enseignement à diriger vers les CEFA avant même qu’ils se tournent vers l’extérieur. De plus, les jeunes des CEFA rattachésà une école-siège vont rester plus avec les copains que s’ils se lancent dans l’alternance avec un patron de PME, doivent se lever très tôt le matin tousles jours, etc. Et loin de moi l’idée de leur faire le reproche d’avoir créé un système en alternance mieux intégré à l’écolemais aussi plus proche des réalités socio-économiques ».

Commande d’une étude

Mais les 1 600 jeunes perdus par l’IFAPME se retrouvent-ils tous dans les CEFA. Pour F. Deville, c’est l’explication principale. Les chiffres montrent que la population des CEFAa en effet évolué de 1998-1999 à 2001-2002 de 5 125 à 5 969 élèves. Mais à supposer que ces jeunes aient tous pu devenir apprentis, il reste encoreà trouver l’explication du départ de près de la moitié des 21 %… Pour mieux comprendre ce phénomène de baisse, l’IFAPME a commandéune étude au centre PME de l’ULg. Ses résultats devraient être connus vers la mi-octobre. En même temps d’ailleurs que les résultats de la campagne depromotion du contrat d’apprentissage sur 20 m2 à travers toute la Wallonie lancée par l’IFAPME en juin dernier. En attendant, F. Deveille souligne malgrétout que les formations IFAPME gardent des taux d’insertion professionnelle de 85 % dans les 6 mois qui suivent la fin de la formation et de 90 % dans les 9 mois. Si elle reconnaît avoirreçu plus de moyens, F. Deville réfute aussi les critiques venues de l’enseignement : « nous avons des exigences fortes à l’entrée, mais il est vrai,ajoute-t-elle, que si notre système avait été reconnu par l’enseignement comme nous le demandons depuis 1982, les collaborations seraient plus faciles ».

IFAPME : régisseur de l’alternance ?

Depuis le décret de 2003 réformant l’IFPME en IFAPME, cette dernière (dont le CA s’est élargi au syndicats et à l’Union wallonne desentreprises, en plus des classes moyennes) doit constituer le « point d’appui pour toute l’alternance en Région wallonne ». Mais cette position centrale del’IFAPME n’a jamais été concrétisée. L’IFAPME devait, selon le CAWA, déployer son action particulièrement envers… les jeunessous-qualifiés, ce qui demandait notamment de prévoir une articulation avec les CEFA. « On a bien voulu nous reconnaître comme organe de référence etd’excellence, mais pratiquement rien n’a été mis en place pour que nous assumions ce rôle de régisseur qui n’a d’ailleurs reçu aucun contenu», précise F. Deville. Pire, l’IFAPME ne participe pas de droit (mais seulement comme invité) au Conseil consultatif de l’alternance qu’abrite le CESRW. B.Jockin (qui est aussi secrétaire de ce Conseil) explique cette situation par un phénomène de concurrence entre opérateurs et entre minist
res : « sous lalégislature précédente, le ministre P. Hazette avait fait son décret CEFA dans son coin sans concertation avec la ministre de la Formation et de l’Emploi, MarieArena, qui avait alors réformé l’IFPME en lui donnant un rôle central mais sans le préciser et sans assurer de suivi… »

Les nouveaux projets gouvernementaux élaborés sous la houlette de la même Marie Arena visent précisément à rapprocher ce qui avait étécloisonné il y a à peine deux ou trois ans. Les conflits devraient être évités puisque M. Arena est à présent ministre à la fois del’Enseignement et de la Formation… F. Deville souligne que la place centrale accordée à l’IFAPME semble remis en cause mais que « pour l’instant on nesait toujours pas comment les choses se concrétiseront ». Or, « il y a beaucoup de travail à réaliser en termes de rapprochement des statuts des apprenants notamment», souligne B. Jockin.

1. Le rapport 2003-2004 sera disponible sous peu sur le site http://www.technopass.be/observatoire.html

2. voir http://www.cfwb.be/cef/listeavis.asp
3. http://www.statistiques.cfwb.be/
4. Voir pour ce Rapport économique et social, http://www.cesrw.be/publications/. Sur le même site, le Rapport sur la formation professionnelle en Wallonie élaboré parBernard Jockin en 2002 dans la série des Cahiers du Cesrw avançait déjà de premiers chiffres pour la période 1998-2000.
5. http://www.ifapme.be/

Donat Carlier

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