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Atelier photo pour primo-arrivants : derrière les clichés, des vies !

C’est en 2000 à la suite de la vague de régularisation de près de 40.000 dossiers de personnes en situation irrégulière qu’est lancé le projetSampa (acronyme du Service d’aide aux Molenbeekois primo-arrivants)1. Cette même année, l’Académie de dessin – datant de 1880, et classéedepuis 1996 – se voit également octroyer un budget communal et régional pour répondre au besoin des habitants et artistes de disposer d’un lieud’échanges dans le quartier. Ce lieu deviendra la Maison des cultures et de la cohésion sociale (MCCS)2. Le 7 juin prochain, une dizaine d’adultes primo-arrivantsexposeront le travail effectué dans ce cadre durant une année. Le moment de s’arrêter un instant sur les parcours de vie de ces personnes, de parler « d’avant etd’ailleurs »3

05-05-2006 Alter Échos n° 207

C’est en 2000 à la suite de la vague de régularisation de près de 40.000 dossiers de personnes en situation irrégulière qu’est lancé le projetSampa (acronyme du Service d’aide aux Molenbeekois primo-arrivants)1. Cette même année, l’Académie de dessin – datant de 1880, et classéedepuis 1996 – se voit également octroyer un budget communal et régional pour répondre au besoin des habitants et artistes de disposer d’un lieud’échanges dans le quartier. Ce lieu deviendra la Maison des cultures et de la cohésion sociale (MCCS)2. Le 7 juin prochain, une dizaine d’adultes primo-arrivantsexposeront le travail effectué dans ce cadre durant une année. Le moment de s’arrêter un instant sur les parcours de vie de ces personnes, de parler « d’avant etd’ailleurs »3

« Le terme “primo-arrivant” recouvre un nombre considérable de situations faute de consensus sur une définition, explique Christophe Denoël, coordinateur du Sampa, quiemploie une quinzaine de personnes parmi lesquels travailleurs sociaux, psychologues et enseignants de français langue étrangère. Nous avons retenu la suivante : toute personned’origine étrangère récemment arrivée en Belgique dans un but autre que touristique. » Le Sampa accueille environ quatre-vingt-cinq nationalités. LesMarocains, Congolais, Pakistanais et Roumains totalisent environ 80 % du public cible de l’association, public cible dont 40 % sont en situation irrégulière :déboutés de la procédure d’asile ou « clandestins ».

Un partenariat quadripartite

La commune et son bourgmestre, Philippe Moureaux (PS), en association avec le CPAS, sont chargés de superviser les fonds octroyés par la Politique des grandes villes4 etdonc le ministère de l’Intégration sociale via le cabinet du ministre Dupont. Les activités du Sampa se déclinent en deux volets : le socio-pédagogique(ateliers de français, activités culturelles et cours d’orientation sociale) et le volet CPAS, qui recouvre l’insertion socioprofessionnelle (ISP) et l’aide sociale etjuridique.

Parmi les activités culturelles proposées, Laszlo Mechler, travailleur social, a eu l’occasion d’encadrer une dizaine d’adultes primo-arrivants dans le cadred’un atelier photo entamé au printemps 2005. Supervisée techniquement par Nicolas Clément, jeune photographe professionnel du collectif Blow-Up5, cettedémarche a notamment pour objectif de faire s’exprimer des personnes confrontées aux stigmatisations – parfois quotidiennes – engendrées par la migration :refus de logement, impossibilité d’obtenir un contrat de travail ou encore indifférence du politique voire de la population belge. « Nous en sommes à la phase de miseen valeur des œuvres, qui se clôturera par le vernissage du 7 juin, en association avec la Maison des cultures. Nous travaillons avec un graphiste de Saint-Luc Bruxelles »complète Nicolas.

Des messages porteurs de sens

Ibrahim est l’un des artistes qui ont contribué à l’initiative. Quadragénaire originaire du Kirghizistan (Asie) et père de deux fillettes, il résideen Belgique depuis cinq ans mais n’est pas régularisé. Diplômé en arts plastiques, il a notamment travaillé à Moscou et tente désormais desurvivre en déambulant dans Bruxelles pour croquer des portraits. Son travail dans l’atelier photo, il a décidé de l’orienter vers les Autres, ceux qu’il croiseen chemin dans les rues de la capitale.

Nicolas et Laszlo prennent l’exemple de Thomas, Congolais, qui lui a opté pour un projet sur la difficulté de trouver un logement quand on est étiqueté «irrégulier ». Thomas a photographié des affiches « à louer », en fait toutes les affiches et donc les offres auxquelles il a voulu répondre en seprésentant. À chaque tentative, la même réponse négative. Thomas est père de quatre enfants et est logé dans un appartement sans chauffage.

Ce projet de partenariat reflète la méthodologie du Sampa. Christophe Denoël, son coordinateur, met en avant la double contrainte liée au concept d’ «intégration » : celle pour le primo-arrivant de comprendre le pays hôte et en accepter les us et coutumes sans pour autant renier son identité, et celle pour le paysd’accueil d’offrir des services compétents pour orienter les primo-arrivant vers l’autonomie et la prise de décision au sein des structures existantes. Cependant, lecoordinateur met en avant les limites rencontrées par les associations travaillant auprès des migrants : outre les difficultés stricto sensu administratives, le manque decohésion dans les pratiques – souvent disparates – et l’absence d’une « fédération » des services mettent un frein à lavisibilité d’initiatives pourtant louables.

1. Sampa, av. Jean Dubrucq, 82 à 1080 Molenbeek-Saint-Jean – tél. : 02 422 06 11 – fax : 02 422 06 66 – contact : Christophe Denoël – sampa@skynet.be. SAMPA appartient au réseau « Lire et Ecrire » de Bruxelles.
2. MCCS, rue Mommaerts, 4 à 1080 Molenbeek – tél. : 02 415 86 03 – contact : Dirk Debliek – mccsmolenbeek@hotmail.com. L’heure et le lieu exact du vernissage vous seront communiqués dans le prochain Alter Echos.
3. Expression de Christophe Denoël pour expliquer les deux axes – temps et espace – de la rupture vécue par le primo-arrivant dans le fil conducteur de son histoire.

4. Le budget récurrent annuel pour Sampa est de 250.000 euros selon la Politique des grandes villes.
5. Blow Up, rue des Palais à 1030 Bruxelles – tél. : 02 244 92 22 – contact : Nicolas Clément– tél. : 0497 60 64 78 – nclement@blowup-photos.org.

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