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Regard critique · Justice sociale

Aide-toi, le RSA t’aidera !

Le RSA (revenu de solidarité active), à la fois objet d’espoir et de méfiance, tente d’apporter une réponse au désarroi social qui prévautactuellement dans l’Hexagone.

25-09-2009 Alter Échos n° 281

Le RSA (revenu de solidarité active), supposé à la fois soutenir le revenu des travailleurs les plus modestes et constituer une incitation au retour à l’emploi,est entré en vigueur en France le 1er juin dernier. À la fois objet d’espoir et de méfiance, le dispositif tente d’apporter une réponse audésarroi social qui prévaut actuellement dans l’Hexagone.

Crise, précarité, retour à la vie active, emploi des jeunes ou des seniors… autant de thèmes agités dans le shaker des préoccupations politiquesactuelles, autant de raisons de partir à la pêche aux idées pour remonter le courant d’un contexte économique global difficile. Imaginé en France par MartinHirsch, médiatique Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté nommé en 2007 par Nicolas Sarkozy dans le gouvernement Fillon – au nom del’ouverture politique –, le RSA est l’une des initiatives hexagonales pour favoriser la reprise d’emploi des chômeurs et pour venir en aide aux travailleurs pauvres. Unemesure inspirée par une philosophie qu’on peut résumer ainsi : « Aide-toi, l’État t’aidera… »

Un démarrage en douceur

Créé pour se substituer au RMI (revenu minimum d’insertion), lancée en 1988 par le premier ministre d’alors Michel Rocard, le RSA présente l’avantagede pouvoir combiner salaire et aides sociales afin de permettre qu’un retour à l’emploi à temps partiel soit automatiquement synonyme de hausse de revenus (voir AlterÉchos n°264). Entré en vigueur il y a quatre mois sur l’ensemble du territoire français, le RSA a connu un démarrage un peu mou, puisque seuls 10 % desdeux millions de bénéficiaires visés ont effectivement perçu leur allocation au cours du mois de juillet. 300 000 versements ont été effectués au moisd’août. «Nous avons constaté un démarrage lent », reconnaît le président de la Caisse nationale d’allocations familiales, en charge duversement de l’allocation. Il semble cependant que les choses se soient vite accélérées, puisque 30 000 nouvelles demandes ont été enregistréeschaque semaine au cours du mois d’août et que le nombre de bénéficiaires percevant effectivement le RSA est aujourd’hui passé à environ 1,5 million.

Les premiers cahots du moteur apaisés – en partie explicables par le surcroît de travail supporté à la fois par les caisses d’allocations familiales et parles conseils généraux, chargés d’orienter les bénéficiaires –, le dispositif paraît à présent avoir atteint son rythme decroisière.

Pourvoyeur de précarité ?

Préalablement observée à la loupe dans une trentaine de départements test pendant près d’un an et demi, l’application du RSA auprès de 15 000volontaires aurait entraîné un taux de retour à l’emploi sensiblement plus élevé que dans les zones non testées. Ce qui a tant soulagé MartinHirsch et le gouvernement que l’ouverture du droit au RSA pour les jeunes de moins de 25 ans (jusqu’alors non concernés par la mesure) est d’ores et déjàtimidement évoquée. Une suggestion souvent fraîchement accueillie, à l’image de l’hebdomadaire Marianne qui, sous la plume de BénédicteCharles, estime que cela reviendrait à « créer une catégorie de jeunes qu’on rétribue pour ne plus les voir. » Car les critiques visant les effetspervers du RSA ne se sont pas éteintes miraculeusement avec l’application de la mesure. Bien au contraire… La principale d’entre elles porte sur le risqued’accréditer l’idée que le rôle de l’État consiste à compléter les faibles salaires, encourageant de cette façon ledéveloppement des jobs précaires et mal rémunérés.

Marianne cristallise bien l’expression d’une telle crainte : « En se contentant de traiter au moyen d’une aide sociale un effet indésirable du systèmeéconomique (les travailleurs pauvres) sans s’attaquer à la cause, on risque d’encourager le phénomène et d’entrer dans une spirale inflationniste.» En d’autres termes, le risque est de déresponsabiliser l’employeur, transformé en simple utilisateur de main-d’œuvre à bas prix. Certains oiseauxde mauvais augure voient même dans la mesure une possible remise en cause du Smic (le salaire minimum). Sans aller jusqu’à cette extrémité, il convient tout demême de s’interroger sur d’éventuels effets néfastes : même si la béquille financière qu’il constitue bénéficieindéniablement à court terme aux travailleurs pauvres, le RSA ne risque t-il pas d’entraver la hausse de leurs salaires ?

stephanel

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