Alter Échosr
L'actualité sociale avec le décodeur

Accord entre jardiniers pour sauver les « mauvaises graines »

Un protocole d’accord entre l’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées et la direction générale de l’Aide à la jeunesse

06-02-2011 Alter Échos n° 309

Des jeunes ballottés entre secteurs. Un classique ! Pour tenter d’y remédier, les administrations multiplient les protocoles d’accord. Le dernier en date a étésigné entre l’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées (Awiph)1 et l’Aide à la jeunesse2.

« Il faut redonner au jeune une place centrale », « rompre avec la logique de secteur », « donner des réponses coordonnées auxproblèmes des jeunes qui ne sont dans le jardin de personne ». Les discours enthousiastes prononcés le 21 janvier tant par Liliane Baudart, directrice de l’Aide à lajeunesse que par Alice Baudine, administratrice générale de l’Awiph, jouèrent sur les registres de la solennité et de la bonne volonté. Le protocole decollaboration entre l’Awiph et l’Aide à la jeunesse était présenté à un parterre de fonctionnaires. Objectif de ce texte  : faire travailler ensemble les deuxsecteurs, les faire se connaître pour en finir avec ces cas complexes à l’intersection des compétences de chacun. Quand les jeunes ne sont dans le jardin de personne, certains seretrouvent à la rue, aurait-on pu ajouter pour illustrer l’enjeu de ce protocole.

Quelques exemples permettent de mieux comprendre ce besoin pressant de transversalité. Le 23 décembre, c’est un jeune autiste qui manqua de passer le réveillon de Noëldans des abris de nuit, car l’Aide à la jeunesse et l’Awiph se disputaient sur leurs compétences respectives. D’autres cas sont plus « ordinaires », carrécurrents. Les Instituts médico-psychologiques 140, dédiés aux jeunes dits caractériels, fonctionnent dans le giron de l’Awiph. De leurs côtés, lescentres d’accueil spécialisés (CAS) travaillent aux côtés des jeunes « violents ou agressifs ». Ils dépendent de l’Aide à la jeunesse.Ces deux services, aux compétences proches, se renvoient régulièrement la balle à propos des jeunes qui ont besoin d’un accompagnement approprié. Les deuxadministrations veulent désormais travailler ensemble pour éviter ce type de problème, et harmoniser leurs pratiques.

« Tout est encore à faire »

Ce protocole – qualifié d’accord-cadre – est une méthode de travail entre deux administrations qui se fixent des objectifs communs que le terrain devra ensuites’approprier. Aux yeux d’Yves Polomé, directeur général adjoint de l’Aide à la jeunesse, cet accord, « c’est un dénominateur commun, c’est unefaçon de marquer le coup. Il faut ensuite accepter de prendre le temps de changer les choses ». Et du temps, il en faudra, car l’étendue de la collaboration est assez vaste.Des groupes de travail seront mis en place pour analyser les difficultés de terrain, repérer les bonnes pratiques et proposer des actions concrètes dans les domainessuivants  : formations, statistiques et méthodes ou encore, préparation à l’âge adulte. Mais le groupe de travail prioritaire, celui que tout le monde attend et quirépondra au nom de « cellule un jardin pour tous », concerne ces fameux cas « insolubles », évoqués plus haut. Cette cellulerécoltera les cas individuels difficiles « afin d’apporter une réponse cohérente ».

Ces groupes de travail sont censés transformer l’accord en réalité tangible. Une des volontés affirmées des promoteurs de l’accord est de donner un coup decollier sur l’information et la formation des travailleurs des deux secteurs. Des formations communes seront donc suivies pour que les procédures et pratiques de chaque administration soientbien connues de tous. L’autre objectif est de soutenir certains projets soutenus par les deux secteurs, comme L’Accueil à Gosselies ou L’Entretemps à Namur.

Les gardiens du protocole sont réunis dans un comité stratégique composé de spécialistes des deux administrations, à commencer par les deux dirigeantes.Ils se réuniront une fois par an et veilleront à la mise en œuvre de l’accord. Christian Nile et Yves Polomé, en lien avec le terrain, seront des « colporteursde bonnes pratiques », afin de tendre vers l’harmonisation. Puis ces informations du terrain remonteront vers le comité stratégique. Les représentants des deuxadministrations l’avouent sans faux-semblant  : « Avec ce protocole, tout est encore à faire. » Néanmoins, une architecture est en place, qui se veut« participative et en lien avec le terrain ». Cela suffira-t-il à surmonter les difficultés et à offrir un « jardin pour tous » ?Réponse dans quelques années.

L’Accueil à Gosselies  : « Des passerelles existent entre la DGAJ et l’Awiph »

L’asbl Accueil3, à Gosselies, est un centre de protection de l’enfant. Sa directrice, Geneviève Haquenne, nous explique ses missions mais aussi les passerelles quiexistent, à son niveau, entre les services de l’Aide à la jeunesse et l’Awiph.

AE  : Votre institution d’accueil s’adresse à des enfants de 0 à 6 ans rencontrant quels types de difficultés  ?

Notre mission est d’accueillir des enfants rencontrant des problématiques familiales importantes, que ce soit en termes de relations, de maltraitance ou de négligence. Cesproblèmes de parentalité sont généralement détectés par les services de première ligne, qui estiment qu’il existe un danger réel oupotentiel pour l’enfant. Potentiel aussi, car parfois, des enfants en très bas âge arrivent dans notre centre alors qu’il n’y a pas eu de maltraitance mais parce queles professionnels, en raison des antécédents de la famille, sont très inquiets de la manière dont les parents vont élever l’enfant. Ces professionnels nousdemandent alors d’opérer quelque chose qui se rapproche très fort d’une forme d’éducation parentale. Pour ce qui concerne les enfants accueillis dans notrecentre à la suite d’une situation de négligence ou de maltraitance, nous proposons un travail couplé enfant-parent  ; d’une part, on effectuel’hébergement de l’enfant et on lui fournit une aide thérapeutique  ; d’autre part, nous rencontrons chaque jour les parents lors de visites au centre et lorsd’entretiens thérapeutiques familiaux. »

AE  : Par qui êtes-vous mandaté et agréé pour remplir vos missions  ?

On reçoit des enfants pour lesquels nous avons un mandat d’un service d’Aide à la jeunesse, d’un tribunal ou du service de protection judiciaire, mais nousn’avons pas, en tant que tel, d’agrément d’Aide à la jeunesse. Nous sommes agréés par l’ONE en tant qu’organisme spécialisé dela petite enf
ance. Par ailleurs, en tant que projet pilote, nous avons reçu, en 2010, un agrément d’une durée de deux ans du Service d’intervention enfamille (SIF) pour le travail que nous réalisons au sein des domiciles familiaux. Le SIF a été mis en place pour les situations de maltraitance graveavérées ou, en tout cas, des situations à haut risque  ; dans ce cas, les professionnels – éducateurs et assistants sociaux – vont au domicile des famillesau minimum cinq heures par semaine pour effectuer un travail de conscientisation et d’aide à l’éducation pour éviter que l’enfant ne soit placé. Lebut est d’intervenir là où les services de première ligne ne peuvent plus le faire.

AE  : Quels sont vos liens avec l’Awiph  ?

Nous sommes reconnus comme Service d’aide précoce. A ce titre, nous intervenons parfois à la suite de situations familiales dramatiques dont l’enfant garde desséquelles qui font qu’il a désormais un handicap et qu’il possède un numéro Awiph. Précisons qu’en la matière, notre asbl intervient,au niveau des familles, en soutien parental pendant le séjour au centre et après, au domicile familial quand il y a une possibilité de réintégrer l’enfantdans sa famille.

AE  : A votre niveau, comment se concrétisent les rapports entre la Direction générale de l’aide à la jeunesse (DGAJ) et l’Awiph  ?

Il existe de nombreuses passerelles et un travail de collaboration intense entre les deux organismes. Plus de la moitié des dossiers de notre centre concernent des enfants qui ont àla fois un numéro Awiph et un dossier ouvert dans un service d’Aide à la jeunesse. D’ailleurs, la majorité des dossiers que nous recevons nous sont transmis parl’Aide à la jeunesse. De ce fait, par exemple, il y a une partie de subsidiation, de la part de la DGAJ, pour l’enfant pendant qu’il est placé dans notre centre et uneautre partie de subsidiation, de la part de l’Awiph, pour tout le travail qui se fait avec la famille à son domicile par la suite. En tant qu’asbl privée ne dépendantd’aucun des deux organismes, nous avons sans doute la faculté de travailler plus facilement avec les deux… voire avec les trois si l’on inclut l’ONE.

Philippe Van Lil

1. Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées :
– adresse : rue de la Rivelaine, 21, à 6061 Charleroi
– tél.  : 071 20 57 11
– courriel  : secgen@awiph.be
– site  : www.awiph.be
2. Ministère de la Communauté française, Direction générale de l’Aide à la jeunesse :
– adresse : bd Léopold II, 44 à 1080 Bruxelles
– tél.  : 02 413 32 06
– site  : www.aidealajeunesse.cfwb.be
– courriel  : dgaj@cfwb.be

3. L’Accueil :
– adresse : place Raoul Nachez, 12 à 6041 Gosselies
– tél.  : 071 31 47 79
– site  : www.laccueil.be

Cédric Vallet

Cédric Vallet

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)