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20e journée mondiale du refus de la misère : à Bruxelles la crise s’aggrave

« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoirsacré. » C’est par ces paroles que le Père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, lançait à Paris, il y a tout juste vingt ans, la journéemondiale de refus de la misère1. Déclarée en 1992 par l’ONU Journée pour l’élimination de la pauvreté, la date du 17 octobre estl’occasion de faire le point partout dans le monde sur la question de la pauvreté. En Belgique et plus particulièrement à Bruxelles, la situation empire.

19-10-2007 Alter Échos n° 238

« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoirsacré. » C’est par ces paroles que le Père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, lançait à Paris, il y a tout juste vingt ans, la journéemondiale de refus de la misère1. Déclarée en 1992 par l’ONU Journée pour l’élimination de la pauvreté, la date du 17 octobre estl’occasion de faire le point partout dans le monde sur la question de la pauvreté. En Belgique et plus particulièrement à Bruxelles, la situation empire.

Quelques chiffres : alors que la Région bruxelloise est la région la plus productive du pays, plus d’un tiers de sa population est touchée par la pauvreté et unquart de Bruxellois vit dans un ménage où aucune activité rémunérée n’est exercée2. Par ailleurs, la population de la Régionbruxelloise compte le plus fort taux de surendettement (soit 11,5 % contre 8,3 % pour le reste du pays).

Ces chiffres alarmants, Emir Kir, ministre en charge de l’Action sociale et de la Famille de la Commission communautaire française, les rappelait dans une conférence de presseorganisée en présence de l’abbé Jacques Van der Biest, Daniel Lhost du Forum de lutte contre la pauvreté et Christine Vanhessen, directrice de l’AMA(Association des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri).

L’abbé Van der Biest, connu sous le surnom de l’abbé des Marolles, rappelait qu’un Plan d’urgence bruxellois de lutte contre la pauvretés’impose. Face à la gravité de la crise, seule une série de mesures d’envergure peut apporter un début de réponse. Parmi celles-ci, « il fautdonner la priorité à la construction de logements sociaux ; aider les agences immobilières sociales (AIS) à remplir leur mission de loger les populations les moins nanties ; œuvrer à l’égalité des chances dans l’enseignement ; travailler à faire disparaître les lignes de séparation entre politiques del’enseignement, de la formation et de l’emploi ; développer le secteur de l’économie sociale ; lutter contre le surendettement qui ne concerne plus tant les biens deconsommation de luxe ou de loisirs que désormais la nourriture et les soins de santé et renforcer les CPAS particulièrement dans les communes où leur public esttrès pauvre. » Voici les chantiers que dégageait l’abbé Van der Biest.

Salaires bas et loyers élevés, les ingrédients de la précarité

Autour de la table, un même constat se dégageait. Les travailleurs des services sociaux sont confrontés à une pauvreté grandissante. Revenusd’intégration et salaires trop bas, des loyers exorbitants obligent souvent les gens à s’endetter pour se loger, puis pour se nourrir. La spirale est lancée. Pourrappel, le seuil de risque de pauvreté est fixé actuellement à 822 euros par mois et le RIS (revenu d’intégration sociale, ancien minimex) est de 657,37 euros pourune personne isolée.

Parmi les services sociaux subventionnés par la Cocof, il y a les dix CASG (Centre d’action sociale globale) dont la mission est d’accueillir des personnes en difficulté,d’entendre leur demande et de mettre en place un accompagnement adéquat ou de les orienter vers un service compétent. Leur mission est de lutter contre les mécanismesd’exclusion sociale et culturelle en favorisant la participation et l’autonomie des personnes3.

Directrice du CASG Wolu-Services4, Corinne Huygens tire la sonnette d’alarme : « L’Europe s’est fixé l’objectif d’éradiquer lapauvreté d’ici 2010. On en est loin. La pauvreté ne cesse de croître. La cause principale c’est bien sûr l’emploi mais sur le terrain nous constatons deplus en plus que les gens basculent dans la précarité ou la pauvreté en raison des loyers trop élevés », dit-elle. Et Corinne Huygens d’ajouter :« La ministre Françoise Dupuis en charge de l’Urbanisme et du Logement nous a promis 5 000 logements sociaux et moyens alors que 28 000 ménages attendent depuis longtemps unlogement social. Sans parler de tous ceux qui renoncent à s’inscrire, découragés par le nombre d’années d’attente. » Ce constat ne semble pourtantpas décourager l’abbé Van der Biest qui déclarait à la conférence de presse « que le Plan Logement était en bonne voie et que la ministre Dupuislui avait assuré que plus des deux tiers des permis de bâtir avaient été ou étaient sur le point d’être signés ». Quoi qu’il en soit,une politique volontariste de construction de logements en nombre suffisant demandé à cor et à cri par le secteur des travailleurs sociaux serait une des réponsesadéquates à la montée de la pauvreté. Selon Corinne Huygens, seules des mesures d’envergure et immédiates pourraient soulager les personnes en souffrance :augmenter les salaires ou les revenus d’insertion d’une part et mettre en place une politique efficace de blocage des loyers de l’autre.

Autre structure qui travaille avec les personnes en difficulté sociale, les 14 maisons d’accueil qui offrent quelque 614 lits à un public très divers (femmes avec ousans enfants, victimes de violences conjugales, personnes seules, mineurs en rupture familiale, personnes sortant de prison, etc.). Mais leur mission ne se résume pas àl’hébergement, qui peut d’ailleurs aller d’une nuit à plusieurs mois, car les maisons d’accueil proposent également un accompagnement psychosocial etadministratif des personnes en difficulté. Christine Vanhessen, directrice de l’Association des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri5 (AMA)attire d’ailleurs notre attention sur le fait que la situation s’aggrave : « Il est de plus en plus fréquent de rencontrer en maison d’accueil des personnes atteintesde troubles psychiques qui ne trouvent pas d’accueil dans des structures adaptées, des sans-papiers que nous n’avons pas le droit d’héberger. De plus, les MA sontpleines car nous ne trouvons plus de logement pour les gens. »

Donner de la cohésion aux politiques en faveur des sans-abri

Les politiques de lutte contre la pauvreté en œuvre à Bruxelles manquent de cohésion et sont conçues et mises en place par pas moins de trois pouvoirs : la Cocof,la VGC et la Cocom. Dans un souci de plus grande cohérence, le ministre Emir Kir a annoncé la création d’une structure faîtière, le Centre d’appui ausecteur des sans-abri, qui doit assurer une plus grande cohérence et complémentarité entre les différentes in
stitutions d’aide aux personnes sans-abri. « Ceservice accessible 24 heures sur 24 via un numéro vert, explique le ministre en charge de l’Action sociale, a pour missions notamment d’informer toute personne confrontéeà une situation de détresse sociale, d’orienter les personnes vers les places disponibles dans les différentes structures et de permettre un échange de savoir etd’expériences entre les différents services concernés. » (cf. Alter Échos n°232 sur ce sujet). Rendez-vous le 17 octobre 2008 pour dresser un bilan,espérons-le, moins catastrophique ?

Les dernières statistiques au niveau belge

À l’occasion de la « Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté » du 17 octobre, la Direction générale Statistique et Informationéconomique du SPF Économie a dressé le profil de la population pauvre. La pauvreté concerne les personnes isolées dont les revenus ne dépassent pas 822 eurospar mois et les ménages (2 adultes et 2 enfants) ayant des rentrées inférieures à 1 726 euros par mois. 5 000 ménages ont répondu quant à leursrevenus et conditions de vie. En Belgique, 1 personne sur 7 est pauvre (14,7 %) mais le SPF va plus loin dans ses constats. Détails…

Les inactifs, population à risque à 86 %

Évidemment, le risque de sombrer dans la pauvreté est plus important en fonction de sa situation professionnelle ou sociale. Selon l’enquête, qui se base sur des donnéesrécoltées en 2005 au niveau européen, les inactifs (chômeurs, minimexés, pensionnés, etc.) représentent la population la plus à risque avec plusde 86 % des chances, – si l’on peut parler de chance… –, de devenir pauvre et de vivre avec moins de 822 euros par mois. Pour rappel, les inactifs représentent 52 % de lapopulation dite active.

Les femmes sur la corde

Les femmes sont plus nombreuses au sein de la société et également plus sensibles aux modifications de leur statut social. Pour elles, le risque d’un jour sombrer dans lapauvreté est de 53 %.

Le locataire davantage que le propriétaire

« Il apparaît frappant, constate le SPF Économie, que plus de la moitié de la population en risque de pauvreté habite dans un logement pris en location alors que leslocataires ne représentent que 26 % de la population globale. »

Les isolés et les ménages avec des enfants : attention ! Les isolés ne comptent que pour 14 % de la population belge. Cependant, à ce stade aussi, le risque de vivre unjour sous le seuil de pauvreté est de 21 %. « Si l’on observe les différents types de ménages, on remarque que près de 14 % des personnes en risque de pauvreté fontpartie d’une famille monoparentale, alors que ces familles représentent moins de 6 % de la population totale », fait également remarquer l’enquête. De plus, « les ménagesavec des enfants sont plus souvent représentés dans la population pauvre, ce qui est surtout le cas pour les familles nombreuses (3 enfants ou plus). »

La pauvreté se transmet

Des difficultés, dès le plus jeune âge. Selon l’enquête, « plus de la moitié des personnes pauvres vivaient dans un ménage confronté à desdifficultés financières quand elles avaient 14 ans, contre 34,8 % pour les personnes qui ont actuellement un revenu supérieur au seuil de pauvreté ».

Conclusion. « Les femmes, les enfants de moins de 16 ans et les personnes de plus de 65 ans mais aussi et surtout les inactifs, chômeurs, pensionnés ou autres, sont égalementsurreprésentés dans la population à risque », constate l’ex-Institut national de statistique. Les personnes vivant sous le seuil de pauvreté dépensent en moyenne 40 % de moins que les autres. Elles réalisent des économies sur tous les postes, à l’exception du tabac et grappillent surtout sur les dépenses de loisirs, les voyageset le transport privé : elles y consacrent 50 à 60 % de moins que le Belge moyen.

Les chiffres viennent d’être rendus publics par la Direction générale Statistique du Service public fédéral Économie. Vous pouvez consulter l’article dansson intégralité sur :
http://www.statbel.fgov.be/press/pr106_fr.pdf

1. Pour plus d’informations sur la journée : http://17oktober.be/.

2. Le troisième baromètre social élaboré par l’Observatoire de la santé et du social est disponible sur le site : www.observatbru.be dans la rubrique « News » (homepage). Il n’est pas prévu de publication « papier » de ce document.

Le Baromètre social paraît chaque année, c’est une partie du Rapport bruxellois sur l’état de la pauvreté. L’objectif du baromètre social estde pouvoir suivre l’évolution de la situation socio-économique des Bruxellois. Il s’agit avant tout d’un outil d’aide à la décision politique.

3. Pour plus d’infos sur les CASG : www.fcss.be/fcss.php.

4. Il existe dix Centres d’action sociale globale répartis sur l’ensemble du territoire bruxellois (Centre de Services et d’Aide à Domicile, Centre de Service Social BruxellesSud-Est, Entraide des Marolles, Espace P, Espace Social Télé-Service, Ligue des Familles-CASG, Service Social Juif, Solidarité Savoir, Tels Quels-Maison Associative etWolu-Services).

5. AMA :
– adresse : rue Gheude, 49 à 1070 Bruxelles
– tél. : 02 513 62 25
– site : http://www.ama.be/ama/nos-positions-nos-reactions.

nathalieD

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