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200 000 PC : l’opération e-Day prend l’eau

Début 2002, les ministres Onkelinx et Daems annonçaient l’opération préparée par l’État fédéral pour distribuer, en deuxà quatre ans, 200 000 ordinateurs connectés à Internet aux Belges les plus pauvres. Aujourd’hui, tout reste encommissionné.

28-07-2005 Alter Échos n° 139

Début 2002, les ministres Onkelinx et Daems annonçaient l’opération préparée par l’État fédéral pour distribuer, en deuxà quatre ans, 200 000 ordinateurs connectés à Internet aux Belges les plus pauvres. Aujourd’hui, tout reste encommissionné.

De l’idée aux contraintes

D’abord s’est posée la question des opérateurs technologiques : avec quelle entreprise travailler ? L’idée d’un consortium rassemblant quelques grosacteurs économiques (producteurs et distributeurs de matériel et de logiciels) dont Belgacom et Microsoft a vite été oubliée : des appels d’offreeuropéens ont dû être lancés (le premier le 29 mars 2002) à la suite des pressions de certaines des entreprises qui ne faisaient pas partie de ce « premiercercle »… et qui criaient à l’effet d’aubaine (v. Le Soir du 2 nov. 02). Mais en passer par un appel d’offre au lieu d’un partenariat public privérendait l’opération inéligible pour un prêt (de 60 millions d’euros) auprès de la Banque européenne d’investissement. Le gouvernementbétonnait toutefois une enveloppe budgétaire de plusieurs millions d’euros en octobre.

Puis c’est au niveau de la distribution que cela s’est mis à gripper : d’abord ont été imaginés un chèque-PC et un chèque-connexion.Quatre publics prioritaires étaient fixés :

> les bénéficiaires du droit à l’intégration sociale,

> les chômeurs en formation professionnelle,

> les bénéficiaires du prêt-chômeur et du Rosetta-indépendant,

> les familles à bas revenu.

> Un petit quota de PC est aussi réservé pour les CPAS qui voudraient ouvrir des cyber-centres.

Les chèques-PC (un par ménage) valent une réduction de 320 à 750 euros sur l’achat d’un ordinateur, selon la catégorie de bénéficiairesà laquelle on appartient ; et le chèque-connexion vaut 10 euros par mois, pendant 18 mois.

Si la Poste joue les intermédiaires entre bénéficiaires et entreprises, il reste à savoir comment faire les choix concrets. Ce sont finalement bien peud’ordinateurs qui sont disponibles au vu du nombre de personnes éligibles. Ainsi, à Bruxelles, 1 846 chèques-PC et 137 chèques-connexion pour les 17 000chômeurs en formation… La question est en fait renvoyée aux régions. Nouveau blocage à ce niveau, ces derniers mois : même ainsi, la Flandre estime que leprojet e-Day empiète sur ses compétences. Ce n’est pas, selon elle, au fédéral de le financer. Hasard ou pas, le ministre Daems aurait oublié d’inscrirela base légale du projet dans la loi de décembre, et elle devrait se retrouver dans celle qui est en cours de finalisation si le Conseil d’État y réserve un accueilpositif. Il n’en reste pas moins que même ainsi, l’opposition du gouvernement a de fortes chances de signifier l’abandon de l’ensemble du projet.

Questions de terrain

En attendant, en lisant « L’insertion » de mars, le bulletin de liaison de la Febisp, on apprend que les régions – ou en tout cas Bruxelles-Capitale – ontdéjà pris les devants. Ainsi, dans la capitale, c’est l’asbl Banlieues (pilotée par Alain Leduc, échevin saint-gillois) qui doit programmer la distribution etl’accompagnement en rassemblant les partenaires de l’insertion socioprofessionnelle.1

Pour la Febisp, « On est loin de ce qui était décrit dans la presse comme un projet visant à équiper des ménages défavorisés en PCconnectés et ce pour une somme dérisoire ! En réalité, on imagine que les problèmes de sélection des bénéficiaires se réglerontd’eux-mêmes à la suite du désistement de nombreuses personnes issues du public cible incapables d’assumer financièrement ce cofinancement. Le projets’adresse en réalité à une frange assez étroite de la population qui sera assez “pauvre” pour entrer dans les critères, et en même tempsassez “riche” pour contribuer. »

La question des compétences minimales pour l’utilisation du matériel, condition nécessaire à l’obtention des chèques, est aussi renvoyée auxrégions. Une formation de base serait donc nécessaire, et devrait permettre aussi de faire les bons choix à l’achat, ainsi que de remédier seul aux pannes les plusfréquentes.

1. Voir « L’insertion » sur le site Web http://www.febisp.be

Thomas Lemaigre

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