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Social et santé

Primo-arrivants : où t’es, Bapaoutai?

Miguel Discart -CC BY-SA 2.0
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  • Par Cédric Vallet
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Les deux bureaux d’accueil bruxellois francophones pour primo-arrivants (Bapa) vont ouvrir très prochainement. Ils devraient permettre d’accueillir 4.000 personnes par an. Quelles seront leurs relations avec le monde associatif bruxellois? Comment feront-ils face à la demande si le parcours d’accueil devient obligatoire?

À Noël, les primo-arrivants devraient recevoir deux gros cadeaux d’une valeur de plus de 1,5 million d’euros chacun.

C’est en effet le 24 décembre que les deux bureaux d’accueil pour primo-arrivants (Bapa), choisis et financés par la Commission communautaire francophone (Cocof), sont censés voir le jour. La date approche à grands pas. «Nous travaillons d’arrache-pied pour tenir ce délai», affirme Vincent Vanhalewyn (Écolo), premier échevin de Schaerbeek et président de VIA, l’asbl retenue pour mettre sur pied le Bapa de Schaerbeek et de Molenbeek.

«Mais la tâche est titanesque, ajoute-t-il, il faut engager un directeur, puis embaucher entre 20 et 25 personnes, il a fallu trouver deux lieux.» Les Bapa devront aussi construire un réseau avec des opérateurs de français, réfléchir au contenu des «formations en citoyenneté» qu’ils prodigueront, savoir vers qui se tourner en fonction des besoins individuels de chaque primo-arrivant.

À Bruxelles-ville, c’est l’asbl Bapa-BXL, proposée par la Ville et le CPAS, qui aura la tâche d’accueillir les primo-arrivants. Impossible de savoir où en est l’élaboration du projet. Du côté de Pascale Peraïta, qui chapeaute pour l’instant la mise en œuvre du service, c’est silence radio.

 

 

Grâce à ces deux bureaux d’accueil, Bruxelles-capitale devrait être en mesure de proposer un parcours d’accueil francophone à 4.000 primo-arrivants, 2.000 par Bapa. Si l’on intègre dans le calcul les primo-arrivants qui choisissent le parcours flamand – prodigué par l’asbl BON –, ce sont plus de 7.500 primo-arrivants qui bénéficieront d’un accompagnement en région bruxelloise.

Certes, ces chiffres sont très éloignés de la réalité démographique de la capitale qui voit s’installer chaque année de 40.000 à 45.000 personnes étrangères – dont près de la moitié d’Européens.

Mais un effort budgétaire conséquent a été consenti par la Commission communautaire française (Cocof), notamment face à l’afflux important de demandeurs d’asile en Belgique, qui pour beaucoup sont de futurs réfugiés. «Les réalités brutales à la une de l’actualité montrent que l’accueil des primo-arrivants est capital pour le bon fonctionnement d’une région», avait déclaré Rudi Vervoort, ministre président de Bruxelles-capitale en septembre.

C’est effectivement en septembre, alors que des réfugiés dormaient à la rue, que l’ouverture d’un second bureau d’accueil a été annoncée par le gouvernement francophone bruxellois (cfr encadré).

Cet effort est accompagné de rallonges pour les opérateurs de français langue étrangère qui seront impliqués dans le second volet du parcours.

 

 

L’obligation implique des moyens

Si l’effort financier pour le parcours d’accueil est salué par le monde tant associatif que politique, il est largement relativisé lorsqu’on l’évalue à l’aune du débat sur la nécessité ou non de rendre obligatoire un tel parcours.

La Cocof, seule, ne peut pas décider de contraindre les primo-arrivants à suivre le parcours.

Pour ce faire, un accord avec les néerlandophones de Bruxelles doit être trouvé dans le cadre de la Commission communautaire commune.

Le principe de l’obligation a été acté dans l’accord de gouvernement, «pour la dimension linguistique ou pour l’ensemble du parcours». Un projet d’ordonnance devrait être déposé en ce sens avant la fin de l’année, même si on ne connaît pas, pour l’instant, l’étendue de cette obligation. «L’idée est bien qu’il n’y ait qu’un cadre commun pour les primo-arrivants à Bruxelles. Un parcours qui sera en français ou, peut-être aussi, en néerlandais. Quant à l’étendue de l’obligation, rien n’est encore décidé», affirme David Cordonnier, du cabinet de Rudi Vervoort.

«Quelque chose ne colle pas, estime Jonathan Unger, du Centre bruxellois d’action interculturelle. D’un côté, on ouvre 8.000 places dans des bureaux d’accueil, de l’autre on souhaiterait rendre le parcours obligatoire.»

Accueillir les primo-arrivants, c'est aussi une manière de contrer le discours sur les "envahisseurs"

Accueillir les primo-arrivants, c’est aussi une manière de contrer le discours sur les « envahisseurs »

Car même en imaginant que le nombre de primo-arrivants concernés par l’obligation ne serait que de 20.000 par an (en gros: les non-Européens), cela laisserait 12.000 personnes sur le carreau. Un écart que n’a pas manqué de souligner l’opposition.

«Si on ouvre une obligation, on ouvre un droit pour tous, détaille Sylvie De Terschueren, du Ciré. Sans moyens suffisants, l’obligation est perverse, car elle devient excluante.» Elle impliquerait, en tout cas, de «sélectionner» les primo-arrivants prioritaires en fonction de critères objectifs.

On ne sait pas exactement quels seront ces critères mais Rudi Vervoort, interrogé sur Télé Bruxelles, a déclaré que sa priorité numéro un était l’accès à l’emploi. Ce que confirme David Cordonnier: «Certains primo-arrivants sont dans des dynamiques d’emploi ou de formation, ils n’ont pas besoin de beaucoup d’accompagnement», nous dit-il, en ajoutant qu’une obligation implique aussi «l’obligation de mettre les moyens».

Une obligation qui bien souvent gêne les acteurs associatifs qui s’apprêtent, pour certains, à s’intégrer dans le dispositif Bapa.

Associations aux aguets

Le monde associatif bruxellois suit avec beaucoup d’attention la mise en place des bureaux d’accueil. Car les Bapa sont appelés à devenir les points névralgiques d’un réseau d’opérateurs qui graviteront autour des primo-arrivants.

C’est même là l’un des enjeux de ce parcours: comment les différentes associations qui accompagnent les étrangers vont articuler leur travail avec les Bapa. «À Bruxelles, on a tout fait à l’envers par rapport à l’Inburgering flamand (parcours d’intégration flamand, NDLR), où le parcours a été décidé puis les structures correspondantes ont été créées, rappelle Sylvie De Terschueren. Ici beaucoup de choses se font déjà, le parcours vient après coup, il faudra articuler les initiatives.»

Pour toutes les facettes de l’accompagnement social du primo-arrivant, c’est bien le Bapa qui sera responsable. Toutefois, celui-ci pourra orienter les personnes vers des services spécialisés, en fonction de leurs difficultés. On pense ici à l’aide juridique pour un regroupement familial ou l’accompagnement à la recherche d’un logement.

Plusieurs de ces associations spécialisées connaissent des difficultés. Comme nous l’évoquions dans un précédent numéro d’Alter Échos («Insertion et intégration sous pression», n°411), elles subissent de plein fouet des baisses budgétaires issues du fédéral ou de changements dans les critères d’affectation de budgets européens. Il y a peu de chances que ces associations bénéficient des mannes du parcours d’accueil à moins qu’elles ne se lancent dans des cours de langue ou dans des formations à la citoyenneté.

Quel apprentissage du français?

La Cocof a débloqué 2,1 millions d’euros pour financer des opérateurs en français langue étrangère dans le cadre du parcours d’accueil. Cette somme devrait être distribuée à la suite d’un appel à projets dont la diffusion est imminente.

Leur objectif sera d’amener les primo-arrivants vers un niveau «A2» du cadre européen commun de référence pour les langues1.

L’inquiétude règne dans un secteur disparate composé à la fois de petites associations reposant sur un socle de bénévoles, qui travaillent dans le cadre de la cohésion sociale; de plus grosses associations comme Lire et Écrire qui ancrent leur enseignement dans une vision «émancipatrice» de l’individu; et d’autres structures, comme Bruxelles-Formation ou des instituts de promotion sociale, dont les cours de langues visent à l’insertion socioprofessionnelle.

(…) certaines associations s’inquiètent qu’une participation au parcours d’accueil ne les pousse à délaisser un public qui n’est pas couvert par le décret(…)

Une association comme Lire et Écrire, pourtant incontournable dans le secteur, hésite à participer au parcours d’accueil. Selon Anne-Chantal Denis, coordinatrice de Lire et Écrire à Bruxelles, «le cadre européen des langues n’est pas dans notre logique, car il a été prévu pour des personnes scolarisées». De plus, arguent plusieurs associations, il serait impossible pour une personne qui n’a jamais fréquenté l’école d’atteindre le niveau A2 en 250 heures.

Au-delà de ces enjeux propres à l’alphabétisation, les petites associations comme Maître-mot à Ixelles ou Formosa à Bruxelles craignent que l’appel à projets ne bénéficie qu’aux grosses structures inscrites dans une dynamique d’insertion socioprofessionnelle. Ce sont les seules, ou presque, qui ont les épaules assez larges pour assurer le volume horaire hebdomadaire mentionné dans le décret, pour proposer un enseignement réalisé par des professionnels et qui, de surcroît, possèdent une infrastructure conséquente. Sans compter que le décret cadrerait fortement leurs pratiques, ce que craignent certaines petites associations ayant peur de perdre leur autonomie et qu’accueillent avec bienveillance d’autres structures (comme le Ciré par exemple), qui se réjouissent de l’intérêt pour les primo-arrivants d’une harmonisation des enseignements.

Enfin, certaines associations s’inquiètent qu’une participation au parcours d’accueil ne les pousse à délaisser un public qui n’est pas couvert par le décret sur les primo-arrivants, les sans-papiers en sont un exemple. Un écueil qui serait encore plus important si la participation au parcours devenait obligatoire.

Ce qui est certain, c’est que le cabinet de Rudi Vervoort a une option en tête assez claire, si l’on en croit les propos de David Cordonnier: «À partir du moment où on accueille ces primo-arrivants, ils ont droit au meilleur. L’objectif des cours de langues en cohésion sociale n’est pas le même objectif que dans le cadre du parcours d’accueil. En cohésion sociale, la langue est un outil pour le mieux-vivre ensemble, ici l’objectif est de permettre aux gens de connaître la langue au niveau A2 pour une intégration dans toutes les sphères de la société, y compris professionnelle.»

En attendant les cours de langues, il y en a deux qui seraient bien inspirés… de prendre langue, ce sont justement VIA et Bapa-BXL. Car l’enjeu de la coordination de l’offre est important. Et pour l’instant, l’échevin de Schaerbeek affirme avoir écrit au cabinet de Rudi Vervoort pour qu’une concertation «avec Bapa-BXL et BON» se mette en place. «Une lettre qui est restée sans réponse», ajoute-t-il. Mais David Cordonnier se veut rassurant: «Des choses devront se mettre en commun, mais cela n’a pas lieu maintenant. La volonté de chacun est de travailler ensemble au plus vite.» Alors, y aura-t-il deux Bapa-Noël? Du côté bruxellois, on envisage de sortir du mutisme ces «prochaines semaines» lors d’une «conférence de presse» sur l’avancement du Bapa de Bruxelles-ville. Peut-être une bonne surprise en vue.

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