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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Social et santé

Grossesse et toxicomanie : un couple impossible ?

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Quand on parle de grossesse et d’addiction, il est difficile de se départir d’un sentiment de malaise, tant la mère et l’enfant semblent vulnérables. Rencontre avec deux services qui assurent un suivi psycho-médico-social de (futurs) parents toxicomanes. Le fil rouge de leur action : le soutien à la parentalité

Rue Haute, à Bruxelles, en face de l’Hôpital Saint-Pierre : l’Espace Alizés, espace d’accueil du service Parentalité-Addiction du CHU1. Quelques pièces douillettes et colorées. L’équipe y accueille, quatre jours par semaine, des (futurs) parents toxicomanes et leurs enfants. Femmes enceintes, mamans avec leur ribambelle de bambins viennent y chercher réconfort, grignoter un morceau ou boire un café. « Il y a parfois des dérives ici, comme dans tout regroupement de toxicomanes, des plans qui se chuchotent, sourient Anne Robert et Alexandra Delcroix. Mais cet espace est avant tout un vrai outil de travail. C’est un lieu contenant, où règne un climat de bienveillance. En faisant avec ces personnes l’expérience de la permanence du lien, on fait le pari que cela aura des effets sur leurs relations avec leurs enfants. »

Pour toutes ces femmes, qu’elles soient sous méthadone et stabilisées, vivent en rue et consomment activement ou qu’elles abusent de médicaments, la survenue d’une grossesse est un moment charnière. « C’est souvent un passage difficile, expliquent les deux travailleuses psychosociales. Elles se rendent compte de tout leur parcours de vie, de leur toxicomanie. » D’autant plus que la grossesse est souvent inattendue. « La plupart du temps, ces femmes ne se rendent pas compte tout de suite qu’elles sont enceintes. Les héroïnomanes ont souvent des aménorrhées et les premiers signes de grossesses sont un peu les mêmes que ceux du manque : nausées, étirements… Elles arrivent donc chez nous assez tardivement. » Ce qui raccourcit considérablement le temps de préparation à la naissance qui doit être mis à profit pour mettre en place un suivi obstétrical, psychologique et social.

Quand on arrive au service parentalité du Centre Alfa2 à Liège (service de santé mentale spécialisé dans les problématiques de toxicomanie), la première étape consiste en une information sur les impacts des drogues sur le fœtus. Les idées reçues sont battues en brèche. « On s’est aperçu que les futurs parents connaissaient très mal ces effets, explique Magali Crollard, coordinatrice. Si le tam-tam fonctionne bien parmi ces populations, ce sont aussi les mauvaises représentations qui circulent. » Des mauvaises représentations qui peuvent avoir des conséquences douloureuses : certaines héroïnomanes, par exemple, stoppent brutalement leur consommation, ce qui peut entraîner la mort du fœtus. Autre croyance dont il faut se défaire : ce n’est pas la population héroïnomane qui est la plus problématique, puisque ni la méthadone ni l’héroïne de rue (NDLR si elle n’est pas coupée) ne causent de malformations chez les fœtus. L’alcool et la cocaïne sont en fait beaucoup plus nuisibles. « L’alcool est la première cause de débilité mentale en Europe, rappelle Magali Crollard. Pourtant sa consommation est encore parfois banalisée et l’alcoolisme féminin est souvent plus latent, caché ».

Bébés en manque

Les stéréotypes ont aussi la vie dure chez les professionnels. Certaines maternités demeurent démunies face à ces situations, notamment en ce qui concerne la gestion des traitements de substitution. D’autres stigmatisent encore ces publics fragilisés. « Entre 1994 (NDLR date de la création du service parentalité du Centre Alfa) et aujourd’hui, note néanmoins Magali Crollard, il y a eu une grande évolution dans les maternités avec lesquelles on travaille. Elles jugent moins. Il y a 20 ans, on ne faisait pas du tout confiance à ces parents, en leurs compétences, en leurs capacités d’observation de leur bébé. Or à part une part d’entre eux qui sont très déstructurés, ils sont très inquiets de l’évolution de leur bébé. » Un vaste chantier de sensibilisation et de formation auprès des professionnels hospitaliers et de l’ONE a été lancé par les deux associations.

Si l’usage de certaines drogues a parfois moins d’impact qu’on ne l’imagine sur le développement in utero, la plupart des nourrissons vivent à la naissance un moment peu enviable : la sensation de manque (ou syndrome du sevrage), qui se manifeste par des pleurs, coliques, diarrhées… et qui peut durer de quelques semaines à quelques mois. « Souvent les femmes idéalisent le moment de la naissance et la relation mère-bébé, expliquent Anne Robert et Alexandra Delcroix. Or un bébé en sevrage est un bébé difficile, irritable. Les interactions sont difficiles. Les mamans se sentent alors très coupables, car elles connaissent cette douleur. » Une médication est mise en place pour permettre au nouveau-né de vivre cette période de manière confortable, mais elle nécessite pas mal d’ajustements. « On travaille beaucoup pour mobiliser la maman et pour qu’un lien se crée. Son rôle est primordial : par le peau à peau, le fait d’être contenante avec leur bébé, elles peuvent adoucir ces souffrances », continuent Anne Robert et Alexandra Delcroix.

Ne pas couper le cordon

Au sein de l’association bruxelloise, ce lien est déjà cultivé pendant la grossesse, au cours de séances d’haptonomie avec une sage-femme. « Dès le début, notre sage-femme essaye de voir avec la mère quelle conscience elle a de son bébé. Elle travaille sur le corps, un corps souvent abîmé, qui a longtemps été dans la survie. Se réapproprier ce corps, c’est très important, cela aura une influence sur les soins à donner au bébé… » Dès la naissance, « on essaye que les premières relations soient le plus optimales possible. On évalue avec les mamans leurs compétences, on explore leurs ressources personnelles, leur réseau social, et on réfléchit à un projet de sortie. » Que ce soit à domicile, avec un accompagnement intensif, ou si elles sont plus fragiles, dans une unité mère-enfant par exemple.

« En 1994, les enfants de parents consommateurs de drogues illicites étaient systématiquement séparés de leurs parents à la naissance, se remémore quant à elle Magali Crollard. Cela nous posait vraiment question. Car cette rupture précoce peut créer des problèmes psychologiques chez l’enfant. D’autre part, ce n’est pas parce que l’on consomme que l’on est un parent inadéquat. » Il y a en effet autant de manières d’êtres parents que de parents. Même quand on est consommateur de drogues. Et si le placement se révèle nécessaire, les deux associations s’attachent à ce que la relation entre l’enfant et sa famille d’origine puisse continuer à se développer le plus harmonieusement possible.

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