Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+ Impression

46% des subventions culturelles vont à Bruxelles

Alter Échos n° 395 21 janvier 2015 Pierre Jassogne

L’accès culturel en Fédération Wallonie-Bruxelles n’est pas garanti partout et de la même façon à tous les citoyens francophones. Le constat n’est pas neuf, mais il mérite d’être rappelé.

Doit-on encore l’écrire? La Fédération Wallonie-Bruxelles regorge de talents. Et si favoriser les conditions de la création artistique est indispensable, encore faut-il la faire connaître au plus grand nombre par une diffusion accrue grâce à un développement culturel territorial cohérent. Un objectif d’ailleurs rappelé dans la Déclaration de politique communautaire pour cette législature.

Pourtant, la répartition des dépenses culturelles par province1 met en évidence de très grosses différences: non seulement sur l’offre proposée aux citoyens francophones, mais aussi sur les moyens financiers mis à disposition à travers le territoire de la Communauté française.

D’abord, ce constat, celui de l’importance de la Région bruxelloise. Ainsi, 46% des subventions culturelles sont destinées à des opérateurs siégeant dans la capitale, ce qui représentait en 2013 plus de 131 millions d’euros. Viennent ensuite Liège avec 20% des subventions et le Hainaut avec 19%. Et avec «seulement» 7,8 millions d’euros, la province de Luxembourg ne perçoit que 3% des subsides culturels de la part de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Ensuite, par habitant, la subvention moyenne de la Fédération Wallonie-Bruxelles est de 63 euros. Mais d’une région à l’autre, les différences sont grandes, là aussi. Si, dans la capitale, la subvention par Bruxellois francophone est de 124 euros, elle est seulement de 45 euros par citoyen wallon. En outre, on dénombre également des disparités importantes puisque seule la province de Liège est au-delà de la moyenne wallonne avec 58 euros quand les Luxembourgeois ne perçoivent que 28 euros par habitant.

La subvention moyenne par bénéficiaire et par province atteignait en 2013 la somme de 114.000 euros, avec un maximum dans le Hainaut où la moyenne par bénéficiaire était de 129.000 euros, suivi de près par Bruxelles et Liège, avec respectivement 127.000 euros et 115.000 euros. Par contre, dans les provinces de Luxembourg et du Brabant wallon, les structures bénéficiaires ont perçu en moyenne 72.000 euros. Quant au nombre de bénéficiaires, il varie lui aussi d’une province à l’autre: alors qu’ils sont 996 dans la capitale, on en dénombre 1.488 dans le sud du pays. À noter aussi qu’entre 2011 et 2013, l’évolution des dépenses culturelles par province est restée relativement stable.

Diversité culturelle vs déséquilibre entre provinces?

Les dépenses par province sont aussi révélatrices d’autres disparités territoriales: pour le secteur des arts de la scène, Bruxelles et Liège se partagent à elles deux 70% des subsides. Pour le secteur des lettres, le Hainaut occupe la première place du podium avec 30% de subsides, directement suivi par Bruxelles. Pour le secteur de la jeunesse et de l’éducation permanente, la capitale englobe à elle seule près de 55% des subsides. Quant aux arts plastiques et au patrimoine, la province de Hainaut est largement en tête avec 55% des subsides. Cela s’explique notamment par le poids de certains opérateurs majeurs, dont le rayonnement dépasse largement leur lieu d’implantation (cela influence d’ailleurs considérablement la subvention moyenne par habitant). L’action du Théâtre National dépasse Bruxelles, tout comme l’Opéra royal de Wallonie et l’Orchestre philharmonique de Liège rayonnent bien au-delà de la province de Liège, et les activités de Charleroi-Danses et du MAC’S ne s’arrêtent pas au Hainaut.

Tout cela reflète la pluralité des réalités culturelles de nos provinces. On doit évidemment s’en réjouir, même si les écarts entre Bruxelles et la Wallonie sont importants, surtout dans des provinces moins densément peuplées. Du côté du cabinet de la ministre de la Culture, Joëlle Milquet, on nous le rappelle cependant: il est tout à fait normal qu’il n’y ait pas une logique unique pour chacun d’eux, mais au contraire que l’action publique s’adapte à la diversité de leurs réalités, de leurs opérateurs, de leurs artistes…

 

 

1. Chiffres tirés du site www.culture.be et de sa publication Focus Culture, rapport d’activités annuel de l’administration générale de la culture.

A la Une