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Vers la création d’une faculté des sciences de religieuses islamiques en Flandre ?

Hasard de l’actualité ou non, c’est à quelques jours du meurtre du cinéaste néerlandais Théo Van Gogh que la Fondation Roi Baudouin aprésenté un rapport qui fait l’état des lieux sur l’Islam dans notre pays. Intitulé « Mosquées, imams et professeurs de religion islamique enBelgique. État de la question et enjeux »1 l’étude a été réalisée par deux universitaires : Meryem Kanmaz (Université de Gand)et Mohamed El Battiui (Université libre de Bruxelles). Concernant cette même question, deux parlementaires du SP.A ont mis sur la table l’idée que la Flandre forme sespropres imams et professeurs de religion. Une idée qui suscite le débat à l’Université d’Anvers (UA).

15-12-2004 Alter Échos n° 176

Hasard de l’actualité ou non, c’est à quelques jours du meurtre du cinéaste néerlandais Théo Van Gogh que la Fondation Roi Baudouin aprésenté un rapport qui fait l’état des lieux sur l’Islam dans notre pays. Intitulé « Mosquées, imams et professeurs de religion islamique enBelgique. État de la question et enjeux »1 l’étude a été réalisée par deux universitaires : Meryem Kanmaz (Université de Gand)et Mohamed El Battiui (Université libre de Bruxelles). Concernant cette même question, deux parlementaires du SP.A ont mis sur la table l’idée que la Flandre forme sespropres imams et professeurs de religion. Une idée qui suscite le débat à l’Université d’Anvers (UA).

Le rapport réalisé pour le compte de la Fondation Roi Baudouin explique que les autorités belges ont aujourd’hui pris conscience de l’importance de trouver unmoyen de former les imams dans le pays. En effet, aujourd’hui encore, la majorité des imams actifs dans les mosquées belges proviennent d’Afrique du Nord. Ils sont doncsouvent en décalage, à la fois linguistique et culturel, par rapport à la communauté musulmane à laquelle ils s’adressent ici. Interrogée par nosconfrères du Standaard, Meryem Kanmaz explique que « notre enquête au sein de la communauté musulmane de Flandre montre que les musulmans de la deuxième ettroisième générations sont demandeurs d’imams qui parlent non seulement leur langue, mais qui sont aussi conscients des réalités qu’ils vivent dans lasociété qui est la leur ». La formation des imams apparaît donc comme le problème le plus criant.

Imams à la sauce européenne

La solution, deux parlementaires socialistes flamands, Ludo Sannen et Cemal Cavdarli, pensent l’avoir trouvée : créer une faculté des sciences de religion islamique.Objectif ? Former des imams à « l’européenne » et, ce faisant, freiner à la fois les influences étrangères (dont les extrémistes oufondamentalistes) et l’immigration d’imams dits « officiels ». Si Meryem Kanmaz soutient l’idée, elle plaide pour une faculté qui travaillerait enétroite collaboration avec les autres facultés de sciences humaines. « L’idéal serait que les étudiants suivent les cours généraux ensemble etque les cours portant sur le coran soient donnés par la faculté en question. » Aussi, elle prévient qu’une telle faculté ne verrait pas le jour avant unepériode de 5 ans. « Temps nécessaire à la mise en place d’un tel projet si tous les acteurs se mettent autour de la table dès maintenant. » En effet, lemonde musulman n’est pas aussi uni que d’aucuns pourraient le penser. « La faculté devrait obtenir l’aval des différentes tendances qui composent le mondemusulman. Un élément qui n’est pas gagné d’avance. Enfin, cette faculté devrait travailler de pair avec les universités du monde musulman telles quecelle d’Istanbul. »

Université d’Anvers : fera, fera pas

Mais où créer cette faculté ? C’est dans les pages du Standaard que le débat a pris place entre, d’une part le président del’Association de l’Université d’Anvers (UA) qui positionnait cette dernière comme le lieu « idéal », de par son pluralisme, pour ledéveloppement d’une telle faculté. Et de l’autre côté, le recteur de l’UA, Francis Van Loon, qui s’oppose à l’idéeavançant que ce n’est pas à l’université de former des imams, « pas plus que l’on ne forme des prêtres ou des rabbins ».

Absence de contrôle

Enfin, en ce qui concerne les professeurs de religion islamique, le rapport montre qu’au cours de l’année scolaire 2001-2002, ce sont plus de 20.000 élèvesflamands qui ont suivi le cours d’islam donné par 297 enseignants. « En ce qui concerne ces enseignants, une régularisation s’impose. Certains ne maîtrisent pasparfaitement la langue néerlandaise. Mais prendre des mesures à leur égard n’est pas si simple vu l’âge déjà avancé d’unemajorité d’entre eux », explique Meryem Kanmaz. À l’heure actuelle la Erasmushogeschool à Bruxelles est le seul établissement à proposer unbaccalauréat permettant d’enseigner ensuite l’islam. « Problème étant que, des enseignantes qui suivent la formation, nombreuses sont celles qui portent levoile ce qui rend difficile la recherche de leur stage ou d’un emploi par la suite. » Et la chercheuse gantoise de continuer : « Aussi le fait qu’il n’existe toujourspas de programme de cours d’islam rend toute inspection difficile. Il est quasi impossible de contrôler la qualité de cet enseignement ».

1. Fondation Roi Baudouin, rue Brederode 21 à 1000 Bruxelles – tél. : 02 511 18 40 –
site : http://www.kbs-frb.be

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