Alter Échosr
L'actualité sociale avec le décodeur

Social

Un toit pour les plus fragiles mentalement

Un logement individuel pour les malades atteints de troubles psychiatriques.

La fondation privée Alodgî vient d’inaugurer, à Ottignies (Mousty), un habitat groupé pour les personnes souffrant de troubles psychiatriques.

Entre rechutes, hospitalisations, intervention de la famille, c’est souvent un long parcours chaotique qui se profile pour les malades atteints de troubles psychiatriques. Avec au bout du compte, ce constat : il manque de lieux posthospitalisation.

Alodgî à Ottignies tente de répondre à ce besoin, en proposant un habitat groupé composé de onze logements individuels à faible consommation d’énergie et une salle polyvalente. La fondation est aussi la première réalisation wallonne inspirée du concept de Community Land trust. Le projet rassemble de nombreux partenaires : Psytoyens, Prévoyance et Santé, le service de santé mentale Entre mots de la clinique Saint-Pierre d’Ottignies, l’agence immobilière sociale du Brabant wallon, l’association Similes qui vient en aide aux proches des patients souffrant de troubles psychiques.

Madame Sautelet fait partie de ces mamans conscientes de l’urgence à trouver une solution pour des adultes empêchés d’accéder à un mode de logement classique, en raison du coût mais aussi du refus de nombreux propriétaires de louer un appartement à « ce type de clientèle ». « Mon fils, âgé de trente-six ans, est atteint de troubles psychiques qui se sont manifestés vers l’âge de dix-huit ans. Il est très difficile, pour lui comme pour ses proches, de faire face à une telle maladie. La question se pose pour tous les parents : comment leur donner le plus d’autonomie possible en respectant leur territoire mais en restant conscient qu’on ne peut tout simplement pas les lâcher. »

Chouette, pas d’Internet !

Avec Alodgî, chacun a son espace tout en pouvant compter sur la solidarité et sur l’intervention hebdomadaire d’un soignant du service de Saint-Pierre. Les résidents partagent le jardin et un espace commun qui semble, tout doucement, répondre à un besoin. « À cause de problèmes de câbles, ils n’ont toujours pas Internet. Grands consommateurs de réseaux sociaux, ayant peu d’activités à l’extérieur, ils se sont vus obligés de se parler, de se rencontrer, de regarder des DVD ensemble ! » Un pas positif pour les plus méfiants, échaudés par leurs longs séjours en hôpital. Et une revalorisation certaine. « Ils sont fiers d’habiter dans un logement neuf, de le montrer à leurs proches et d’y inviter des amis. »

Il n’était pas prévu que le fils de madame Sautelet rentre à Alodgî. Il ne se sentait ni attiré, ni concerné. Mais l’idée a fait son chemin, avec comme argument décisif l’avantage financier. Sa maman s’est portée acquéreur d’un des appartements afin de soutenir, comme d’autres parents, le projet. Lui est locataire d’un autre appartement qui lui convient mieux. Et se déclare ravi d’avoir été le premier arrivant, le premier novembre, sur un site qui affiche complet. D’ores et déjà, Similes Bruxelles a monté un groupe de travail pour mettre sur pied un projet analogue dans la capitale.

Un logement pour se réinsérer

La réponse à apporter à des personnes souffrant de troubles psychiatriques est bien sûr médicale mais passe aussi par une réinsertion sociale où la question du logement s’avère cruciale. Benoît Van Tichelen, psychologue et responsable du service Entre Mots, explique la problématique de ce chaînon manquant qui existait entre institution et immobilier classique. « Il s’agit en fait d’une habitation privée avec accès privilégié aux soins ambulatoires où habitent non plus des patients mais des habitants domiciliés. Le partenariat existant entre Alodgî et le service de santé mentale Entre Mots propose une présence aux logements une fois par semaine, de quoi rencontrer les résidents et déceler une éventuelle rechute. »

Sur onze logements, six restent à ce jour pleine propriété d’Alodgî et sont mis en location, via l’agence immobilière sociale, afin de répondre aussi aux besoins de malades pour qui l’achat est impossible.

Aller plus loin

Alter Échos n° 329 du 18.12.2011 : Troubles psychiatriques et logement : pas facile de faire son nid !

Alter Échos n° 367 du 14.10.2013 : Le Community Land Trust wallon est né

En savoir plus

Alodgî :

– adresse : rue des Fusillés, 20 à 1340 Ottignies

– tél. : 010 43 50 10

Gilda Benjamin

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)