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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les banques alimentaires…

Anderlecht, non loin de la station de métro « Comte de Flandre », des hommes s’affairent derrière de grands clarks dans un entrepôt rempli de palettescontenant les denrées les plus diverses. Ici, des petits sachets de sucre non consommés provenant du Thalys. Là, des bûches de Noël à la décorationloupée. Ici encore, des pommes en surplus provenant du Verger de l’association la Poudrière. Pas de doute, nous sommes bien dans une des neuf Banques alimentaires que compte laBelgique. En l’occurrence, celle de Bruxelles-Brabant qui abrite également la Fédération des Banques alimentaires1.

05-03-2007 Alter Échos n° 224

Anderlecht, non loin de la station de métro « Comte de Flandre », des hommes s’affairent derrière de grands clarks dans un entrepôt rempli de palettescontenant les denrées les plus diverses. Ici, des petits sachets de sucre non consommés provenant du Thalys. Là, des bûches de Noël à la décorationloupée. Ici encore, des pommes en surplus provenant du Verger de l’association la Poudrière. Pas de doute, nous sommes bien dans une des neuf Banques alimentaires que compte laBelgique. En l’occurrence, celle de Bruxelles-Brabant qui abrite également la Fédération des Banques alimentaires1.

Leur nom n’est pas inconnu du public qui fait ses courses chez Colruyt ou chez Delhaize. On y collecte en effet une fois par an des vivres qui sont directement destinés aux banquesalimentaires.

Ainsi en 2006, 7.000 bénévoles environ ont tendu un sac aux clients pour qu’ils y glissent de préférence potages, huile, légumes, viande et poisson enconserve, café, cacao, chocolat, aliments pour bébé, confitures, à côté des traditionnels riz, pâtes et farine ; 918 tonnes de vivres nonpérissables ont ainsi été collectées, soit environ 10 % de l’approvisionnement total des banques. À côté de ces collectes, les banques ontégalement d’autres sources d’approvisionnement.

Pratiquement, les 9.400 tonnes de vivres (valeur marchande : 21,6 millions d’euros) que les banques ont récoltées en 2006 proviennent :
• des entreprises agroalimentaires (37,5 %),
• des surplus de l’Union européenne (29 %),
• de la grande distribution (20,5 %), des criées (3,3 %) et, on l’a dit,
• des collectes (9,7 %).

Les neuf banques approvisionnent à leur tour quelques-unes des 648 associations caritatives qui redistribuent les vivres tout au long de l’année à 106.900 personnes(soit en moyenne près de 80 kilos par bénéficiaire). Puisque tel est bien le but des neuf banques alimentaires de Belgique : jouer l’interface entre les donateurs et lesbénéficiaires via les associations de terrain. Cela fait plus de 20 ans que cela dure – la Fédération belge est née en 1986 – et ce n’est,malheureusement, pas près de s’arrêter puisque le nombre de bénéficiaires ne cesse de croître.

En 1992, les banques alimentaires belges aidaient 50.000 personnes environ, pour plus du double aujourd’hui. Un phénomène que d’aucuns attribuent à unaccroissement de la pauvreté mais que Willy De Mesmaeker, administrateur délégué de la Fédération belge des banques alimentaires, attribue lui,également, à une « disparition progressive, dans le chef des bénéficiaires, de la honte de demander un colis ou de s’attabler à la table d’unrestaurant social ». Un constat posé aussi par certains assistants sociaux de centres de service social qui remarquent que, de plus en plus, l’aide alimentaire estconsidérée comme un dû.

Problèmes d’adéquation

Le hic pour les associations bénéficiaires est souvent de faire coïncider l’offre et la demande notamment quand il s’agit de certaines catégories de vivres.Ainsi, parfois, des aliments frais sont proposés qui doivent être refusés faute de moyen de transport pour aller les quérir ; des surgelés ne trouvent pas preneursfaute de congélateur ou de frigo chez les personnes qui pourraient en bénéficier ; ou encore des baguettes précuites faute de four, par exemple.

Par ailleurs, les aliments ne sont pas toujours adaptés au type de bénéficiaires des associations. En effet, la composition du colis dépend souvent des arrivages, paressence très aléatoires. Les quantités proposées sont parfois trop importantes pour des personnes célibataires. Autre gros souci : la date de durabilitéminimale d’un produit. Quand celle-ci est largement dépassée, les aliments sont envoyés pour contrôle soit au laboratoire du Ceria tout proche, soit au laboratoire duministère des Affaires économiques. Et, en fonction du résultat, ils sont distribués soit aux associations, soit à la Société protectrice des animauxou Veeweyde ou encore, le cas échéant, ils sont détruits.

Les locaux de stockage sont quant à eux contrôlés par l’Afsca (l’Agence fédérale de suivi de la chaîne alimentaire). Undiététicien maison contrôle également les palettes qui arrivent à l’entrepôt.

Les bénévoles

Toutes les personnes prestant auprès des banques alimentaires sont bénévoles, à tous les postes et à tous les stades de cette « chaîne alimentaire». Il s’agit de manutentionnaires, de chauffeurs, de responsables d’entrepôt, de qualité, d’approvisionnement et de quelques administratifs. Certains sont encoreprofessionnellement actifs mais la plupart sont retraités. Ils y consacrent quelques heures par semaine ou plusieurs demi-journées. Ils sont assurés et leurs frais de transportsont remboursés. En tout, cela représente quelque 215 personnes réparties entre la Fédération belge des banques alimentaires et les banques alimentaires locales.Trois « articles 60 » sont venus récemment prêter main-forte à l’équipe de bénévoles.

L’organisation

« Les banques alimentaires sont structurées comme une entreprise de distribution, explique Willy De Mesmaeker. On peut ainsi distinguer deux niveaux d’approvisionnement : lelocal et le national ».

– L’approvisionnement national

La Fédération belge des banques alimentaires s’occupe de trois sources de vivres :
• Les grosses industries alimentaires et les grandes chaînes de distribution pour obtenir leurs surplus : une solution économiquement plus rentable pour ces firmes : la destructiondes produits serait plus coûteuse. C’est en outre souvent la banque alimentaire qui se charge du transport.
• L’Union européenne pour obtenir des quotas de surplus alimentaires.
• Le grand public en organisant de vastes collectes.

Les vivres ainsi obtenus sont répartis entre les banques alimentaires locales au prorata du nombre de « démunis » que chacune aide. Ainsi se réalise le principe de« solidarité nationale ».
Les associations sont tenues d’établir un reporting mensuel de leurs chiffres de fréquentation, avec un système quelque peu inégal puisque c’est le nombre depersonnes qui viennent par mois qui est pris en compte et non le nombre de colis que celles-ci prennent. Ainsi, qu’une personne vienne une ou quatre fois par mois, elle sera toujourscomptabilisée comme une seule personne dans le système de répartition.

– L’approvisionnement local

Dans son environnement proche, chaque banque alimentaire locale est en contact avec les grandes surfaces, les boulangeries industrielles, les criées, les entreprises de catering… pourobtenir leurs surplus. Il s’agit là, en général, de produits exigeant une redistribution rapide.

Les épiceries sociales

Au niveau des épiceries sociales, le conseil d’administration de la Fédération a décidé de ne plus accepter d’approvisionner d’autresépiceries sociales que celles déjà existantes (2 pour la banque de Bruxelles-Brabant, 1 pour celle de Flandre-Orientale et 13 pour le pays de Charleroi et du Centre). «Cela ne signifie pas que nous sommes contre les épiceries sociales, justifie Willy De Mesmaeker, elles font d’ailleurs du très bon boulot mais vous comprendrez quevis-à-vis des entreprises qui nous octroient gratuitement leurs produits, il est difficile d’expliquer que ceux-ci sont revendus, même à bas prix, dans des épiceries,soient-elles sociales. C’est une question de crédibilité et de cohérence pour nous. »

La logistique

Chaque banque alimentaire locale dispose d’entrepôts dans lesquels elle organise :
• l’acheminement des denrées collectées,
• leur tri et leur stockage,
• le contrôle de qualité,
• le suivi de la chaîne de froid,
• la gestion des stocks.

La distribution

Via un réseau de distribution proche du terrain, les vivres rassemblés par les banques alimentaires sont donnés gratuitement à des associations caritatives –plusieurs centaines réparties en Belgique – qui ont pour vocation « d’aider concrètement les plus démunis pour favoriser leur réinsertion dans lasociété ».
L’apport en vivres qui leur est assuré par les banques alimentaires les aide à confectionner les colis ou les repas distribués dans divers restaurants sociaux.

Les associations qui constituent ce vaste réseau de distribution sont très diversifiées :
• centres sociaux agréés,
• maisons d’accueil pour enfants et adolescents, hommes et femmes sans ressources,
• entraides de quartier, rurales, urbaines, régionales,
• restaurants sociaux,
• …
Toutes adhèrent à une convention d’affiliation par laquelle – outre le fait de ne faire aucun commerce des vivres reçus gratuitement – elles s’engagentà « offrir les garanties d’hygiène et d’infrastructure adéquates à la préservation et au stockage des aliments, ainsi que de bonne organisation dela distribution de ceux-ci et d’accompagnement social de leurs bénéficiaires. »

Les coûts

Les banques alimentaires fonctionnent comme une entreprise, avec des services d’approvisionnement, de logistique, de distribution et administratifs mais elles n’achètent rien etne vendent rien ! Néanmoins, et même si tout le monde y est bénévole, les coûts d’exploitation sont importants : les loyers, les transports, le stockage,l’énergie, la manutention, les assurances coûtent et nécessitent des investissements. Ces frais de fonctionnement s’élèvent à environ 0,08 europar kilo de vivres distribué et comme elles en distribuent plus de 8 millions chaque année, le compte des besoins financiers est vite fait : 640.000 euros dont une grosse partie estconsacrée aux loyers des différentes banques alimentaires et au transport.

« Nous finançons ces coûts uniquement par des dons privés car nous ne recevons aucun subside, cela garantit notre indépendance, affirme Willy De Mesmaeker. Troisà quatre fois par an, plus de 20.000 lettres sont envoyées, par une société spécialisée dans ce type de mailing. Les donateurs bénéficientd’une déduction fiscale pour tout don supérieur ou égal à 30 euros. »

Le Birb

À côté des banques alimentaires, les différentes associations qui distribuent des colis alimentaires peuvent aussi s’approvisionner par l’intermédiaire de lamesure “Aide alimentaire” du Birb2. Un nom en forme d’éructation, dont personne dans le grand public n’entend jamais parler et qui pourtant remplit un rôle nonnégligeable dans l’aide alimentaire en Belgique et plus largement en Europe, puisqu’il s’agit du Bureau d’intervention et de restitution belge, soit l’organismechargé d’écouler les surplus agricoles de l’Union européenne.

« Quand trop de produits se trouvent sur le marché agricole, l’Europe rachète les surplus, ce qu’on appelle l’achat public, explique Annette Hennaux en chargedu volet Aide alimentaire du Birb. Ces surplus sont stockés et remis sur le marché pour l’export, la transformation ou l’aide aux plus démunis. C’est dans lecadre de ce troisième volet que le Birb pratique l’aide alimentaire. Cela a commencé en 1987, année où l’hiver a été particulièrementrigoureux. »

Ainsi chaque année, la Commission octroie une certaine somme d’argent aux États membres qui le demandent. En 2006, la Belgique a reçu 3.064.940 euros, une enveloppe enconstante augmentation puisqu’en 2000, elle se montait à 1.879.000 euros. Comme il s’agit d’une mesure d’écoulement des produits de stocks d’intervention,la Commission européenne décide chaque année quels produits et quelles quantités peuvent être affectés à cette action. La Belgique a utilisé en2006 : 12.121 tonnes de céréales, 2.800 tonnes de riz et 450 tonnes de beurre.

Les bénéficiaires

Ces denrées alimentaires sont mises à disposition des CPAS et des organisations caritatives agréées par le Birb (cf. encadré). Les organisationsagréées s’engagent à distribuer ces produits gratuitement aux personnes les « plus démunies ». Le terme « plus démuni »s’appliquant ici aux personnes dont les revenus sont inférieurs au revenu d’intégration sociale. Au cours du plan 2006, environ 221.540 personnes ont étéaidées par 420 organisations et 331 CPAS.

L’agrément

Les CPAS sont agréés automatiquement mais pas les organisations. Pour l’être, elles doivent, outre, être situées en Belgique :
• Avoir un statut juridique (au minimum être une asbl) ;
• Tenir une comptabilité ;
• Avoir une raison sociale comportant notamment la distribution de denrées aux plus démunis ;
• Aider un minimum de 25 % de bénéficiaires répondant à la définition du plus démuni parmi la totalité des personnes qu’elle aide ;
• Signer la déclaration d’engagement et le tableau relatif au nombre et aux catégories des personnes aidées ;
• Rédiger un rapport annuel sur la distribution des vivres (avec notamment l’indication du nombre de bénéficiaires et les critères utilisés pour larépartition) ainsi qu’une évaluation de celle-ci et le tenir à disposition des agents de la DGCM (Direction générale de contrôle et médiation duSPF économie) ;
• Disposer d’un entrepôt pour le stockage des denrées alimentaires (répondant aux « conditions sanitaires ») ;
• Être connues préalablement par l’autorité régionale compétente ;
• Couvrir une zone géographique exclusive d’au moins deux communes (critère indicatif).

Les produits distribués

« Les produits d’intervention pouvant difficilement être distribués tels quels aux organisations, le Birb procède par voie d’appels d’offres pourdéterminer les firmes qui fabriqueront, conditionneront et livreront des produits qui pourront être directement distribués, explique Annette Hennaux. Ces marchandises semanipulent aisément et se conservent facilement sans recourir au froid. On parle ici de spaghettis, de farine, de riz, … »

Les fabricants des différents produits à fournir sont payés avec des produits d’intervention comme par exemple du beurre ou de la poudre de lait pour payer la fourniturede lait entier, du froment pour la farine et les pâtes… C’est ce qu’on appelle du troc… Les frais de transport sont payés, eux, en euros.

Les produits fabriqués sont mis à la disposition des organisations et des CPAS dans des entrepôts de l’Armée, qui prête son concours à cette action.Seul le lait est livré directement à l’endroit spécifié dans la demande.

L’obtention des denrées alimentaires

Chaque année, le Birb envoie aux CPAS et aux organisations caritatives agréées des avis pour les informer des nouvelles dispositions applicables pour l’annéeainsi que les formulaires de demande à compléter pour l’obtention de différents produits. En général, par campagne, il y a deux périodes prévuespour l’introduction des demandes Birb, en septembre (ou octobre) et décembre. En fonction de l’utilisation des crédits accordés, une troisième tournéepeut parfois être réalisée.

« La répartition des denrées aux diverses organisations est faite en fonction des quantités demandées, des quantités disponibles connues àl’issue des appels d’offres pour leur fabrication, du degré de pauvreté de chaque province et du nombre de bénéficiaires, poursuit Annette Hennaux. Chaqueorganisme reçoit un bon d’enlèvement, qui lui permet de retirer les produits auprès des dépôts de l’Armée. Lors du retrait des produits, un bon decession est signé par les représentants de l’Armée et de l’organisation bénéficiaire. Les organisations assurent elles-mêmes le chargement et letransport des marchandises jusqu’aux lieux de distribution. Les services de la Direction générale de contrôle et médiation du SPF Économie contrôlent lafabrication des denrées alimentaires, sauf la fabrication du lait qui est contrôlée par l’Afsca. Ils contrôlent également la distribution auxbénéficiaires.»

La tenue de comptabilités séparées pour chaque produit est exigée, ce qui alourdit considérablement le travail des associations, mais qui, pour Annette Hennaux,est « une mesure de contrôle nécessaire de l’utilisation de cet important budget ».

Pourtant, nombreuses sont les organisations qui critiquent ces méthodes. « Les conditions émises par le Birb pour recevoir les produits CEE, qui sont par ailleursintéressants, sont strictes, analyse Philippe Degimbe de Promotion Famille. Ces produits ne sont accessibles qu’aux personnes ayant un revenu égal au RIS. Sont excluschômeurs, surendettés… Soit on brode et on reçoit, soit on dit la vérité et l’accès est supprimé. En outre, les contraintes qu’ilsimposent au niveau administratif ne sont pas sans poser de questions d’un point de vue déontologique car ils demandent qu’on renseigne sur les papiers à leur remettre le nomde la personne… »

Reste que l’avenir de cette mesure d’aide demeure aujourd’hui incertain. « On pourrait peut être réfléchir à créer au sein des Affairessociales une mesure d’aide alimentaire aux plus démunis à côté de l’aide européenne ou en cas de disparition de celle-ci », suggère pour conclureAnnette Hennaux.

Aide alimentaire : dépasser le local ou l’histoire cachée d’un colis alimentaire

L’article ci-dessus est extrait d’un cahier Labiso réalisé sur l’aide alimentaire pratiquée au sein des Centres de service social autonomes wallons : Aide alimentaire :dépasser le local ou l’histoire cachée d’un colis alimentaire, téléchargeable et consultable en ligne gratuitement sur : www.labiso.be.

1. Fédération des banques alimentaires de Belgique, rue de Glasgow, 16 à 1070 Bruxelles –contact : Willy De Mesmaeker – Administrateur-Délégué – tél. : 02 559 11 11 – courriel : foodbanks@skynet.be

2. Bureau d’intervention et de restitution belge (Birb), rue de Trèves 82 à 1040 Bruxelles – contact :Annette Hennaux – en charge du volet Aide alimentaire du Birb – tél. : 02 287 24 40 – courriel : annette.hennaux@birb.be

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