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Justice

Témoignages : « On sait qu’on est des détenus, mais on est aussi des humains »

26 mai 2016 Cédric Vallet

Deux détenus, contactés sur leur GSM, témoignent de la dégradation des conditions de leur détention dans les prisons d’Ittre et d’Andenne. Pendant ce temps la grève dure toujours.

Ibrahim, détenu à la prison d’Ittre depuis 5 ans

« La grève, on en a eu des grèves, mais celle-là, c’est trop, on n’en peut plus. Avec d’autres détenus on a introduit une action en référé et on a obtenu gain de cause. Mais ils vont pas payer l’astreinte je pense. On passe 24 heures sur 24 en cellule. Parfois on a une sortie au préau mais c’est très rare. On a arraché les grillages, derrière les barreaux de notre cellule, pour partager de la nourriture attachée à une ficelle. Il y a de la solidarité entre les détenus. Et puis on n’a pas de douche. Au début on n’avait pas d’accès aux douches pendant une semaine et maintenant c’est deux fois par semaine. Moi je suis habitué à me laver tous les jours alors je chauffe un peu d’eau dans une casserole, dans ma cellule, pour me laver. Ici, il y a deux ou trois personnes qui surveillent. C’est la police. Parfois c’est la directrice qui nous donne à manger. Elle a l’air fatigué. Les trois repas sont donnés en une fois, à midi. Ittre c’est une nouvelle prison, il n’y a pas de surpopulation. Par contre depuis la grève l’ambiance est de plus en plus tendue. Les détenus en ont marre. Ils brûlent leurs draps et les jettent par la fenêtre ; ça peut dégénérer. On ne reçoit pas du tout de visite ; ça m’a fait manquer l’anniversaire de ma fille de huit ans. Pour ceux qui voient souvent leur famille c’est très dur. Certains sont à bout, ils pourraient se suicider tellement ils se sentent seuls. Je comprends les raisons de la grève. Beaucoup de détenus les soutenaient au début. C’est vrai qu’on est privés de notre liberté, mais normalement on n’est pas privés de tous nos droits. »

François, détenu à la prison d’Andenne

« La situation à Andenne est très dure. On n’a même pas mis une seule fois le pied dehors, même pas pu téléphoner à la famille. Au niveau de l’hygiène, c’est plus que limite avec une douche par semaine, le jeudi. Mais surtout les détenus s’échauffent, se prennent la tête entre eux, surtout ceux qui sont à deux en cellule. La police et les militaires sont là pour garder, pour le côté disciplinaire. Ils mettent direct au cachot en cas d’embrouilles. Il y a des tabassages ; ça part en vrilles depuis le début. Et puis on ne sait plus cantiner, alors on ne peut pas acheter de tabac ; ça n’aide pas. A l’heure du repas c’est pareil, les détenus se prennent la tête avec les pompiers qui font le service. Le plus dur c’est que toutes les démarches de réinsertion sont bloquées, on est coincé dans tout ça. Et la prison est sale. Le détenu auxiliaire ne peut pas sortir, donc ce n’est pas nettoyé. On sait qu’on est des détenus mais on est des humains aussi. Pour les soins, la santé, les infirmières passent pendant les repas de midi, elles donnent les médicaments à ceux qui ont des ordonnances, mais la nuit, personne ne peut nous venir en aide. Il y a une semaine quelqu’un a mis le feu dans sa cellule. On voyait la fumée sortir de la fenêtre. Tout le monde a gueulé, mais personne n’est venu. Il s’est intoxiqué mais heureusement il s’en est sorti. J’ai l’impression qu’on nous a oubliés. En tout cas c’est ma famille qui me manque. C’est le plus difficile à gérer. Y’a des gens qui sont pères, et même des grands-pères, ils ont besoin de voir leur famille. »

À noter : Ces deux témoignages ont été récoltés après 21 jours de grève. Le lundi 16 mai. Alter échos reviendra sur ce sujet dans son prochain numéro.

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A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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