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Syndicalisme en centres culturels : quelles relations pour quels enjeux ?

Dans la foulée de leur AG, l’Astrac a abordé la question de la place et du rôle des syndicats dans le secteur non marchand, en particulier dans les centres culturels.

06-06-2010 Alter Échos n° 296

Dans la foulée de leur assemblée générale annuelle, les travailleurs de l’Astrac1 ont débattu de la place et du rôle des syndicats dans lesecteur non marchand et plus particulièrement dans les centres culturels. Face à eux, les représentants syndicaux du secteur : Éric Dubois pour la CGSLB2, YvesHellendorff de la CNE3 et Christian Massai du Setca4.

Dans un premier temps, les syndicalistes ont souligné la difficulté de la représentation syndicale dans les petites structures, dans un secteur constitué de multiplescomposantes aux réalités diverses. « Le non-marchand est une mosaïque, explique Christian Massai. Les couleurs varient en fonction de l’actualité et desrevendications des sous-secteurs, rendant l’un ou l’autre plus ou moins visible à différents moments. Notre défi est d’arriver à induire une dynamiquetransversale entre ces sous-secteurs, en concurrence constante, notamment concernant l’accès aux subsides. »

Pourtant, « le non-marchand » représente aujourd’hui 600 000 travailleurs. Le taux d’affiliation y augmente au point que celui-ci représente l’un desprincipaux vecteurs de syndicalisation. Cette vision ne semble pas ressentie partout sur le terrain.

Plusieurs travailleurs constatent un faible taux de syndicalisation dans leur structure, en se demandant si c’est spécifique aux centres culturels ou si c’est liéà une faible visibilité des syndicats. Astrac et syndicats se sont donc interrogés sur les raisons de cette apparente faiblesse et sur les réactions des travailleurs dansleur secteur. Plusieurs pistes ont été évoquées. Tout d’abord, le fait que « les moins de 40 ans sont tous passés par le chômage. Ils se seraientaffiliés à un syndicat par facilité pour la gestion de leurs allocations, le percevant plus comme défenseur des intérêts individuels que d’uneréalité sectorielle. »

Réponse des syndicats : « Il y aurait alors une forte augmentation des affiliations dans tous les secteurs. Or ce n’est pas le cas. » Ensuite, le fait que le combatsyndical dans le non-marchand ait abouti à des résultats importants. Il y aurait donc moins d’intérêt à se syndiquer. De fait, « la constitution de lacommission paritaire (CP) et les accords du non-marchand ont entraîné une augmentation salariale de 25 à 30 % en quelques années. On l’a obtenu, donc on se sent mieuxreconnu. »

Des centres culturels (toujours  ?) à la pointe du combat syndical

Plusieurs travailleurs soulignent que les centres culturels ont été à la pointe du combat syndical, pendant une génération, avant la mise en place de la CP 329.Les jeunes arrivent, eux, dans un métier déjà professionnalisé. Christian Massai pose dès lors la question de la motivation pour encore s’affilier… Et derépondre que « les salaires étaient très bas, mais qu’il faut continuer la lutte pour les augmenter. Ils restent encore 15  % moins importants que dans les autressecteurs. Il en va de même pour les conditions de travail, comme la flexibilité et la surcharge de travail, ou encore la question des prépensions. » 

Et Yves Hellendorff d’ajouter : « Ce n’est pas parce que la CP est récente que les travailleurs le sont. Nous proposons un mécanisme de crédit-temps pour lesanciens, avec un complément salarial basé sur la différence entre le revenu du travailleur le plus ancien et celui du plus jeune. Les employeurs n’en veulent pas ! Ilsaffirment que le mode de subvention ne le permet pas ou se réfugient derrière le “coup du parapluie” : “on voudrait bien, mais on n’a pas les moyens.” Nous nous tournons alorsvers les pouvoirs subsidiants pour obtenir plus de moyens, à condition que ceux-ci soient utilisés par les employeurs au profit des travailleurs. »

Le non-marchand souffre enfin d’une faible bipolarité employé et employeur. La frontière n’est pas nette entre les deux. Or, analysent les syndicalistes, «les associations représentatives des employeurs ont clairement un discours patronal. Il est donc nécessaire de distinguer précisément ces pôles. » Ce sontsurtout les animateurs-directeurs qui sont victimes du problème  : « Nous sommes à la fois employés et employeurs », affirment-ils, ne se sentant pas employeurs,mais devant agir comme tels, « en plus d’être gestionnaires de nos projets », voire même « d’être comme un indépendant payé par laCommunauté française. » 

Le combat syndical dans le non-marchand est donc loin d’être terminé. La manifestation du 8 juin sera l’occasion de le rappeler.

1. Astrac, réseau des professionnels des centres culturels de la Communauté Wallonie-Bruxelles :
– adresse : rue de la Rosière, 4 à 6820 Florenville
– tél. : 061 29 29 19
– site : www.centresculturels.be
2. CGSLB :
– adresse : bd Poincaré, 72-74 à 1070 Bruxelles
– tél.  : 02 558 51 70
– site : www.cgslb.be
3. CNE :
– adresse : av. Alcide de Gasperi, 21 à 1400 Nivelles
– tél. : 067 88 91 77
– site : www.cne-gnc.be
4. Setca :
– adresse : rue Haute, 42 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 545 69 00
– site : www.setca.org

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