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Soutien au relogement des SDF : mort d’un projet bruxellois ?

Depuis deux ans, deux ACS étaient détachés par la Ville de Bruxelles à l’asbl-vzw Diogènes1 dans le cadre d’un projet de soutien au relogement desSDF. L’association dénonce une décision unilatérale. Pour la Ville, ce détachement de travailleurs était illégal !

20-04-2007 Alter Échos n° 227

Depuis deux ans, deux ACS étaient détachés par la Ville de Bruxelles à l’asbl-vzw Diogènes1 dans le cadre d’un projet de soutien au relogement desSDF. L’association dénonce une décision unilatérale. Pour la Ville, ce détachement de travailleurs était illégal !

Le 13 avril, Diogènes a organisé une démonstration “die in” – comprenez une mort simulée – à la place Saint-Jean à Bruxelles. Lebut : dénoncer le retrait de la Ville du projet de « soutien au logement et à la réhabilitation sociale des personnes sans abri ». Par analogie symbolique, plus decinquante personnes (travailleurs sociaux, SDF, ex-SDF,etc.) s’étaient retrouvés en début d’après-midi devant la statue de Gabrielle Petit, héroïne belgefusillée au cours de la Première Guerre mondiale. Au retentissement d’une sirène apportée pour l’occasion, les participants se sont laissés tomber sur le sol,mimant la mort.

La décision de la Ville

Depuis deux ans, la Ville de Bruxelles détachait deux personnes à temps plein sous statut ACS de niveau 1 à Diogènes pour ce projet, explique-t-on àl’association. Fin février, la Ville annonce sa décision de retirer à Diogènes ces 2 ACS pour les détacher au Casu (Centre d’accueil social d’urgence) – undispositif intercommunal hébergé dans des locaux du CPAS de Bruxelles-Ville – en vue de renforcer son équipe. Selon Diogènes, la décision a étéprise de façon unilatérale. Et de citer les motivations de la Ville transmises dans un courrier : « (…) le Collège a décidé de mettre fin audétachement des agents visés et de les intégrer au dispositif public existant, via le CPAS (…) La décision n’est en aucun cas une mise en cause des personnesvisées ou du travail mené. Elle vise à concentrer les efforts et les moyens autour des initiatives portées par la Ville et le CPAS ».

À la Ville, on s’étonne des déclarations de Diogènes. L’échevin Mohamed Ouriaghli2 – qui a pris cette décision – rappelle que les deux ACSavaient été “mis à disposition” de façon illégale : “Il n’y avait aucune convention avec Diogènes. Ainsi donc, des agents de la Ville deBruxelles travaillaient pour compte de tiers à des projets non avalisés par leur employeur.” D’où la décision de la Ville de mettre fin à une situation defait dans un esprit de “bonne gouvernance”.

Quant au reproche de Diogènes concernant le fait que les deux ACS n’ont toujours pas été transférés au Casu, Mahomed Ouriaghli, réplique “qu’il estnormal que le détachement de ces personnes employées par la Ville vers le CPAS prenne du temps. Il faut respecter des procédures et passer une convention avec le CPAS.”

Le projet de Diogènes

Depuis sept ans, le projet visait à aider les habitants de la rue à trouver un logement. “Il s’agissait d’un projet innovant, à l’intersection entre la rue et lelogement accompagné, explique Laurent Demoulin, directeur de Diogènes. Il offrait un accompagnement individuel intensif pour la recherche d’un logement et un suivi individuel. Iln’était pas nécessaire de passer par une maison d’accueil. On y aidait les gens à trouver des liens sociaux dans leur quartier et à se mettre en ordre au niveau despapiers. C’était un projet d’émancipation sociale, et préventif.”

En termes chiffrés, les 2 ACS réalisaient :
• 35 accompagnements individuels menés à raison de plusieurs fois par semaine pour aider les personnes à trouver un logement ;
• 70 suivis relationnels pour des personnes ayant déjà trouvé un logement, mais qui ont besoin de contacts ponctuels pour s’autonomiser ;
• 40 accompagnements dans le cadre de l’habitat solidaire, où des personnes habitent à deux ou trois. Cet aspect est mené en partenariat avec l’AIS Logement pour tous (quigère les logements), Fami-home (qui s’occupe d’habitat accompagné) et l’abri de nuit Pierre d’Angle ;
• la prospection de logements, qui consiste à repérer dans la rue les annonces de logements qui ne sont pas reprises dans les petites annonces (journaux, internet) et à lesdistribuer dans les homes et maisons d’accueil. “C’était important, cela constituait une porte de sortie pour les sans-abri, commente Laurent Demoulin. Aujourd’hui, les gens restent dansles maisons d’accueil.”

Urgence sociale vs relogement ?

“On ne comprend pas cette décision, explique Laurent Demoulin, d’autant plus qu’il y a une sensibilité de la Ville à la problématique de réhabilitationsociale, elle l’a démontré lors de la ‘Journée d’hommage aux morts de la rue’.” Et de dénoncer les politiques d’urgence sociale qui se font au détrimentdu relogement et de la réhabilitation de logements. “Attention, on n’est pas contre l’urgence sociale, s’empresse d’ajouter notre interlocuteur, mais on est contre le fait de renforcerun service qui est déjà super-grand. Il faut de la diversité dans les réponses, et il faut organiser cette variété. On demande le refinancement de notreprojet, car il faut des réponses individuelles et personnalisées pour que le relogement marche. ”

À la Ville, on renvoie à l’accord de majorité qui prévoit que les Affaires sociales soient rapatriées au CPAS. Mohamed Ouriaghli s’est vu confier cettetâche. Il n’apprécie guère la “caricature” faite par Diogènes concernant le Casu. Il rappelle qu’outre la maraude et l’hébergement d’urgence (110 parnuit), le Casu a aussi une mission de “reconquête des droits au logement, à la sécurité sociale ou à l’assistance sociale en articulation avec une antennesociale spécialement dédicacée à cet objectif”.

“On ne conteste par la qualité du travail de Diogènes, mais notre rôle de pouvoir public est d’assurer un tronc commun minimum pour tous. D’autant plus qu’à partMolenbeek, nous sommes la seule commune à agir par rapport à la problématique des sans-abri”, complète-t-il. Dès lors, les deux ACS ne seront pas de trop pourappuyer le travail du Casu.

Wait and see

Quoi qu’il en soit, chez Diogènes, on attend un revirement de la Ville et on prospecte aussi du côté de la Cocom. Pour sa part, la Ville ne demande pas mieux que de rencontrerles représentants de l’association. L’échevin déclare même être prêt à appuyer leur demande auprès de la Région.

1. Diogènes, place de Ninove 10 à 1000 Bruxelles –
tél. : 02 502 19 35 – courriel : asbldiogenesvzw@hotmail.com .

2. Cabinet de l’échevin Mohamed Ouriaghli, bd Emile Jacqmain, 1 à 1000 Bruxelles – tél. : 02 279 41 30 – courriel : mohamed.ouriaghli@brucity.be
site : www.brucity.be

Baudouin Massart

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