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Social Bistrot
© Lucie Castel

Social Bistro, ouvroir d’interactions sociales potentielles – Épisode Sablon

Alter Échos n° 464 24 mai 2018 Marie-Ève Merckx

Pour élargir sa palette et toucher à différents profils sociaux, notre tandem a cette fois mis le cap sur cet endroit plutôt chic qu’est le Sablon. Armées de crayons, stylo et micro, nous avons poursuivi notre quête d’échanges de haut vol et de bons mots… Immersion à la brasserie «Chez Richard».

EXT TERRASSE/CHEZ RICHARD/PARTIE 1/ENVIRON 20 h

Ronde incessante des voitures sur le pavé + très étroite proximité avec les sujets d’observation.

Nous voilà plongées dans le récit trépidant d’une histoire de famille. Un homme d’une soixantaine d’années devise avec un jeune homme, en tête-à-tête – puisque nous l’écoutons – semi-intime. Cela fait longtemps qu’ils ne se sont pas vus. Ou peut-être ne se sont-ils jamais rencontrés auparavant. En tout cas, il est question – entre autres – de la tante du jeune homme, que nous rebaptiserons ici Mona, laquelle était de toute évidence un personnage anticonformiste en porte-à-faux avec son milieu, et dont la trajectoire est liée à une période particulière de l’histoire de la Belgique. «Elle fréquentait des gens pas fréquentables, notamment ces terroristes. Il y avait les CCC* qui commençaient leurs conneries.» Perquisition commanditée chez Mona par son propre père. Avocate, elle se fait rayer du barreau du coup. Fait une fausse couche et prend la fuite en Grèce.

«Tout ça mérite un livre.»

«Oui, je pourrais faire un roman.»

«Une fiction basée sur des faits réels.»

L’homme plus âgé évoque ensuite la vaste opération Mammouth menée par les autorités belges en 1984. Opération qui l’a contraint à quitter le territoire dans les 24 heures. Il s’est vite marié puis il est revenu. Son avocat a pu avoir accès à son dossier secret à la Sûreté de l’État.

«Mon plus grand crime, c’est que je suis en contact direct avec deux opposants au régime de Mobutu.»

«On était surveillés. Ils cherchaient des armes. Ce qu’ils ont vu chez nous, c’est qu’il y avait des archives. On avait tout enlevé avec un camion. Maintenant, tous ces documents se trouvent à l’Institut international d’histoire sociale. Les trucs du Congo, ça c’est important.»

EXT TERRASSE/CHEZ RICHARD/PARTIE 2

Un autre jour, toujours sur fond de circulation, la terrasse est particulièrement peuplée, donc animée.

«Il fait des jeux de mots prolifiques, je l’appelle le polisson.»

«Moi, j’aime les voyous maintenant. Dans le visage, il a un côté voyou.»

…  Débat sur le Canderel et les stylos à bille.

«On travaille ensemble, on est traiteurs.»

«Vous êtes où?»

«On est partout.»

Une dame s’inquiète de cette occupation professionnelle, qu’elle juge stressante.

«Vous n’arrêtez jamais!»

«Un vin blanc! Sec et fruité, y a moyen, ça existe?»

«… Tu sors, t’allumes une cigarette. Tout le monde te demande une cigarette. On ne peut plus s’asseoir nulle part sans que ça n’arrive.»

À la table de derrière, une dame se fait un petit aparté avec un ami. Qui se plaint du froid.

«T’as pas ta veste, chou?»

«Dis, la dernière fois que je t’ai vu, t’étais dézingué! On aurait dit que tu sortais d’un conte de Grimm… Mais là, t’es très bien, très élégant… Mais oui, je me moque de toi chéri, mais je le fais avec amour!»

Interlude alarme de voiture.

«Radin, si moi je suis radin?»

«Tout ça pour faire des câlins.»

«Elle a l’habitude des énergumènes comme toi.»

«Très grossier.»

«De beaux mariages, sauvages!»

© Lucie Castel

Instant état civil.

«On va devenir comme des résidents chinois. Des plats au chiffre!»

Manifestement, dans la commune en question, le niveau de vie est plutôt sympathique.

«Tu peux aller compter le nombre de Maserati qu’il y a!»

Oups. Lucie se fait un ami-sujet d’observation qui lie conversation, observe méthodiquement ses dessins, trouve qu’elle a un trait de presse, demande son Instagram et fait la promo de son site à lui car il est… designer graphique!

Il est temps pour nous de plier bagage.

Suite au prochain épisode.

 

 

* Cellules communistes combattantes.

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A propos de l'auteur

Marie-Eve Merckx

Elle se voyait hôtesse de l'air ou avocate. Elle a fini par étudier la traduction et la socio-politique, « deux choses qui ne servent à rien » comme lui a un jour affirmé une personne lors d'un entretien d'embauche. Pourtant, on ne peut pas dire que Marie-Ève ne sert à rien dans les murs de l'Agence Alter. Grande maîtresse de la comm', c'est elle aussi qui s'occupe des abonnements, d'une partie des subsides et des petites vidéos GIF décalées dont elle abreuve les boites mails de ses collègues. Fan de Frida Kahlo et de sa fameuse « maison bleue », cette originaire du Pays-vert se verrait bien faire de la radio jusqu'à la fin de ses jours si ses finances devaient un jour le lui permettre. Pourquoi ? « Parce que c'est absolument nécessaire par les temps qui courent. » marie-eve [dot] merckx [at] alter [dot] be

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